Mali : les revendications touaregs, pilier de la stabilité au Sahel
Crise au Mali : des attaques meurtrières révélatrices de tensions profondes
La sécurité au Mali a connu un tournant critique fin avril 2026 avec des attaques coordonnées ciblant plusieurs villes clés. Ces assauts ont causé la perte du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, ainsi que de nombreux soldats, aggravant une situation déjà précaire dans le pays.
Cette escalade s’inscrit dans un contexte de recrudescence des violences contre les forces armées et les institutions étatiques maliennes, une tendance observable depuis plusieurs années. Nos analyses, menées depuis plus d’une décennie sur l’insécurité et les dynamiques politiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel, révèlent que ces événements sont directement liés aux revendications non résolues des communautés touaregs, notamment dans le nord du pays.
Les griefs touaregs : des revendications structurelles et historiques
Les tensions actuelles trouvent leurs racines dans trois facteurs majeurs, étroitement liés aux revendications légitimes des Touaregs, une communauté berbère nomade du nord du Mali :
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L’exclusion politique et la marginalisation : les Touaregs dénoncent depuis des décennies leur exclusion du pouvoir et la représentation inégale au sein des institutions maliennes, dominées par le sud du pays. Leur demande d’autonomie ou d’un statut spécial pour l’Azawad reste ignorée par les régimes successifs, souvent réprimée par la force.
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La militarisation des conflits et ses conséquences : les opérations antiterroristes menées par l’armée malienne dans le nord, marquées par des violences collatérales, alimentent le ressentiment. Les politiques de répression et les dégâts infligés aux populations civiles renforcent le soutien aux groupes armés, perçus comme des protecteurs locaux.
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L’injustice économique et la spoliation des ressources : le nord du Mali, riche en gisements d’or, mines de sel, pâturages et couloirs commerciaux stratégiques, voit ses ressources exploitées sans retombées équitables pour les populations locales. Les revenus générés sont principalement centralisés dans le sud, creusant le fossé entre les régions.
Un scénario déjà vu : l’alliance contre nature entre Touaregs et djihadistes
Les récentes offensives du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), alliés au Front de libération de l’Azawad (FLA), rappellent les événements de 2012. À l’époque, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), dominé par les Touaregs, avait tenté de faire sécession, s’alliant temporairement avec des groupes islamistes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO).
Cependant, cette alliance avait rapidement volé en éclats, les groupes islamistes, mieux armés et financés, prenant le contrôle des villes comme Gao, Tombouctou et Kidal. L’intervention des forces françaises en 2013, via l’opération Barkhane, avait permis au gouvernement malien de reprendre le dessus, forçant les djihadistes à se replier dans des zones désertiques où ils ont adopté des tactiques de guérilla.
Le retrait des troupes françaises en 2022 a créé un vide sécuritaire, offrant aux groupes armés une marge de manœuvre accrue. Leur capacité à recruter localement, à étendre leur influence et à saper la légitimité de l’État s’en est trouvée renforcée, dans un contexte de faiblesse institutionnelle et de crise économique.
Les leçons ignorées : pourquoi le Mali reproduit les mêmes erreurs
Le régime actuel d’Assimi Goïta n’a pas su tirer les enseignements des crises passées. Les revendications touaregs, bien que centrales dans la quête de stabilité, restent sans réponse. Pourtant, leur résolution pourrait désamorcer une partie des tensions qui alimentent les conflits au Mali.
Parmi les problématiques non résolues :
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La sécheresse et la désertification : les changements climatiques ont détruit les moyens de subsistance des pasteurs touaregs, aggravant leur marginalisation économique et sociale. Ces défis, antérieurs à l’essor des groupes djihadistes, doivent être pris en compte pour comprendre les motivations profondes des communautés touaregs.
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Les opérations militaires et leurs impacts sur les civils : les opérations antiterroristes menées dans le nord et le centre du Mali ont souvent entraîné des dégâts collatéraux, des déplacements massifs de populations et des violences arbitraires. Ces pratiques ont été exploitées par les groupes armés pour renforcer leur recrutement et leur emprise territoriale.
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La centralisation des ressources et du pouvoir : depuis l’indépendance en 1960, les investissements publics, les infrastructures et les services sociaux se concentrent dans le sud du pays, laissant le nord sous-développé. Les accords de paix précédents, comme ceux de 2015, prévoyaient une décentralisation et une réintégration des élites touaregs, mais leur mise en œuvre a été lente et insuffisante.
Vers une solution durable : s’inspirer des succès du Niger
Pour apaiser les tensions, le Mali pourrait s’inspirer de la stratégie mise en place par Mahamadou Issoufou, ancien président du Niger. Ce dernier a su répondre aux revendications touaregs en adoptant une approche inclusive :
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Intégration des élites touaregs dans les institutions étatiques, mettant fin à leur exclusion historique.
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Décentralisation administrative et budgétaire, permettant aux régions du nord de gérer leurs ressources et leurs priorités locales.
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Mise en œuvre de programmes de désarmement, démobilisation et réintégration pour les anciens combattants, incluant un soutien aux moyens de subsistance.
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Investissements ciblés dans les infrastructures essentielles pour les communautés touaregs : accès à l’eau, éducation, sécurité routière et soutien au pastoralisme.
Cette approche a permis au Niger de réduire significativement les tensions et de renforcer la cohésion nationale. Appliquée au Mali, elle pourrait offrir une voie vers la paix durable, en répondant aux revendications légitimes des Touaregs et en rétablissant la confiance dans l’État.
En conclusion, la résolution du conflit malien passe inévitablement par une reconnaissance des droits des Touaregs et une redistribution équitable des ressources. Sans cela, les cycles de violence risquent de se perpétuer, au détriment de la stabilité régionale.