18 juin 2026

Eveil des Nations

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Mali : le paradoxe des nouvelles taxes face aux richesses minières

Le 16 juin 2026 marque un tournant significatif pour les finances des ménages maliens. Le Ministère de l’Économie et des Finances a rendu public un communiqué instituant une série de mesures fiscales particulièrement rigoureuses : la taxe sur la consommation des produits de première nécessité (tels que le pain, le riz, l’huile et le sucre) voit son taux doubler, passant de 1 % à 2 %. À cela s’ajoutent des surtaxes sur les transactions financières et les salaires, ainsi qu’un prélèvement trimestriel obligatoire de 10 000 FCFA directement sur chaque fiche de paie.

Bien que le ministre Alousséni Sanou justifie ces décisions par des impératifs légitimes — le soutien aux forces armées, l’assistance aux populations des régions affectées par l’insécurité et l’amélioration des infrastructures routières — l’accueil de cette annonce par une population déjà éprouvée est loin d’être favorable. Des discussions animées dans les fadas de Bamako aux étals des marchés de l’intérieur, une interrogation persistante et délicate circule : que deviennent les profits de l’or ?

L’or brille à l’international, le peuple souffre au national

Le Mali se positionne comme le troisième producteur d’or sur le continent africain. Suite à la promulgation d’un nouveau code minier et à des négociations fermes avec les entreprises multinationales, les dirigeants de la Transition ont régulièrement mis en avant une reprise en main sans précédent des ressources extractives du pays. Des sommes considérables, s’élevant à des centaines de milliards de francs CFA, ont été récupérées au titre d’arriérés miniers. De plus, la participation de l’État dans les projets a été légalement relevée jusqu’à 35 %, tandis que les cours mondiaux du métal précieux atteignent des sommets historiques.

Cette situation crée une perplexité générale. Comment concevoir qu’à l’instant où les richesses du sous-sol malien sont censées générer des revenus étatiques sans précédent, l’exécutif se trouve dans l’obligation de ponctionner les ressources des travailleurs, des fonctionnaires et des familles, déjà lourdement impactées par une inflation galopante ? Si le célèbre slogan politique promettait que l’or du Mali « brille enfin pour les Maliens », pourquoi la charge retombe-t-elle sur le budget des ménages, agissant comme unique levier d’ajustement ?

Le « sacrifice patriotique », jusqu’à quand ?

Le récent communiqué ministériel réitère l’appel au « civisme » et au « sacrifice patriotique ». Cependant, la question se pose : jusqu’où le patriotisme peut-il s’étendre face à des privations continues, alors que le coût de la vie quotidienne est devenu intenable ? Imposer des taxes sur des produits de première nécessité comme le pain, le riz et le savon, essentiels à la survie des foyers les plus modestes, sous le prétexte de l’effort de guerre, suggère un aveu implicite d’une détresse financière de l’État.

L’acceptation de l’impôt ne peut perdurer qu’à la condition d’une transparence totale. Lier l’effort de guerre à des prélèvements directs sur les salaires, tout en conservant une absence de clarté sur l’affectation des vastes revenus générés par le secteur minier, est susceptible d’éroder le lien de confiance fondamental entre les citoyens et leurs gouvernants.

Exiger la transparence des comptes

Assurer la sécurité du territoire et moderniser le réseau routier constituent des objectifs incontestables. Néanmoins, l’application d’une double pénalité fiscale aux citoyens, sans qu’un bilan transparent et audité des recettes issues de l’industrie aurifère ne soit présenté, engendre un profond sentiment d’iniquité.

Le gouvernement malien est donc tenu de répondre à cette demande légitime de redevabilité. Avant d’exhorter les Maliens à resserrer davantage une ceinture déjà excessivement serrée, il est impératif d’éclairer la destination précise des profits tirés de nos ressources minières. Les citoyens sont disposés à soutenir leurs forces armées, mais ils refusent de supporter un fardeau financier disproportionné tandis que les richesses aurifères du pays semblent se volatiliser dans des budgets sans justification claire.

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