Mali lance une prime pour traquer les chefs jihadistes et séparatistes
Les autorités maliennes viennent de franchir une étape décisive dans leur lutte contre le terrorisme. Bamako a officiellement dévoilé, ce mois de juin 2026, un programme inédit de récompenses financières destinées à récompenser toute personne fournissant des informations permettant l’arrestation ou l’élimination de responsables du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), lié à Al-Qaïda, ainsi que du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette initiative, dévoilée lors d’une allocution télévisée, marque un tournant dans l’approche sécuritaire du pays, soulignant la nécessité d’une mobilisation populaire face à une menace que les forces armées peinent à contenir seules.
Une prime pour affaiblir les groupes armés au Mali
Le dispositif mis en place par le gouvernement malien cible deux entités jugées prioritaires. Le Jnim, dirigé par Iyad Ag Ghaly et actif dans l’ensemble du Sahel central, est responsable de nombreuses attaques contre les forces de sécurité et les infrastructures stratégiques. Quant au FLA, issu des revendications indépendantistes touarègues, il conteste l’autorité de Bamako dans les régions de Kidal, Gao et Tombouctou. En offrant une rétribution financière, les autorités s’inspirent de méthodes déjà employées ailleurs, bien que cette approche reste peu courante en Afrique de l’Ouest.
Cette stratégie reflète une prise de conscience : la lutte contre les groupes armés nécessite désormais une collaboration étroite avec les populations locales. Les opérations militaires classiques montrent leurs limites, et le renseignement de proximité devient un levier essentiel pour démanteler les réseaux jihadistes et séparatistes.
Un contexte sécuritaire toujours plus tendu
L’annonce s’inscrit dans un environnement marqué par une insécurité croissante. Depuis le retrait de la MINUSMA fin 2023 et le départ des forces françaises, les Forces armées maliennes (Fama) comptent sur l’appui de partenaires étrangers, notamment des groupes russes comme l’Africa Corps, ayant pris la suite de Wagner. Bien que la reconquête de Kidal en novembre 2023 ait été un succès symbolique, les attaques se sont multipliées en 2024 et 2025, frappant aussi bien les zones périphériques que le cœur de Bamako.
Cette situation oblige les autorités à repenser leur stratégie. La prime proposée vise à obtenir des informations précises sur les dirigeants des groupes armés, une tâche que seule une population bien informée peut accomplir. Cependant, ce dispositif comporte des risques : les informateurs s’exposent à des représailles, et l’absence de détails sur les montants ou les modalités de paiement pourrait en limiter l’efficacité. À ce jour, ni le budget alloué ni les conditions exactes de versement n’ont été communiqués.
Une initiative qui s’inscrit dans une logique régionale
Cette mesure s’aligne sur les ambitions de la Confédération des États du Sahel (AES), regroupant depuis 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays partagent une vision commune de la menace et coordonnent progressivement leurs actions militaires. Une harmonisation des programmes de récompenses à l’échelle régionale pourrait renforcer le partage d’informations transfrontalières, un enjeu crucial puisque les groupes armés exploitent les frontières poreuses pour se déplacer et se ravitailler.
Toutefois, la viabilité financière de cette initiative reste incertaine. Dans un contexte budgétaire serré, aggravé par des sanctions économiques de la CEDEAO et la suspension de plusieurs aides extérieures, Bamako devra trouver des solutions internes ou obtenir un soutien financier externe pour garantir la crédibilité de sa promesse. La Russie, partenaire militaire clé du Mali, pourrait être sollicitée, même si aucun élément ne confirme pour l’instant un cofinancement.
Sur le plan politique, cette communication gouvernementale vise un double objectif. En s’adressant directement aux citoyens via les médias publics, le pouvoir cherche à les associer à la lutte antiterroriste et à renforcer sa légitimité. Cette démarche intervient alors que la transition politique, initiée après les coups d’État de 2020 et 2021, repousse toujours l’organisation d’élections. L’efficacité réelle du dispositif se mesurera dans les mois à venir, à travers la capacité des Fama à obtenir des résultats concrets contre les cadres des groupes armés ciblés.