26 mai 2026

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Mali : comment le blocus djihadiste a bouleversé la fête de tabaski à Bamako

Tabaski 2024 à Bamako : une fête sous tension

Cette année, les habitants de Bamako ont vécu l’Aïd al-Adha dans une atmosphère inédite. Leur joie a été ternie par des barrages djihadistes qui encerclent la capitale malienne, les empêchant de rejoindre leurs proches pour l’une des fêtes les plus importantes de l’islam en Afrique de l’Ouest.

Alpha Amadou, originaire de Mopti, au centre du Mali, a dû renoncer à son voyage annuel pour célébrer Tabaski dans sa ville natale, comme il le fait depuis trois décennies. « Pour la première fois en trente ans, je fête l’Aïd à Bamako », confie-t-il avec une pointe de nostalgie.

Les groupes armés affiliés à Al-Qaïda ont érigé des points de contrôle sur les axes routiers principaux depuis fin avril. Incendies de véhicules, intimidations, et menaces constantes : ces méthodes ont poussé les transporteurs à suspendre leurs trajets vers l’intérieur du pays. Les images de camions et bus en flammes ont suffi à dissuader les voyageurs, privant des milliers de familles de leur réunion traditionnelle.

À Bamako, l’effervescence habituelle des gares routières a fait place à un silence pesant. Les gares sont désertes, les horaires de bus annulés, et les familles, dispersées pour des raisons professionnelles, se retrouvent contraintes de célébrer cette fête dans la capitale, loin des leurs.

Un exode familial interrompu par l’insécurité

Wara Bagayoko, coutumier des trajets entre Bamako et Ségou, a dû abandonner son projet cette année. « C’est la première fois en trente ans que je ne fêterai pas Tabaski dans mon village », explique-t-il, résigné. Même les véhicules personnels ne sont plus épargnés : les attaques ciblent aussi bien les cars que les voitures particulières, rendant tout déplacement périlleux.

Oumar Diarra, habitué à se rendre à moto avec une vingtaine d’amis vers Sikasso pour partager ce moment, a dû y renoncer. « Nous resterons à Bamako cette année », déclare-t-il, frustré par l’impossibilité de perpétuer la tradition.

Quelques rares minibus tentent encore de contourner les blocus en empruntant des routes secondaires ou en bénéficiant d’escortes militaires, mais ces options restent marginales et coûteuses.

Le bétail, victime collatérale du blocus

L’impact du blocus ne se limite pas aux transports. La pénurie de moutons, essentiels pour le sacrifice de l’Aïd al-Adha, aggrave la situation. Les éleveurs peinent à acheminer leurs animaux vers Bamako, principal marché de consommation du Mali.

Le coût du transport, autrefois accessible (entre 2 500 et 2 750 francs CFA), a explosé, atteignant désormais 15 000 à 18 000 francs CFA. « Les camions transportant des moutons sont régulièrement incendiés. Avant, j’en avais plus de 1 000 à vendre ; aujourd’hui, il ne m’en reste aucun », témoigne Hama Ba, un marchand basé à Bamako.

Les prix des animaux ont également flambé : un mouton, qui coûtait environ 75 000 francs CFA, se négocie désormais à 300 000 francs, un tarif inaccessible pour une grande partie de la population, dont le salaire minimum s’élève à 40 000 francs par mois. Les rayons des marchés, autrefois bien garnis, affichent aujourd’hui des étals quasi vides.

Des services publics en crise

L’insécurité ne se contente pas de perturber les déplacements. Bamako subit également des coupures d’électricité prolongées et une pénurie d’eau potable, aggravant les difficultés des habitants. Ces problèmes, en partie liés aux tensions sécuritaires, s’ajoutent à la liste des défis rencontrés par les Maliens cette année.

Entre blocus djihadiste, inflation des coûts et isolement des familles, Tabaski 2024 à Bamako restera dans les mémoires comme une fête marquée par l’adversité.

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