4 septembre 2026

Eveil des Nations

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Mali : 17 morts dans les rangs des dozos, le JNIM accentue sa pression

De Ségou à Mopti, de Kidal aux grands axes routiers, le Mali semble entrer dans une nouvelle phase de sa crise sécuritaire. Alors que le pouvoir militaire avait promis de restaurer l’intégrité territoriale et de mettre fin à l’insécurité, les groupes jihadistes continuent de progresser. Le JNIM exerce désormais une pression croissante sur les populations, les milices alliées à l’armée et les voies d’approvisionnement. Une situation qui pose une question devenue difficile à éluder : où sont les résultats de la stratégie sécuritaire engagée par Bamako et de l’appui russe d’Africa Corps ? La situation sécuritaire au Mali connaît une nouvelle dégradation. Au cœur de cette offensive, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, multiplie les attaques, les embuscades, les pressions sur les communautés et les opérations contre les forces associées à l’État. Dernier épisode en date : le 1er septembre, le JNIM a affirmé avoir attaqué une base de milices dozos à Souley, dans la région de Ségou. Selon le groupe jihadiste, 17 membres des milices auraient été tués et 18 fusils de chasse saisis. Le JNIM affirme également avoir pris une position dozo à Timba, dans la région de Mopti. Ces informations, qui émanent du groupe armé et doivent donc être considérées avec prudence tant qu’elles ne sont pas corroborées indépendamment, illustrent néanmoins une tendance plus large : les forces locales censées servir de relais à l’État semblent elles-mêmes de plus en plus exposées. Des territoires qui échappent progressivement au contrôle de l’État Le problème ne se limite plus aux attaques isolées contre des villages ou des convois militaires. Depuis plusieurs mois, les groupes armés cherchent à contrôler les axes, à isoler certaines localités et à imposer leur influence sur les populations rurales. Dans le Nord, la situation est particulièrement préoccupante. Les forces maliennes et leurs partenaires russes ont dû abandonner plusieurs positions stratégiques sous la pression de groupes armés. Après Kidal, les forces gouvernementales se sont également retirées de Tessalit puis d’Aguelhok. Au centre du pays, le JNIM tente parallèlement d’étendre son emprise. Des informations font état de dizaines de villages ayant remis leurs armes au groupe jihadiste. Là encore, ces affirmations doivent être vérifiées au cas par cas, mais elles traduisent une réalité plus profonde : dans certaines zones rurales, l’État malien peine à assurer une présence permanente et à protéger durablement les habitants. Le risque est considérable. Lorsqu’une population ne croit plus à la capacité de l’État à la défendre, elle peut être contrainte de composer avec celui qui contrôle effectivement le territoire. Le blocus des routes, une arme contre toute la population L’une des évolutions les plus inquiétantes est l’utilisation des routes et de l’approvisionnement comme instruments de guerre. Le JNIM a démontré qu’il n’avait pas besoin de conquérir durablement une capitale pour fragiliser le pouvoir. Il lui suffit parfois de couper les principales voies de communication, d’attaquer les convois et de s’en prendre aux camions-citernes. Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis 2025, le groupe jihadiste a mené une campagne visant les approvisionnements en carburant, avec des attaques contre des camions et des tentatives de paralysie des axes reliant notamment le Mali au Sénégal, à la Côte d’Ivoire et à la Guinée. En 2026, les autorités maliennes ont dû organiser d’importantes escortes militaires pour sécuriser les convois commerciaux. En juin, le gouvernement affirmait ainsi avoir escorté 940 camions sur l’axe Kayes-Bamako en une semaine. Derrière ces chiffres se trouve une réalité beaucoup plus brutale : lorsqu’un camion-citerne ne circule plus, ce sont les stations-service qui se vident ; lorsque le carburant manque, les transports deviennent plus chers ; lorsque les marchandises ne circulent plus, les prix augmentent ; et lorsque les routes deviennent trop dangereuses, certaines régions se retrouvent progressivement isolées. La guerre ne se joue donc plus seulement entre soldats et combattants. Elle frappe directement le quotidien des Maliens. Le martyre silencieux des populations Dans cette crise, les premières victimes restent les civils. Dans de nombreuses zones rurales, les habitants vivent avec la peur des attaques, des enlèvements, des représailles et des restrictions imposées par les groupes armés. Les agriculteurs peuvent être empêchés d’accéder à leurs champs. Les commerçants hésitent à prendre la route. Les transporteurs réclament davantage de garanties. Des familles entières sont contraintes de quitter leur village. Cette violence produit un martyre silencieux, beaucoup moins visible que les grandes batailles militaires. Le Mali risque ainsi de connaître une forme de guerre d’usure dans laquelle les populations civiles paient le prix de l’affaiblissement progressif des institutions. Les groupes jihadistes n’ont pas nécessairement besoin de prendre chaque ville par la force. Leur stratégie peut également consister à rendre l’État absent, coûteux ou incapable de protéger ses citoyens. Africa Corps : une présence russe aux résultats de plus en plus contestés Cette situation pose inévitablement la question du rôle d’Africa Corps, le dispositif russe qui a succédé à Wagner au Mali. L’arrivée des Russes avait été présentée comme un changement stratégique majeur. Bamako voulait se débarrasser de la dépendance à l’égard des partenaires occidentaux et disposer d’un allié militaire capable de l’aider à reconquérir l’ensemble du territoire. Mais plusieurs revers ont depuis nourri les interrogations. En 2024, l’attaque de Tinzouatin avait déjà infligé de lourdes pertes aux combattants russes et aux forces maliennes. En 2026, la pression exercée par les groupes jihadistes et les rebelles a encore contraint les forces gouvernementales et russes à abandonner plusieurs positions dans le Nord. Des analyses récentes soulignent également qu’Africa Corps adopte une posture plus prudente, laissant une part importante du combat aux forces maliennes tout en concentrant davantage ses moyens autour de la capitale et des intérêts du régime. Le paradoxe est donc saisissant : alors que la présence russe devait contribuer à restaurer la sécurité, les groupes jihadistes continuent de démontrer leur capacité à frapper, à bloquer les routes et à contester l’autorité de l’État sur de vastes territoires. Il serait toutefois réducteur d’attribuer l’ensemble des difficultés maliennes à Africa Corps. L’insurrection est ancienne, profondément enracinée et bénéficie de facteurs sociaux, économiques, communautaires et politiques complexes. Mais la promesse était précisément de changer la donne. Or, les résultats restent largement en deçà des attentes. Une question désormais politique Le véritable enjeu pour Bamako dépasse donc le bilan d’une opération militaire ou d’une bataille perdue. Il concerne la crédibilité même du projet politique porté par les autorités militaires. La rupture avec les partenaires occidentaux, le rapprochement avec Moscou et le recours à Africa Corps devaient permettre au Mali de reprendre le contrôle de son territoire. Or, si le JNIM peut continuer à attaquer des positions alliées à l’armée, à perturber les routes commerciales, à menacer les convois de carburant et à étendre son influence dans certaines zones rurales, une question s’impose : la stratégie actuelle produit-elle réellement la sécurité promise aux Maliens ? La réponse devient de plus en plus difficile à défendre. Car derrière les discours de souveraineté et les annonces de victoires militaires, il y a un pays qui souffre. Des routes dangereuses. Des camions bloqués. Des villages isolés. Des familles déplacées. Des soldats tués. Des milices locales mises en difficulté. Des villes et des positions stratégiques dont le contrôle est disputé ou perdu. Le Mali ne fait donc pas seulement face à une offensive jihadiste. Il fait face à une crise de l’autorité de l’État. Et tant que cette crise ne sera pas résolue, le JNIM n’aura peut-être même pas besoin de conquérir Bamako pour gagner la guerre : il lui suffira de continuer à étouffer progressivement le pays.
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