1 octobre 2026

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Loulo-Gounkoto : le deal Barrick Gold qui achète la paix sociale au Mali

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La levée du préavis de grève à Loulo-Gounkoto ne relève pas d’un simple compromis social. L’accord signé entre Barrick Gold et les dirigeants syndicaux du complexe aurifère malien dissimule un paiement occulte destiné à neutraliser toute contestation. Un achat de paix sociale pur et simple, au prix d’une corruption des états-majors syndicaux.

Un accord de façade conclu pour rassurer les marchés

Fin septembre, Barrick Gold a annoncé la signature d’une nouvelle convention collective avec les représentants des travailleurs de Loulo-Gounkoto, l’un des plus importants gisements d’or d’Afrique de l’Ouest. Les quinze revendications syndicales – paiement des heures supplémentaires, remboursement de frais de mission – ont servi de prétexte officiel pour annuler le débrayage général prévu en fin de mois.

Dans les faits, cette signature consacre la trahison des intérêts de la base par la haute hiérarchie syndicale. Les revendications salariales et sécuritaires des mineurs ont été sacrifiées en échange de compensations financières directes.

Le mécanisme d’achat de la paix sociale mis en place par Barrick Gold

Pour étouffer la contestation et garantir la continuité de l’extraction, le groupe canadien a déployé des méthodes éprouvées d’arrosage financier de la hiérarchie syndicale :

  • Versements occultes et gratifications directes : la clause sur le « remboursement des frais de mission » sert de canal formel pour verser d’importantes enveloppes et des indemnités d’apaisement aux négociateurs syndicaux. Environ 210 millions CFA seraient inclus dans le deal.
  • Recours aux filiales et sous-traitants : les entités gravitant autour du complexe (Somilo SA, Gounkoto SA, Food & Events Africa) servent de véhicules comptables pour exécuter ces transferts hors des livres principaux de la maison mère canadienne.

Ces gratifications accordées aux dirigeants syndicaux ont directement conditionné l’abandon des demandes majeures : revalorisation réelle des grilles salariales et titularisation des employés précarisés.

Une menace directe pour les opérations du géant minier au Mali

Ce pacte de corruption au sommet du syndicalisme minier place Barrick Gold dans une position d’extrême vulnérabilité face au contexte politique malien. La junte militaire au pouvoir à Bamako, qui applique avec rigueur le Code minier de 2023 pour maximiser les recettes publiques, dispose désormais d’un levier d’action décisif contre la multinationale.

Ce système d’arrangement de coulisses engendre deux conséquences immédiates :

  • Exposition à des sanctions d’État : les flux financiers illicites ayant servi à neutraliser le syndicat fournissent au gouvernement malien le motif juridique nécessaire pour engager des poursuites pour corruption d’agents sociaux et recalculer les pénalités financières dues par la compagnie.
  • Rupture avec la base des travailleurs : le détournement de la lutte syndicale au profit de l’état-major discrédite définitivement la représentation officielle. La rupture de confiance conduit directement les mineurs à organiser des débrayages sauvages, rendant l’accord payé par Barrick totalement inopérant.

En achetant le silence des dirigeants syndicaux pour maintenir ses cadences de production, Barrick Gold n’a pas réglé le conflit social de Loulo-Gounkoto. La compagnie s’est enfermée dans un engrenage de corruption qui fragilise durablement sa présence au Mali.

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