Liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : un appel urgent des médias
A streetvendor holds newspapers with the headline on the mutiny in Ouagadougou on January 24, 2022. - The President of Burkina Faso, Roch Marc Christian KaborÈ, was arrested on Monday and was detained in a barracks in Ouagadougou, the day after mutinies in military camps in this country plagued by jihadist violence, AFP learned from security sources. (Photo by OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)
liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : un appel urgent des médias
Sous l’égide de Reporters sans frontières (RSF), près de trente organisations de défense des droits humains et médias ont adressé une lettre ouverte aux autorités du Mali et du Burkina Faso. L’objectif ? Exiger la fin des violations de la liberté de la presse dans ces deux pays d’Afrique de l’Ouest.
Cette initiative, coordonnée par le bureau Afrique subsaharienne de RSF, met en lumière les pressions croissantes exercées sur les journalistes locaux et étrangers. Elle souligne également l’urgence de respecter les engagements internationaux en matière de liberté d’expression et de droit à l’information, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
des menaces concrètes et répétées contre les professionnels des médias
Dans leur lettre ouverte, les signataires détaillent les violences et intimidations subies par les journalistes au Mali et au Burkina Faso :
- Menaces de mort et appels au meurtre envers des journalistes et leaders d’opinion ;
- Suspensions arbitraires de médias internationaux comme RFI et France 24 ;
- Expulsions de correspondants de presse étrangers ;
- Incarcérations de journalistes critiques, comme Ras Bath au Mali ;
- Saccages de locaux médiatiques, comme la Maison de la presse de Bamako ;
- Campagnes de désinformation et fake news diffusées massivement sur les réseaux sociaux.
Ces agressions s’accompagnent d’un climat de terreur alimenté par des influenceurs pro-régime, qui ciblent systématiquement les voix indépendantes. Résultat : les populations maliennes et burkinabè sont privées d’un débat démocratique, tandis que les journalistes, pourtant essentiels en période de crise sécuritaire, sont réduits au silence.
un classement mondial préoccupant
Les classements 2023 de la liberté de la presse confirment la détérioration alarmante de la situation :
Burkina Faso
58ᵉ place sur 180 pays — Score : 48,52
Mali
113ᵉ place sur 180 pays — Score : 45,63
Ces données, publiées par RSF, illustrent le recul significatif de la liberté d’informer dans la région. Les autorités locales et régionales sont vivement invitées à agir pour inverser cette tendance.
qui sont les signataires de cette mobilisation ?
La lettre ouverte a été soutenue par un large éventail d’acteurs :
- Médias locaux : Joliba Tv News (Mali), Lefaso.net (Burkina Faso), Le Pays, L’Observateur Paalga, etc. ;
- Organisations internationales : Fédération des journalistes africains (FAJ), Fédération internationale des journalistes (FIJ), Human Rights Watch (HRW), Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) ;
- Médias internationaux : Jeune Afrique, Libération, Le Monde, France 24, RFI, etc. ;
- Associations locales : Association des journalistes du Burkina Faso (AJB), Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation (CENOZO).
Ensemble, ils réclament :
- La fin immédiate des atteintes à la liberté d’expression ;
- Des enquêtes impartiales sur les violences envers les journalistes ;
- La protection des professionnels des médias menacés ;
- Le respect des engagements internationaux par les États du Mali et du Burkina Faso.
destinataires de la lettre ouverte
Cette initiative a été transmise aux plus hautes instances :
- Présidents de l’Union africaine, de la CEDEAO et de l’UEMOA ;
- Commissions de l’Union africaine et de la CEDEAO ;
- Secrétaire général de l’ONU et Haut-Commissaire aux droits de l’homme ;
- Directrice générale de l’UNESCO et Secrétaire générale de la Francophonie ;
- Autorités nationales de régulation des médias en Afrique de l’Ouest.
des appels au secours ignorés ?
Malgré les alertes répétées, la situation reste critique :
Au Burkina Faso, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a publiquement dénoncé la récurrence des menaces envers les médias. De son côté, Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, s’est dit « profondément troublé » par l’évolution de la liberté de la presse.
Au Mali, Alioune Tine, expert indépendant de l’ONU, a alerté sur le « rétrécissement de l’espace civique » et la multiplication des arrestations arbitraires.
Face à ce constat accablant, les signataires de la lettre ouverte lancent un cri d’alarme :
« En cette veille de la journée mondiale de la liberté de la presse, il est plus que jamais essentiel de défendre ce droit fondamental. L’accès à une information libre et indépendante est un pilier de la démocratie. Sans lui, c’est la stabilité même des sociétés qui est menacée. »
liste complète des 30 signataires
Voici l’ensemble des organisations et médias ayant soutenu cette initiative :
- AfrikaJom Center
- Association des journalistes du Burkina Faso (AJB)
- Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Sénégal)
- Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation (CENOZO)
- Centre National de la Presse Norbert Zongo (CNP-NZ Burkina Faso)
- Courrier confidentiel (Burkina Faso)
- Fédération des Journalistes Africains (FAJ)
- Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)
- Fédération Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH)
- France 24 (France)
- Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)
- Human Rights Watch (HRW)
- International Press Institute (IPI)
- Jeune Afrique (France)
- Joliba TV News (Mali)
- Le Pays (Burkina Faso)
- Le Monde (France)
- Lefaso.net (Burkina Faso)
- Le Reporter (Burkina Faso)
- L’Événement (Burkina Faso)
- Libération (France)
- L’Observateur Paalga (Burkina Faso)
- Radio France Internationale (France)
- Reporters sans frontières (RSF)
- Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina Faso (SEP)
- Omega Médias (Burkina Faso)
- Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)
- Union des Journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO)
- 24heures.bf (Burkina Faso)
- Wakat Sera (Burkina Faso)
Cette mobilisation inédite montre que la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso n’est pas une cause perdue. Mais elle nécessite une réaction immédiate et décisive de la part des autorités et de la communauté internationale.