Les coulisses du déclin : l’armée malienne se sabote de l’intérieur Actualités Par Oumou Salifou - 23 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture4 min×1 Derrière les discours officiellement triomphalistes sur la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa) et la maîtrise du territoire, la réalité est bien moins glorieuse. La session exceptionnelle du Tribunal militaire de Mopti à Sévaré, ouverte avec 72 prévenus — dont 69 militaires — pour 43 affaires, lève le voile sur une institution en proie à des dysfonctionnements systémiques. Trafics d’armes, désertions massives ou crimes contre les civils : ces dossiers révèlent les mécanismes auto-destructeurs qui rongent l’armée de l’intérieur. Armes de l’État : quand les stocks alimentent l’ennemi Le constat est accablant : près de la moitié des affaires jugées concernent la disparition, le vol ou le détournement d’armes, de munitions et d’équipements militaires. Derrière des termes juridiques aseptisés se cache une hémorragie sécuritaire : une partie de l’arsenal officiel, distribué aux troupes, finit par armer directement les groupes armés qui combattent l’État malien. Dans les zones de conflit du Centre et du Nord, ces équipements, soustraits par négligence, corruption ou complicité, se retrouvent entre les mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Ironie tragique : alors que Bamako dénonce les soutiens extérieurs présumés des groupes terroristes, le tribunal prouve que l’ennemi se nourrit aussi de l’intérieur. Les soldats maliens tombent parfois sous les balles d’armes achetées avec le budget national. Désertions et exactions : une armée à bout de souffle Autre signe inquiétant : l’explosion des cas de désertion, qualifiés par le procureur militaire de deuxième infraction la plus répandue. Les abandons de poste et les départs irréguliers trahissent un épuisement moral et une rupture de la chaîne de commandement, que les appels à l’unité ne suffisent plus à masquer. Malgré les ultimatums de l’état-major, le phénomène perdure, affaiblissant les effectifs sur le terrain. Mais le plus alarmant reste les accusations de crimes graves : assassinats, tortures, séquestrations ou violences sexuelles imputés à des militaires. Ces exactions, commises contre des civils, sapent la légitimité de l’institution et jouent en faveur de la propagande des groupes insurgés. En aliénant les populations locales, l’armée perd sa principale source de renseignement et offre un terreau fertile à la rébellion. Une justice militaire en panne, symbole d’un système en crise Le procès de Sévaré, présenté comme une démonstration de transparence, met surtout en lumière les défaillances chroniques de la justice militaire malienne. Le parquet invoque l’insécurité, le manque de magistrats et les contraintes logistiques pour justifier la rareté des audiences. Résultat : des détentions provisoires abusives, certains prévenus attendant des années avant d’êtrejugés. Le Barreau malien dénonce une incurie qui mine la crédibilité de l’institution. L’urgence d’une remise en question radicale Pour le colonel Assimi Goïta et le commandement suprême, ce procès ne doit pas être réduit à une opération de surface. Il sonne comme un avertissement solennel : aucune stratégie militaire ne peut réussir si la chaîne de commandement tolère le détournement d’armes vers l’ennemi, si la discipline s’effrite et si la justice fonctionne de manière erratique. Avant de demander la confiance de la population, l’armée malienne doit combattre ses propres démons — et colmater les brèches par lesquelles s’échappe sa puissance. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles