L’engagement sans faille de la Dre Gloria Berges contre la drépanocytose au Burkina Faso
Un enjeu de santé publique majeur au Burkina Faso
Au Burkina Faso, la drépanocytose représente une préoccupation sanitaire importante. Les statistiques révèlent une prévalence de 4,63 %, et près de 2 % des nouveau-nés sont touchés par la forme SS, la plus grave de cette maladie génétique. Face à cette situation, une réponse globale impliquant tous les acteurs de la société est indispensable.
Depuis plus de dix ans, une figure de la société civile se distingue par son dévouement : la Dre Gloria Damoaliga Berges. En tant que vice-présidente de l’Association CID/B (Centre d’Initiative contre la Drépanocytose au Burkina Faso), elle mène un combat acharné pour améliorer le quotidien des patients et sensibiliser la population.
Une vocation née face à la souffrance
L’engagement de la Dre Berges trouve sa source dans son expérience de médecin. Confrontée dès le début de sa carrière à la douleur intense des enfants et des jeunes drépanocytaires, elle a ressenti un profond sentiment d’impuissance qui s’est transformé en moteur d’action. L’année 2015 a marqué un tournant décisif lorsqu’elle a participé à la création d’une unité de prise en charge de référence au sein de son hôpital, avec le soutien du CID/B. Cet événement a renforcé sa détermination et donné une nouvelle dimension à son implication.
L’importance cruciale de la sensibilisation et du dépistage
La persistance des naissances d’enfants drépanocytaires s’explique par la nature héréditaire de la maladie. Lorsque deux parents sont porteurs du gène de l’hémoglobine S, le risque de donner naissance à un enfant atteint est de un sur quatre à chaque grossesse. Malheureusement, de nombreux couples ignorent leur statut hémoglobinique avant de concevoir, le bilan prénuptial étant souvent négligé. La Dre Berges insiste sur la nécessité de promouvoir le test de l’électrophorèse de l’hémoglobine avant le mariage ou la grossesse.
Pour combler le manque de connaissances au sein de la population, elle s’investit personnellement dans des campagnes de sensibilisation et de dépistage. Récemment, entre janvier et juillet 2024, elle a coordonné une vaste opération qui a permis de dépister près de 15 000 enfants dans cinq régions du pays, en partenariat avec une ONG locale. Ce travail de terrain est également essentiel pour lutter contre la stigmatisation qui entoure la drépanocytose.
Des actions concrètes pour une prise en charge globale
Le travail de la Dre Berges et de son association s’est traduit par plusieurs avancées significatives. Elle a notamment soutenu la mise en place du dépistage néonatal et la formation des professionnels de santé sur la gestion de la douleur spécifique aux drépanocytaires. Une autre initiative majeure est l’opérationnalisation du numéro vert gratuit « Drépa Minute » (80001350), qui offre informations et conseils aux familles dans les langues locales.
L’association CID/B travaille en étroite collaboration avec le ministère de la Santé, via la Direction de la prévention et du contrôle des maladies non transmissibles (DPCM). Grâce au soutien financier de l’Agence Française de Développement, de la Fondation Pierre FABRE et de la Principauté de Monaco, elle propose un accompagnement complet aux patients, incluant :
- Une prise en charge médicale et une orientation vers des structures adaptées.
- Un soutien psychosocial avec des groupes de parole et des séances de coaching.
- Un appui socio-économique via des activités génératrices de revenus pour favoriser l’autonomie.
Cette approche solidaire est déployée à travers 11 antennes régionales, visant à améliorer durablement la qualité de vie des personnes atteintes.
Des progrès notables et des défis persistants
Grâce à ces efforts concertés, la drépanocytose est désormais mieux prise en compte dans les politiques de santé publique. Un plan stratégique national a été développé par le ministère de la Santé. La connaissance de la maladie a progressé tant au sein du corps médical que de la population générale, et les stéréotypes reculent. Il est aujourd’hui admis que les patients peuvent vivre longtemps et mener une vie épanouie avec un suivi médical adéquat.
Cependant, des défis importants subsistent. L’accès au dépistage en zone rurale, la disponibilité des médicaments essentiels comme l’hydroxyurée, les antidouleurs et les antibiotiques, ainsi que la prise en charge des complications et des transfusions sanguines restent des priorités. La Dre Berges lance un appel à investir davantage dans la lutte, en particulier dans la généralisation du dépistage néonatal. Animée par une conviction inébranlable, elle poursuit son combat pour la dignité et l’espoir des patients drépanocytaires.