L’eau comme arme de guerre au Mali : jusqu’où ira la crise humanitaire autour de Kidal ?
Dans les vastes étendues désertiques du nord du Mali, où chaque point d’eau est une bouée de sauvetage, une série de frappes ciblant les puits et les infrastructures hydrauliques a fait au moins 43 morts entre le 15 et le 16 septembre 2026. Au-delà du bilan humain, ces attaques posent une question décisive : l’accès à l’eau est-il devenu une arme comme une autre, au risque de condamner tout un mode de vie pastoral ?
Une offensive méthodique contre les points d’eau vitaux
Le 15 septembre 2026, un bombardier Su-24 a frappé le puits de la localité d’Amassine, située dans la région de Kidal. Ce point d’eau constituait l’unique source d’abreuvement pour les troupeaux des communautés nomades des environs. Le lendemain, à Tassik, les Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par des éléments paramilitaires russes, ont de nouveau visé des infrastructures hydrauliques. Le bilan cumulé de ces deux journées est lourd : au moins 43 civils tués, touchés alors qu’ils se trouvaient près de ces installations vitales, et de nombreux blessés.
Une stratégie d’asphyxie des populations rurales et urbaines
Ces attaques ne relèvent pas d’incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une dynamique observée depuis plusieurs mois, qui vise à couper l’accès à l’eau potable dans toute la périphérie de Kidal, rendant la vie pastorale presque impossible. La tactique rappelle la dégradation des infrastructures au cœur même de la ville de Kidal, où les réseaux publics d’eau et d’électricité ont subi des dommages répétés. Plusieurs lieux de culte, dont des mosquées, ont également été touchés lors d’opérations de sécurisation militaire.
L’impact humain et économique : l’élevage au bord du gouffre
Pour les communautés pastorales du Grand Nord malien, l’eau n’est pas qu’une simple ressource de consommation : elle est le socle de leur subsistance et de leur économie. La destruction délibérée des puits coupe l’accès aux pâturages et condamne le bétail, principale richesse des familles.
| Impact | Conséquences directes pour les populations |
|---|---|
| Accès à l’eau potable | Pénurie immédiate pour des milliers de personnes et risque sanitaire accru |
| Économie pastorale | Perte irrémédiable du bétail par déshydratation, effondrement des marchés locaux |
| Mouvements de population | Déplacements forcés de familles nomades vers des zones urbaines déjà saturées |
Privé d’eau, le bétail succombe en quelques jours sous des températures extrêmes, ruinant des générations d’éleveurs. Sans ressources financières ni nourriture, de nombreux ménages se résignent à abandonner leur mode de vie traditionnel pour chercher un refuge précaire dans des centres urbains sous tension.
Une situation humanitaire au seuil critique
Alors que les tensions militaires restent très vives dans le Nord-Mali, l’accès des organisations internationales et des secours humanitaires demeure extrêmement restreint. L’endommagement des infrastructures civiles de base soulève la question du respect du droit international humanitaire, qui protège strictement les biens indispensables à la survie des populations civiles. Si la destruction des puits et des réseaux d’eau se poursuivait, la région de Kidal pourrait faire face à un déplacement massif de populations et à un risque de famine pastorale dans les semaines à venir.