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Le Sénégal peut-il éviter un clash budgétaire entre son président et son assemblée ?

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La survie du plan budgétaire du Sénégal pour les prochaines années se joue-t-elle entre les murs du Palais présidentiel et ceux de l’Assemblée nationale ? La question n’a jamais été aussi pressante depuis que Ousmane Sonko, président du Parlement et figure majeure du parti au pouvoir, a brandi la menace d’un rejet pur et simple des textes financiers clés pour 2026 et 2027. Une posture qui a immédiatement fait chuter les obligations souveraines sénégalaises, signe d’une défiance croissante des marchés face à l’incertitude politique.

Quand l’Assemblée nationale devient-elle un frein au pouvoir exécutif ?

Le paradoxe est saisissant : au lieu d’être un simple arbitre, l’Assemblée nationale, majoritairement contrôlée par le parti au pouvoir depuis les législatives de 2024, se transforme en un obstacle pour le président Bassirou Diomaye Faye. Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et leader incontesté de Pastef, a clairement indiqué qu’il ne validerait ni la loi de finances rectificative 2026 ni le budget 2027 en l’état. Son argument ? Des coupes budgétaires de 555 milliards de francs CFA, ciblant des secteurs vitaux comme l’Éducation nationale, la Famille et la Solidarité, ou encore la Formation professionnelle. La suppression progressive des subventions, notamment sur le pain, l’électricité et les hydrocarbures, ajoute une dimension hautement inflammable à une équation déjà complexe.

« Les baisses sur les budgets de l’Éducation, de la Famille ou de la Formation professionnelle sont inacceptables dans un contexte où le pouvoir d’achat des Sénégalais reste fragile », a-t-il déclaré, marquant ainsi une ligne de fracture au sein même de la majorité présidentielle.

FMI, G20 et restructuration de la dette : un trio explosif

Le Sénégal négocie actuellement deux dossiers stratégiques : un nouveau programme avec le Fonds monétaire international et une restructuration de sa dette souveraine dans le cadre du Cadre commun du G20, un mécanisme lancé en 2020 pour coordonner les créanciers publics et privés. Un accord de principe a été trouvé avec le FMI, mais son adoption définitive dépendra de la validation parlementaire. Or, Ousmane Sonko rejette fermement cette logique, accusant l’exécutif d’avoir contracté des emprunts « illégalement », sans l’aval du Parlement.

« Le Sénégal ne doit pas servir de laboratoire au G20 ou au FMI. Notre dette doit être restructurée dans la transparence et avec le consentement de nos représentants élus », a-t-il martelé. Cette posture, si elle se concrétise, pourrait non seulement bloquer le décaissement des fonds du FMI, mais aussi alourdir le coût des obligations souveraines sénégalaises, déjà fragilisées par un risque politique désormais réévalué. Les créanciers, eux, observent avec inquiétude cette remise en cause d’un équilibre fragile.

Grèves et tensions sociales : le défi de la rue

L’emballement parlementaire s’accompagne d’une radicalisation de la société civile. Les syndicats, unis derrière une grève générale de 72 heures programmée pour le 21 octobre, menacent de paralyser une partie du secteur formel. Cette convergence entre opposition parlementaire et contestation sociale place le président Faye dans une position intenable : comment concilier les exigences des bailleurs de fonds, les attentes de la population et les divisions internes à sa propre majorité ?

Ousmane Sonko, tout en affirmant ne pas chercher à « bloquer » le processus, laisse peu de place à l’ambiguïté : « Si blocage il y a, ce sera de la responsabilité exclusive de l’exécutif ». Une phrase qui résonne comme un avertissement, alors que les investisseurs, jusqu’ici confiants dans la stabilité sénégalaise, commencent à réviser leurs anticipations.

Crise politique vs. stabilité économique : qui l’emportera ?

La situation actuelle illustre un dilemme cornélien pour le Sénégal. D’un côté, la nécessité de rassurer les marchés et les partenaires internationaux en adoptant des réformes structurelles. De l’autre, la pression interne pour préserver les acquis sociaux, alors que le pays fait face à des remboursements colossaux à partir de 2025-2026 et aux retombées attendues des projets gaziers comme Grand Tortue Ahmeyim.

La question n’est plus seulement budgétaire : elle est devenue existentialiste. Le Sénégal peut-il concilier rigueur économique et légitimité démocratique sans sombrer dans un conflit institutionnel aux conséquences imprévisibles ?

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Ali Mahamane
Journaliste
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