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Burkina Faso : les dessous du rétablissement de la peine de mort, une stratégie risquée

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Un virage radical dans la politique pénale burkinabè

Le Burkina Faso vient d’inscrire dans son Code pénal une décision lourde de conséquences : le rétablissement de la peine de mort, adoptée à l’unanimité par les 71 députés de l’Assemblée législative du peuple. Derrière ce choix officiel, présenté comme une réponse à la crise sécuritaire et à l’insécurité grandissante, se cachent des enjeux bien plus profonds qu’une simple mesure répressive. Ce tournant marque-t-il une tentative désespérée de restaurer la confiance dans un État affaibli, ou annonce-t-il au contraire un glissement vers des méthodes de gouvernement fondées sur la peur ?

Sécurité ou intimidation ? Les limites d’un arsenal répressif

Le terrorisme et le parricide au cœur des nouvelles sanctions

Le nouveau texte pénal burkinabè prévoit désormais la peine capitale pour des crimes de premier ordre : terrorisme, trahison, espionnage, parricide, ainsi que pour l’importation de produits périmés ou prohibés ayant causé des décès. Une liste qui reflète une volonté affichée de sanctionner sans faiblesse les actes considérés comme les plus graves. Pourtant, la multiplication des peines les plus lourdes suffit-elle à dissuader les auteurs de violences ? Rien n’est moins sûr.

La lutte contre les groupes armés jihadistes, qui ravagent le pays depuis des années, exige des moyens bien plus ambitieux que la seule sévérité judiciaire. Les citoyens burkinabè, eux, attendent avant tout une protection tangible : des patrouilles efficaces, un renseignement fiable, des enquêtes rapides et des forces de sécurité capables d’intervenir avant que les attaques ne se produisent. Or, une peine irréversible ne saurait se substituer à une stratégie globale de sécurité publique.

Des garanties judiciaires suffisantes pour éviter les dérives ?

Le régime du capitaine Ibrahim Traoré met en avant une ferme volonté de restaurer l’autorité de l’État. Mais dans un contexte où les libertés publiques sont déjà sous pression, cette réforme interroge : les nouvelles sanctions s’accompagnent-elles de mécanismes robustes pour prévenir les abus ? Une erreur judiciaire dans un procès capital, et c’est une vie humaine qui ne pourra plus être réparée.

La question n’est donc pas seulement de savoir si le Burkina Faso a besoin de peines plus sévères, mais bien si son système judiciaire dispose des moyens de garantir un procès équitable, sans ingérence politique ni manipulation des preuves. L’histoire des régimes autoritaires a trop souvent montré que l’arsenal répressif peut servir d’instrument pour museler toute opposition, au nom de la sécurité nationale.

Un climat politique sous haute tension

Les restrictions des libertés au même moment que le durcissement pénal

Choc des temporalités ou coïncidence troublante ? La réforme du Code pénal, qui rétablit la peine de mort, s’accompagne d’un autre volet tout aussi préoccupant : le retour de la pénalisation de certains délits de presse. Dans un pays où des journalistes et des militants ont déjà été la cible d’enlèvements et de pressions, cette mesure envoie un signal inquiétant. Faut-il y voir une tentative de contrôler le débat public, ou simplement une réponse sécuritaire mal calibrée ?

La sécurité nationale est un impératif légitime, mais elle ne doit pas servir de prétexte pour réduire l’espace démocratique. Dans une nation en proie aux violences jihadistes, la survie de l’État repose autant sur la fermeté que sur la capacité à maintenir un dialogue avec la population. Or, quand les sanctions s’alourdissent tandis que les voix critiques s’étouffent, le risque est grand de transformer le contrat social en un pacte de soumission.

La confiance, cette ressource rare en temps de crise

Aujourd’hui, les Burkinabè ne réclament pas seulement des sanctions plus sévères. Ils aspirent à une vie normale : se rendre à leur travail, scolariser leurs enfants, cultiver leurs terres sans craindre une embuscade. Ces besoins fondamentaux dépassent largement le cadre des mesures pénales. Une politique de sécurité réussie se mesure d’abord à son efficacité sur le terrain : des routes sûres, des marchés ouverts, des écoles qui fonctionnent. Or, la peur, si elle peut imposer un silence temporaire, ne garantit ni la paix sociale ni la protection des populations.

Le régime d’Ibrahim Traoré est aujourd’hui face à un double défi. D’une part, prouver que ses choix politiques se traduisent par une amélioration concrète de la sécurité. D’autre part, préserver les droits fondamentaux des citoyens, sans lesquels aucune stabilité ne saurait durer. La peine de mort, en elle-même, ne fait pas reculer les groupes armés, ni ne réparera les vies brisées par les attaques. Elle ne sera qu’un symbole et peut-être un leurre si elle ne s’inscrit pas dans une stratégie globale où la justice, la transparence et la confiance tiennent une place centrale.

Une réforme qui engage l’avenir du pays

Rétablir la peine capitale au Burkina Faso n’est pas une simple mise à jour juridique. C’est un choix politique aux conséquences durables, qui engage l’avenir du pays bien au-delà des frontières de ses salles d’audience. La question qui se pose désormais est la suivante : ce texte parviendra-t-il à renforcer la sécurité des Burkinabè, ou servira-t-il uniquement à renforcer le pouvoir en place ?

Pour les citoyens, la réponse ne fait aucun doute. La sécurité ne se décrète pas par des peines toujours plus lourdes. Elle se gagne en montrant que l’État est capable de protéger et de servir, plutôt que d’intimider et de sanctionner. Dans les zones encore sous l’emprise des groupes armés, les populations attendent des actes, pas des discours. Le véritable test de cette réforme ne réside donc pas dans les couloirs de l’Assemblée, mais dans les villages, les villes et les campagnes où la peur doit laisser place à l’espoir.

Par Oumou Salifou — Journaliste

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Oumou Salifou
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