L’alliance entre Touaregs et djihadistes bouscule le pouvoir militaire au Mali
Une offensive d’envergure frappe plusieurs villes stratégiques du Mali
Le Mali traverse une nouvelle zone de turbulences majeures. Le samedi 25 avril, une action militaire coordonnée a été lancée par les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda. Cette offensive de grande ampleur a touché simultanément sept localités clés, dont Bamako, Kati, Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal.
La ville de Kidal, point névralgique du nord-ouest de la capitale, est désormais sous l’autorité totale des insurgés. Les assaillants ont déployé un arsenal sophistiqué, incluant des drones kamikazes, des véhicules piégés et des engins explosifs improvisés pour viser des infrastructures critiques telles que l’aéroport international Modibo Keita, le ministère de la Défense et la résidence présidentielle.
Réaction de la junte et retrait des forces russes
Le général Oumar Diarra, chef d’état-major des forces armées, a dénoncé une tentative de déstabilisation orchestrée par des acteurs internes et externes. Bien que le gouvernement de transition assure que la situation est sous contrôle, un couvre-feu de 72 heures a été instauré à Bamako. De son côté, l’Africa Corps (le corps paramilitaire russe ayant succédé au groupe Wagner) a confirmé son retrait de Kidal en coordination avec les autorités maliennes, tout en affirmant avoir neutralisé un grand nombre de combattants ennemis lors des affrontements.
Les forces russes avancent également que cette offensive, impliquant jusqu’à 12 000 combattants, aurait bénéficié du soutien logistique et tactique d’instructeurs ukrainiens et européens. L’implication présumée de Kiev, via ses services de renseignement (GUR), avait déjà provoqué une rupture diplomatique entre le Mali et l’Ukraine après les combats de Tinzaouaten en juillet 2024.
Un coup dur politique : le décès du ministre Sadio Camara
Le gouvernement de transition a officiellement confirmé la mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale du régime depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Sa résidence à Kati a été la cible d’un attentat-suicide à la voiture piégée. Le ministre a succombé à ses blessures après des échanges de tirs nourris. Cette perte, s’ajoutant aux blessures de Modibo Koné, chef de la sûreté de l’État, représente un tournant politique majeur pour le président de la transition, Assimi Goïta, qui a été mis en sécurité.
Une alliance tactique entre séparatistes et islamistes
Ce regain de violence scelle une alliance opérationnelle entre le Cadre stratégique pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA) et le JNIM. Bien que leurs objectifs finaux divergent — l’indépendance pour les Touaregs et l’instauration d’un État islamique pour les djihadistes —, leur hostilité commune envers la junte de Bamako et ses alliés russes les a poussés à coordonner leurs attaques. La fin des accords d’Alger fin 2023 a définitivement relancé le conflit armé dans le nord du pays.