13 juin 2026

Eveil des Nations

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La parité au Maroc : entre avancées législatives et réalités des législatives de 2026

 

L’engagement des femmes dans la sphère politique au Maroc représente une trajectoire longue et complexe, marquée par des réformes législatives successives, des mobilisations associatives constantes et une quête ininterrompue pour une parité effective. Alors que les élections législatives de septembre 2026 approchent, la question de la position des femmes au sein des instances de pouvoir revient au premier plan du débat public. Malgré un cadre légal considérablement renforcé, les dynamiques sur le terrain et les pratiques des partis politiques soulèvent encore de sérieuses interrogations quant à l’application concrète des principes constitutionnels.

1. Parcours historique : de l’invisibilité à l’action volontariste

Durant les décennies qui ont suivi l’indépendance du Maroc, la présence féminine au Parlement est restée marginale, voire symbolique. Il a fallu attendre l’année 1993 pour que les deux premières femmes fassent leur entrée à la Chambre des représentants. Face à la lenteur de cette évolution naturelle, le Maroc a entrepris un virage décisif au début des années 2000 en instaurant des mécanismes de discrimination positive.

  • 2002 – L’introduction de la liste nationale : Un accord politique historique entre les partis a réservé 30 sièges aux femmes à la Chambre des représentants, un moment clé pour une représentation plus équitable.
  • 2011 – Le tournant constitutionnel : La nouvelle Constitution a inscrit, dans son article 19, le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, engageant l’État à œuvrer pour la parité. Le nombre de sièges dédiés aux femmes a alors été porté à 60.
  • 2021 – L’adoption des listes régionales : Le dispositif de la liste nationale a été remplacé par des listes régionales, visant à étendre la représentativité territoriale des femmes et à augmenter leur nombre à 90 sièges au sein de la Chambre des représentants.

Chacune de ces étapes a permis aux citoyennes marocaines de développer une expertise précieuse et de démontrer leur compétence dans les domaines politique, syndical, associatif et des droits humains. Pourtant, en dépit de ces avancées législatives, un plafond de verre persiste, aussi bien au niveau local qu’à celui de la direction des listes électorales.

2. Législatives 2026 : le cri d’alarme des organisations de la société civile

C’est dans ce contexte de transition que plusieurs organisations de la société civile marocaine ont lancé un appel pressant le 9 juin 2026. Après avoir analysé les premières données relatives aux investitures pour le scrutin de septembre, ces collectifs tirent la sonnette d’alarme : les femmes restent largement sous-représentées en tant que têtes de liste, ces positions clés étant majoritairement occupées par des hommes.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les têtes de liste bénéficient statistiquement des meilleures chances de remporter un siège à l’assemblée législative. Reléguer systématiquement les candidates au second plan soulève ainsi une question fondamentale : quel est le véritable engagement des partis politiques envers les principes d’égalité et de parité inscrits dans la loi ?

3. Une dérive démocratique : le détournement familial des quotas

Au-delà de la simple faiblesse numérique des candidatures féminines, un autre phénomène insidieux menace la sincérité de ce scrutin, et ce, au sein de l’ensemble des formations politiques. Il est impératif de dénoncer l’instrumentalisation des mécanismes de représentativité par certaines élites partisanes. Profitant des quotas et des listes réservées, plusieurs dirigeants n’hésitent pas à positionner leurs propres épouses ou filles en tête de liste.

Cette pratique de favoritisme familial constitue un contournement flagrant de l’esprit des textes juridiques. En transformant des mesures de discrimination positive en privilèges dynastiques, elle vide la réforme de sa substance. Elle prive les militantes de terrain – qui s’investissent depuis des décennies au sein des structures politiques et associatives – d’un accès légitime à la représentation. Ce népotisme électoral renforce la méfiance des citoyens envers les institutions et décrédibilise l’accès des femmes à la politique, réduit à une affaire de cooptation familiale plutôt que de compétence et de mérite.

4. Pour un débat national : au-delà de la simple mobilisation électorale

Face à ces dérives, les organisations féministes appellent à l’ouverture immédiate d’un débat national responsable et serein, rassemblant les acteurs politiques, les institutions constitutionnelles, les organisations de défense des droits des femmes et les médias. Ce débat doit permettre d’interroger les freins culturels et structurels qui limitent encore l’émergence des femmes aux postes de leadership politique.

Les signataires du manifeste proposent plusieurs mesures concrètes pour inverser cette tendance préoccupante :

  • Un engagement partisan ferme : Les partis politiques doivent respecter l’esprit des lois électorales et veiller à ce que les femmes dirigent au moins un tiers des listes, dans une perspective de parité effective.
  • Des critères de sélection transparents et éthiques : L’octroi des investitures doit impérativement reposer sur la compétence, le mérite et l’engagement militant historique des candidates, excluant toute logique de privilège familial ou de népotisme, afin de garantir une réelle égalité des chances.
  • Un suivi rigoureux par les autorités : Les institutions de contrôle et les autorités publiques chargées de superviser le processus électoral doivent veiller à la stricte application des objectifs initiaux de la loi, pour que les mesures de soutien à la représentativité profitent réellement à l’ensemble des citoyennes et non à des cercles familiaux restreints.

Conclusion – Une réflexion essentielle

Les femmes marocaines ne peuvent plus être réduites à de simples électrices ou à des outils de mobilisation de masse le jour du scrutin. Elles sont des citoyennes à part entière et des partenaires incontournables dans l’élaboration des politiques publiques et la construction de l’avenir du pays. La maturité de la démocratie marocaine se mesurera à sa capacité à transformer la participation politique des femmes – d’une exception ou d’un contournement familial – en une pratique démocratique naturelle, juste, méritocratique et durable.

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