15 juin 2026

Eveil des Nations

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La diplomatie argentine sollicite l’appui du Maroc pour la candidature de Rafael Grossi à l’ONU

Buenos Aires a formellement sollicité le soutien de Rabat pour la candidature de Rafael Grossi au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). Cette demande a été formulée le 11 juin dans la capitale argentine, lors de la huitième réunion de la commission mixte et de la sixième session de consultations politiques entre l’Argentine et le Maroc.

Le gouvernement de Javier Milei ambitionne de voir l’actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) succéder à António Guterres. L’Argentine cherche ainsi à obtenir l’adhésion du Maroc, dont l’influence diplomatique, tant en Afrique que dans les instances multilatérales, confère à son appui une portée bien au-delà du simple cadre bilatéral, comme le révèle le compte rendu du ministère argentin des Relations extérieures.

Les pourparlers, au cours desquels cette requête a été présentée, ont été menés côté argentin par Roberto Salafia, sous-secrétaire aux négociations économiques internationales et à l’intégration, et Juan Manuel Navarro, sous-secrétaire à la politique étrangère. La délégation du royaume chérifien était dirigée par Fouad Yazourh, directeur général des affaires politiques internationales au ministère marocain des Affaires étrangères. Les deux parties ont approfondi l’examen de leurs relations politiques, des dossiers internationaux majeurs et des opportunités d’élargir leur coopération.

Buenos Aires a caractérisé cette candidature comme « l’une des priorités diplomatiques essentielles de l’Argentine au sein du système multilatéral, portée par un responsable aguerri aux crises internationales, au dialogue entre puissances et aux mécanismes des organisations internationales. » Cette démarche auprès de Rabat inaugure un volet africain déterminant pour la campagne argentine, sachant que la désignation du prochain secrétaire général requiert d’abord une recommandation du Conseil de sécurité, suivie d’une nomination par l’Assemblée générale.

Une voix marocaine stratégique dans la course au Conseil de sécurité

À la tête de l’AIEA depuis 2019, Rafael Grossi a consolidé sa renommée internationale grâce à son rôle crucial dans la surveillance des installations nucléaires en zones de conflit, les discussions autour du programme atomique iranien et les initiatives visant à garantir la sûreté des centrales ukrainiennes durant le conflit russo-ukrainien. L’Argentine a officialisé sa candidature fin 2025, lançant ensuite une campagne auprès de gouvernements de diverses régions.

Le choix de solliciter le Maroc repose sur une analyse diplomatique précise. Le royaume maintient une présence dynamique au sein des institutions internationales, dispose d’un vaste réseau en Afrique et entretient des échanges avec les principaux centres de décision mondiaux. La partie argentine estime que « le soutien marocain pourrait renforcer la crédibilité de la candidature de M. Grossi sur le continent africain et faciliter des convergences auprès d’États dont le poids est considérable au Conseil de sécurité comme à l’Assemblée générale. »

La compétition rassemble plusieurs personnalités de l’Amérique latine et de l’Afrique. L’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet bénéficie déjà de l’appui du Brésil. La Costaricienne Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), figure également parmi les prétendantes, aux côtés de l’Équatorienne María Fernanda Espinosa et de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Cette diversité de candidatures contraint Buenos Aires à édifier des soutiens bien au-delà de sa sphère régionale immédiate.

La diplomatie argentine met en avant le profil technique et politique de M. Grossi. Son parcours à la direction de l’AIEA lui a permis d’accéder aux négociations les plus sensibles concernant la prolifération, la sécurité nucléaire et les crises armées. Buenos Aires le décrit comme « un diplomate capable de dialoguer avec les grandes puissances, de maintenir des canaux de communication en période de tension et de redonner à l’ONU une capacité d’action politique plus affirmée. »

Dans cette stratégie, le Maroc occupe une position singulière. Son influence au Maghreb, ses liens avec de nombreux États africains, son engagement au sein des institutions multilatérales et ses partenariats avec l’Europe, les États-Unis et les puissances du Sud en font un interlocuteur de choix. L’appui de Rabat offrirait à l’Argentine un relais politique précieux dans une région où la bataille des voix pourrait s’avérer déterminante.

Un commerce bilatéral en croissance, vers 1,092 milliard de dollars en 2025

Les consultations à Buenos Aires ont également permis d’élargir le dialogue économique. Les échanges commerciaux entre l’Argentine et le Maroc ont atteint 1,092 milliard de dollars en 2025, un niveau qui positionne le royaume comme le deuxième débouché africain des exportations argentines. Les délégations ont exploré les pistes pour augmenter la part des produits à plus forte valeur ajoutée et ouvrir de nouveaux domaines de coopération.

L’agriculture, l’énergie, la santé, le tourisme, la sécurité sanitaire des denrées alimentaires et les liaisons aériennes ont constitué des thèmes centraux des discussions. Les responsables ont souligné « la nécessité de conférer au commerce bilatéral une structure plus robuste, de rapprocher les administrations compétentes et d’encourager des projets communs dans les secteurs où les deux économies présentent des complémentarités immédiates. »

Pour l’Argentine, le Maroc représente à la fois un marché prometteur, une porte d’entrée vers le continent africain et un partenaire politique clé. Son industrie automobile, ses filières d’engrais, son secteur aéronautique et son textile ont accru son rôle dans les chaînes de production régionales. Buenos Aires perçoit dans cette base industrielle un terrain fertile pour des accords commerciaux, des coopérations techniques et une présence élargie des entreprises argentines sur le continent.

Rabat, de son côté, trouve en l’Argentine un fournisseur agricole majeur et un partenaire capable d’élargir ses liens avec l’Amérique du Sud. Les discussions ont porté sur les conditions sanitaires applicables aux produits agroalimentaires, sur l’échange d’expertise dans le domaine énergétique et sur l’établissement de liaisons aériennes aptes à réduire les distances commerciales et diplomatiques entre les deux rives de l’Atlantique.

Enfin, la délégation argentine a mis en avant que « la relation avec Rabat dépasse désormais le simple commerce et offre un espace de concertation politique sur les grands équilibres internationaux, la coopération Sud-Sud et la représentation des pays du Sud au sein des institutions mondiales. »

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