17 juin 2026

Eveil des Nations

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La crise du ciment au Burkina Faso : entre discours officiel et réalités économiques

Le Burkina Faso est actuellement confronté à une escalade alarmante des prix du ciment, une situation qui paralyse le secteur de la construction et pèse lourdement sur l’économie nationale. Face à la grogne populaire, les autorités avancent une explication : l’essor fulgurant des chantiers communautaires de l’initiative « Faso Mêbo ». Pourtant, cette justification soulève de sérieuses interrogations, masquant des problèmes structurels bien plus profonds que le succès supposé d’un programme présidentiel.

La rhétorique officielle suggère que la forte demande en ciment, alimentée par ces projets collectifs, est la cause directe de la flambée des tarifs. Cependant, cette explication souffre d’une double faiblesse. D’une part, l’efficacité économique réelle et l’utilité de « Faso Mêbo » sont loin de faire l’unanimité. D’autre part, l’utiliser comme unique bouc émissaire pour les pénuries met en lumière des lacunes criantes dans la planification et la gestion étatique.

« Faso Mêbo » : une initiative politique aux retombées économiques incertaines

Présentée comme un pilier du développement endogène et de l’éveil politique Afrique, l’initiative « Faso Mêbo » s’appuie sur la mobilisation citoyenne, le bénévolat et les dons de matériaux, dont le ciment est un élément clé. Si l’engagement des citoyens dans la construction de leur pays est symboliquement louable, la mise en œuvre de ce modèle soulève de vives inquiétudes sur les plans économique et technique.

Confier la réalisation d’infrastructures d’envergure telles que des routes, des pavages ou des bâtiments publics à des logiques de dons aléatoires et de bénévolat s’écarte des standards de l’ingénierie moderne et des exigences de durabilité. Sans un suivi technique rigoureux et des budgets de maintenance garantis, de nombreux observateurs craignent que ces constructions à coût réduit ne soient vouées à une dégradation rapide, transformant ainsi l’effort populaire en un gaspillage colossal de ressources. De surcroît, en contournant le secteur privé local du BTP, cette approche affaiblit les PME nationales, pourtant créatrices d’emplois durables et contributrices fiscales, au profit d’une gestion de chantier souvent informelle et moins structurée.

L’incohérence de l’argumentaire officiel face à la hausse des prix

Même en admettant que « Faso Mêbo » consomme une quantité significative de ciment, l’expliquer la cherté du produit par ce seul facteur relève d’une aberration logique et économique. Dans une économie où l’État joue un rôle central, l’émergence d’un nouveau besoin d’État devrait être anticipée. Affirmer que les prix s’envolent parce que l’État lui-même consomme du ciment revient à admettre une absence totale d’évaluation des capacités de l’appareil industriel à soutenir un programme d’une telle ampleur. Un État ne saurait être surpris par sa propre consommation.

La véritable explication, que cette communication tente de dissimuler, réside ailleurs :

  • L’asphyxie énergétique des usines : Le principal obstacle à la disponibilité du ciment réside dans l’incapacité de l’État à garantir un approvisionnement électrique stable aux cimenteries locales. Ces dernières fonctionnent au ralenti, voire à l’arrêt, en raison des délestages fréquents, réduisant drastiquement l’offre sur le marché.
  • Le piège d’un protectionnisme rigide : En interdisant les importations de ciment dans le but de protéger des usines locales qui n’ont pas l’énergie nécessaire pour produire à pleine capacité, l’État a involontairement créé une pénurie artificielle. Cette mesure, bien qu’animée par une volonté de soutien à l’industrie nationale, a eu l’effet inverse.
  • L’émergence d’un marché noir institutionnalisé : Cette rareté orchestrée profite grandement aux spéculateurs. Face à ce phénomène, les mécanismes de contrôle du ministère du Commerce se montrent impuissants, laissant le champ libre à des pratiques illicites qui contribuent à l’envolée des prix.

Accuser « Faso Mêbo » de la crise ciment Burkina Faso est un non-sens. Soit cette initiative est d’une portée modeste, et son impact sur le marché global est alors négligeable, soit elle est aussi massive que le prétend le gouvernement, et son lancement sans une planification industrielle adéquate constitue alors une grave erreur de pilotage. Dans les deux cas, la cherté de la vie et du ciment au Burkina Faso ne provient pas d’un élan patriotique dans la construction, mais bien des choix stratégiques défaillants d’un État qui peine à rationaliser son économie et à anticiper les besoins de ses nations africaines.

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