Inflation au Cameroun : des réalités régionales contrastées face au seuil cemac
Le Cameroun connaît une modération de l’inflation globale, cependant, cette moyenne nationale dissimule des disparités régionales importantes en matière de prix. Les données de mai 2026, publiées par l’Institut national de la statistique (INS), révèlent que la hausse des prix dans cinq des dix capitales régionales du pays excède le seuil de tolérance de 3% fixé par la Cemac, l’espace économique regroupant le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine. Au niveau national, l’indice s’est établi à 2,7%, marquant une baisse significative comparativement aux 3,3% enregistrés douze mois auparavant.
Les réalités contrastées de l’inflation dans les régions camerounaises
L’étude de l’INS met en évidence une nette divergence des prix. Bertoua se positionne en tête des villes les plus touchées, avec une augmentation de 4,2% des prix sur ses marchés. Viennent ensuite Ngaoundéré (3,8%), Bafoussam (3,7%), Bamenda (3,6%) et Buea (3,2%). La capitale politique, Yaoundé, enregistre une inflation de 3%, s’alignant précisément sur le plafond communautaire. À l’opposé, Garoua affiche la hausse la plus faible, à 2,1%, suivie de près par Douala (2,4%) et Ebolowa (2,6%). Fait notable, Maroua, située dans l’Extrême-Nord, se distingue par une déflation de 0,7% en un mois, un cas unique.
Ces divergences de prix, comme l’explique l’institut, s’ancrent dans des réalités structurelles profondes. Elles sont le résultat de coûts de transport fluctuants, d’une accessibilité inégale aux produits agricoles locaux, de chaînes d’approvisionnement morcelées et de blocages logistiques persistants dans diverses localités. En somme, l’évolution des prix est intrinsèquement liée à la configuration économique du Cameroun et à l’efficacité des infrastructures connectant les zones de production aux centres urbains de consommation.
L’impact de l’insécurité sur la hausse des prix
Au-delà des chiffres, la répartition géographique de l’inflation reflète une corrélation frappante avec les zones d’insécurité. Les villes de Bamenda et Buea, capitales des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sont affectées depuis fin 2016 par un conflit séparatiste qui désorganise la production agricole et entrave les échanges commerciaux. Ces tensions se propagent également à la région de l’Ouest, avec Bafoussam comme point de convergence majeur. Un schéma similaire est observé à Ngaoundéré et Bertoua, pôles des régions de l’Adamaoua et de l’Est, toutes deux confrontées aux incursions de groupes armés depuis la Centrafrique et le Tchad, aggravées par l’arrivée massive de populations déplacées.
En pratique, l’instabilité sécuritaire engendre une augmentation des coûts de transport, une diminution des volumes de récoltes disponibles pour la vente, et une pression à la hausse sur les marges des distributeurs. Il existe donc un lien évident, bien que non systématique, entre les zones de conflit et les épisodes d’inflation accrue.
Maroua : le paradoxe de la déflation et l’influence du naira
Cependant, l’analyse axée sur la sécurité se heurte à une singularité notable : Maroua. Bien que cette capitale de l’Extrême-Nord soit la plus exposée aux attaques du groupe islamiste nigérian Boko Haram depuis 2016, elle est la seule des dix métropoles examinées à avoir enregistré une baisse des prix en mai 2026. La raison la plus probable réside dans sa proximité avec le Nigeria. La dépréciation constante du naira rend les produits importés, fréquemment acheminés via des canaux informels, très attractifs par rapport aux articles libellés en franc CFA. Cette différence monétaire fonctionne comme un mécanisme de régulation contre l’inflation, transformant la frontière en une ressource précieuse pour le pouvoir d’achat des habitants de la région.
Sur le plan macroéconomique, le Cameroun s’éloigne progressivement de la période de fortes pressions inflationnistes initiée fin 2021. Après avoir culminé à 4,1% au cours du premier semestre 2025, l’inflation nationale a diminué à 2,1% en avril 2026, avant de connaître une légère remontée à 2,7% en mai. Cette évolution annuelle atteste d’une nette décélération : la progression générale des prix a été considérablement réduite en l’espace d’un an, permettant au pays de se conformer à nouveau aux standards communautaires.
Pour la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), l’institution en charge de la politique monétaire de la sous-région, cette harmonisation avec l’objectif d’inflation offre de nouvelles opportunités d’action. Cependant, la persistance de foyers inflationnistes circonscris, particulièrement dans les zones affectées par les crises sécuritaires, souligne que le simple retour à des équilibres nominaux ne garantira pas à lui seul la restauration du pouvoir d’achat dans toutes les provinces du pays.