30 juin 2026

Eveil des Nations

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Infiltration du Polisario par la DGED : les révélations des correspondances de Caracas

Une série de documents confidentiels, datés d’octobre 2008 et issus de l’ambassade du Maroc à Caracas, au Venezuela, dévoile comment Rabat a mené une opération d’infiltration et de contre-offensive diplomatique pour affaiblir le Front Polisario. En exploitant les informations fournies par Salama Ould Hennane, un ancien diplomate sahraoui, le royaume a cherché à contrer l’influence algérienne en Amérique centrale.

Ces lettres, adressées à Yassine El Mansouri, directeur de la DGED (Direction Générale des Études et de la Documentation, le service de renseignement extérieur marocain), sont signées par l’ambassadeur Dr Brahim Housseine Moussa. Elles mettent en lumière des fractures tribales profondes au sein des séparatistes et des changements géopolitiques significatifs, notamment au Panama.

Rivalités tribales au sein du Polisario : les Rguibate accusés de favoritisme

Au cœur de ces révélations se trouve une opportunité majeure pour Rabat : la défection potentielle de hauts responsables du Polisario. L’ambassadeur marocain indique avoir été approché à plusieurs reprises par un certain M. Sliman, pseudonyme de Salama Ould Hennane, originaire de Dakhla et appartenant à la tribu Oulad Dlim. Il était auparavant « ambassadeur » de la RASD au Panama et en Amérique centrale.

Selon Sliman, un « mécontentement très fort » agite le mouvement séparatiste. La raison : un favoritisme flagrant de la direction du Polisario envers la tribu des Rguibate, au détriment des autres composantes tribales comme les Oulad Dlim, Oulad Tidrarine, Ait Lahcen, Ait Baamran et la confédération des Takna.

Pour l’ex-diplomate séparatiste, le moment est propice pour porter un coup décisif au mouvement :

« C’est le moment idéal pour mener une action au sein du polisario, afin de l’affaiblir davantage et d’unifier les opposants de ce mouvement autour du projet de l’autonomie. »

Sliman affirme avoir obtenu l’accord de plusieurs figures de la RASD pour créer une dissidence interne, notamment :

  • Ahmed ould Souilem (ministre délégué chargé des pays arabes).
  • Mahfoud Ould Ahmed Zine (ex-ministre et chef de région militaire).
  • Mansour (ex-ministre des Affaires étrangères et représentant à Paris).

Le plan proposé à la DGED est audacieux : pousser ces personnalités à former un groupe d’opposition officiel, à annoncer leur dissidence lors d’une conférence de presse internationale (probablement à Madrid) et à déclarer publiquement leur soutien au Projet d’Autonomie proposé par le Maroc. L’ambassadeur Moussa suggère d’utiliser Sliman comme « agent infiltré » pour mener cette déstabilisation.

Guerre d’influence en Amérique centrale : l’Algérie mise sur l’aide financière

Au-delà des dissensions internes, les lettres dévoilent une lutte d’influence intense entre Rabat et Alger en Amérique latine. En octobre 2008, la diplomatie marocaine apprend qu’une importante délégation algérienne, dirigée par l’ambassadeur d’Algérie à Washington, M. Baali, s’apprête à effectuer une tournée en Amérique centrale.

L’objectif d’Alger : contrecarrer la progression du plan d’autonomie marocain présenté à l’ONU. Pour convaincre les capitales latino-américaines, l’Algérie propose un « paquet de projets de coopération » (comprenant une aide financière et économique) en échange d’un alignement sur les thèses séparatistes. Parallèlement, le Polisario envoie son émissaire Mohamed Yaslem Beissat au Panama pour tenter de limiter les dégâts.

Panama, épicentre du bras de fer diplomatique

Le Panama devient le véritable point chaud de cette confrontation. Les documents confirment un refroidissement marqué entre Panama City et les séparatistes. Les autorités panaméennes refusent d’accréditer un nouvel ambassadeur de la RASD, réduisant la représentation sahraouie au rang de simple « chargé d’affaires ».

Face à cette situation, l’ambassadeur marocain alerte Rabat : le Panama attend un geste en retour. Le diplomate insiste pour que le Maroc envoie un émissaire officiel afin de sceller ce rapprochement bilatéral et couper définitivement la route aux Algériens.

Dans une ultime action de lobbying, le diplomate marocain indique avoir utilisé ses réseaux de confiance au sein du gouvernement panaméen pour bloquer les demandes du Polisario, avec une menace implicite : tout retour en arrière du Panama « pourrait porter préjudice aux relations bilatérales avec le Royaume du Maroc ».

Agenda du chef du Polisario dévoilé

Preuve de la précision des renseignements collectés, le document du 27 octobre 2008 détaille l’agenda de Mohamed Abdelaziz, alors chef du Polisario : une visite à New York le 4 novembre pour rencontrer le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, suivie d’un déplacement le 9 novembre à Valence, en Espagne, pour la clôture de la Conférence européenne de soutien au peuple sahraoui (EUCOCO).

Ces archives diplomatiques révèlent ainsi la réalité du conflit du Sahara : une guerre de l’ombre où l’Afrique du Nord et l’Amérique latine se croisent, et où la solidité des alliances se joue dans le secret des ambassades autant que sur le terrain des rivalités tribales.

Correspondances diplomatiques : le texte intégral

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