Georges Dougueli répond à Owona Nguini : la spéculation, un pilier du journalisme face au pouvoir
Georges Dougueli répond à Owona Nguini : la spéculation, un pilier du journalisme face au pouvoir
Dans une tribune incisive, Georges Dougueli, un journaliste expérimenté, a répliqué au vice-recteur de l’université de Yaoundé II, Owona Nguini, rappelant que l’anticipation et la “spéculation” sont des facettes essentielles du travail journalistique, particulièrement dans l’analyse de l’actualité politique camerounaise.
Face aux déclarations de Monsieur Owona Nguini, qui a qualifié la démarche de Georges Dougueli de « spéculation sur la mort du président Biya » lors d’une émission télévisée le 26 juin, le journaliste a livré une réponse sans équivoque.
Pour Georges Dougueli, la « spéculation » concernant la santé ou l’avenir des chefs d’État fait intrinsèquement partie de son métier. Il affirme que, pour les journalistes dignes de ce nom, aucune information n’est trop sensible ou « sacrée ». Il mentionne même la pratique courante dans certaines rédactions de préparer des nécrologies de personnalités publiques bien avant leur décès, illustrant ainsi la vigilance constante des médias.
Il rappelle les mots de François Mitterrand, qui décrivait les journalistes comme des « chiens », une métaphore soulignant leur rôle parfois perçu comme intrusif mais nécessaire. Georges Dougueli suggère que le président Paul Biya, fort de son expérience, est sans doute conscient de cette réalité. Il s’interroge sur le véritable public visé par la diatribe de Monsieur Owona Nguini, en particulier lorsqu’il évoque la possibilité de le « livrer » à la sphère sécuritaire. Selon Dougueli, il est impossible de rendre compte fidèlement de la vie d’un État sans se pencher sur la condition physique de ses dirigeants.
1- À qui s’adresse Monsieur Owona Nguini ? Une analyse des cibles de son discours
Georges Dougueli tente de cerner le public de ce qu’il nomme un « mystificateur de plateau télé ».
S’adresse-t-il aux suprématistes « Ekangs » ?
Dougueli analyse la dimension politique du discours d’Owona Nguini, qui, selon lui, manipule des concepts potentiellement dangereux. La répétition de l’expression « Je suis un seigneur » n’est pas seulement un signe de mégalomanie, mais reflète, d’après Dougueli, l’influence profonde des thèses de Laburthe Tolra sur la « pensée » d’Owona Nguini.
Le concept « Ekang », issu de la mythologie du Mvett, est au cœur de cette analyse. Laburthe Tolra, anthropologue français, décrivait les Ekangs comme des « Seigneurs de la forêt » qui auraient migré des rives du Nil pour s’établir dans la forêt équatoriale. Monsieur Owona Nguini, en interprétant ces thèses au pied de la lettre, semble croire que cette population – présente au Gabon, en Guinée équatoriale et au Congo – aurait une vocation naturelle à diriger ces territoires.
Georges Dougueli souligne les dangers de cette vision suprématiste. Au Gabon, où les Fangs constituent 40% de la population et sont profondément imprégnés de la culture Mvett (notamment grâce aux travaux de Tsira Ndong Ntoutoume), cette singularisation des « Ekangs » a mené à des tensions. Lors de l’élection présidentielle de 2009, elle s’est manifestée par le slogan « TSF » (Tout sauf les Fangs), un rejet des non-Fangs. Le journaliste constate que le concept « Ekang » n’a pas franchi la frontière sud du Cameroun de la même manière.
Quant au lien avec la Fecafoot, Dougueli explique que pour Owona Nguini, à l’instar de Karl Schmitt, la politique consiste à désigner un ennemi. Jadis, c’étaient les « Ntaalibams » de « Tonton Maurika » ; aujourd’hui, la cible est la « réserve » des « Eglisiens », dépeints comme des « fanatiques » qui « vont créer des problèmes ». Dougueli interpelle Owona Nguini sur la nature, les destinataires et les raisons de ces problèmes. Il prévient que l’agitation intellectuelle et universitaire de Monsieur Owona Nguini, caractérisée par un manque de retenue, pourrait elle-même engendrer de réelles difficultés dans le contexte politique actuel.
2- Il s’adresse à la caste dirigeante contre le peuple
Georges Dougueli remet en question l’idée que les partisans de Samuel Eto’o, confronté à un « harcèlement sans précédent » depuis 2021, seraient tous des « écervelés » ou des mercenaires. En s’attaquant à « l’illettré » de la Fecafoot, à ses « ouailles », ses « fanatiques incultes » et sa « meute cybernétique », Owona Nguini chercherait à mobiliser l’élite intellectuelle contre la « menace » que représenterait le peuple.
Il s’agirait d’une tentative de construire un récit opposant les « cerveaux » aux « mollets ». Dans cette optique, Monsieur Owona Nguini et le groupe qu’il soutient tentent de dépeindre Samuel Eto’o comme un « cancer » à éradiquer, symboliquement. Par ce « meurtre » symbolique, ils espéreraient peut-être restaurer l’image de leur propre clan, ternie par une gouvernance défaillante, une corruption généralisée, des scandales politiques et des mœurs décadentes.
L’objectif serait de « remettre le peuple des “illettrés” à sa place », quitte à le priver de sa souveraineté au profit de la volonté du monarque, en invoquant de manière abusive de « hautes instructions » prétendument supérieures à toutes les normes. Georges Dougueli conclut en laissant aux constitutionalistes, politologues, psychosociologues, ou même aux psychanalystes, le soin d’analyser plus profondément les propos de Monsieur Owona Nguini, qui continuent d’alimenter le débat public au Cameroun.