Fonction publique au Gabon et en Guinée : peut-on vraiment la révolutionner ? Politique Par Ali Mahamane - 6 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Fonction publique au Gabon et en Guinée : peut-on vraiment la révolutionner ? Comment deux pays africains, le Gabon et la Guinée, peuvent-ils transformer leur fonction publique pour répondre aux attentes croissantes des citoyens ? C’est la question centrale qui a animé une rencontre inédite entre les ministres de la Fonction publique des deux nations, le 5 novembre à Bakou. Au cœur de cet échange stratégique : la nécessité de moderniser l’administration, un défi devenu incontournable pour les États confrontés à une pression citoyenne sans précédent. Libreville et Conakry partagent aujourd’hui une même conviction : sans une administration agile, transparente et performante, la qualité des services publics restera un vœu pieux. Cette conviction a poussé Laurence Ndong, ministre gabonaise de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, et François Bourouno Faya, son homologue guinéen, à engager un dialogue ambitieux lors du Sommet des Nations unies sur l’innovation en matière de gouvernance. Des réformes administratives sous le feu des projecteurs La modernisation de la fonction publique ne se limite pas à des déclarations d’intention. Elle exige des actions concrètes et mesurables. Les deux ministres ont échangé sur des chantiers prioritaires, à commencer par la digitalisation des services publics. Un pari risqué ? Non, si l’on considère que les lourdeurs bureaucratiques coûtent cher en temps, en énergie et en crédibilité aux administrations. Parmi les axes discutés : La création de guichets uniques pour simplifier les démarches des usagers et réduire les files d’attente. La refonte des systèmes de gestion des carrières, afin d’offrir aux agents des parcours professionnels stimulants et équitables. La formation continue des fonctionnaires, un levier essentiel pour adapter les compétences aux besoins changeants de l’État. L’optimisation des départs à la retraite, pour une transition fluide entre générations de travailleurs publics. Le Gabon mise sur l’innovation numérique et la data Le Gabon ne part pas de zéro. Le pays a déjà engagé une série de réformes audacieuses, comme le déploiement du Système intégré de gestion des ressources humaines (SIGRH). Cet outil permet non seulement de mieux piloter les effectifs, mais aussi de sécuriser les données administratives et de rationaliser les prises de décision. Autre innovation majeure : l’archivage numérique, une avancée qui promet de libérer les administrations des montagnes de papier tout en garantissant l’accès rapide à l’information. Ces dispositifs répondent à un impératif : celui de bâtir une administration où l’efficacité rime avec transparence. La Guinée dans la dynamique de transformation Si le Gabon affiche une longueur d’avance sur certains aspects, la Guinée n’est pas en reste. Son ministre de la Modernisation de l’Administration publique et de la Fonction publique a souligné l’importance de repenser les méthodes de travail pour les rendre plus modernes et centrées sur l’usager. La digitalisation y est perçue comme un moyen de rapprocher l’administration du citoyen, tout en renforçant la sécurité des données. Les deux pays ont également évoqué la nécessité de partager des bonnes pratiques. Des visites réciproques entre Libreville et Conakry sont d’ailleurs envisagées pour confronter les expériences et tirer les enseignements de chaque réforme. Une coopération qui dépasse les frontières nationales Cette collaboration entre le Gabon et la Guinée s’inscrit dans une dynamique plus large, celle de l’innovation en gouvernance publique en Afrique. Les enjeux sont multiples : Renforcer l’attractivité économique des deux pays en s’appuyant sur des administrations performantes. Restaurer la confiance des citoyens dans leurs institutions, un défi majeur après des années de bureaucratie lente et opaque. S’aligner sur les standards internationaux pour attirer investissements et partenariats stratégiques. Vers une administration publique tournée vers les résultats L’ambition affichée par le Gabon et la Guinée est claire : passer d’une logique administrative traditionnelle à une culture de la performance. Cela implique de mesurer l’impact des réformes non plus en termes de procédures, mais en termes de résultats concrets pour les populations. La réussite de cette entreprise dépendra de plusieurs facteurs : La volonté politique de maintenir le cap malgré les obstacles. L’implication des agents publics dans la transition, pour éviter les résistances au changement. La coopération régionale, qui pourrait servir de catalyseur pour des réformes encore plus ambitieuses. Une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option. Les citoyens des deux pays attendent des services publics à la hauteur de leurs aspirations. Et c’est précisément cette pression qui pourrait bien faire basculer Gabon et Guinée dans une nouvelle ère de gouvernance. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)PolitiqueTous les articles