Financement durable au Bénin : les leviers innovants pour accélérer la croissance économique Économie by Oumou Salifou - 2 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Un pays en pleine mutation économique Avec une croissance de 8,1 % en 2025, le Bénin affiche une dynamique économique remarquable. Pourtant, pour passer à l’étape suivante de sa transformation, le pays doit mobiliser des capitaux massifs. Selon la Banque africaine de développement, il lui faudra réunir environ 2,43 milliards de dollars chaque année jusqu’en 2030. Routes, énergie, usines, agriculture, numérique ou encore infrastructures hydrauliques : aucun secteur n’échappe à ces besoins d’investissement colossaux. Des solutions de financement adaptées aux enjeux structurels Les fonds publics seuls ne suffisent pas pour soutenir tous ces projets. Le Bénin mise donc sur une palette de solutions innovantes, combinant finance durable et investissements privés. Parmi les outils déjà déployés, on retrouve les obligations ODD, la finance verte, la taxonomie climatique et la finance mixte. L’objectif ? Orienter les capitaux vers les secteurs clés du développement et de la transition écologique. Ces mécanismes permettent de lier directement les financements levés à des objectifs précis. Par exemple, les obligations ODD, émises pour la première fois en 2021, ont permis de mobiliser 500 millions d’euros. Ces fonds sont exclusivement destinés à des dépenses contribuant aux Objectifs de Développement Durable (ODD). Le Bénin est ainsi devenu le premier État africain à réaliser une émission internationale d’Eurobond ODD, marquant une avancée majeure. L’approche verte : un cadre structurant pour les investissements En septembre 2025, le gouvernement a lancé son Cadre de Financement Vert. Ce dispositif identifie et encadre les projets éligibles à des financements verts. Les secteurs concernés incluent les énergies renouvelables, les transports propres, la gestion de l’eau, la biodiversité, l’efficacité énergétique et l’adaptation au changement climatique. Parallèlement, le Bénin a finalisé sa taxonomie climatique, un outil essentiel pour orienter les investisseurs. Cette taxonomie définit des critères permettant d’identifier les activités économiques favorables à la transition climatique. Des critères sectoriels ont déjà été établis pour l’énergie, l’agriculture, les déchets et les forêts, officialisés par deux arrêtés en janvier 2026. L’investissement privé : un levier sous-exploité Les besoins du Bénin dépassent largement les capacités des financements publics. Pour combler cet écart, le pays mise sur la finance mixte. Cette approche combine ressources publiques et capitaux privés, réduisant ainsi les risques pour les investisseurs. Un exemple concret ? Le Benin Green Investments Vehicle, soutenu par la Banque africaine de développement et d’autres partenaires. Ce mécanisme vise à mobiliser des fonds pour le secteur privé et accélérer les investissements verts. D’autres initiatives sont en cours, comme une plateforme soutenue par la Banque mondiale. Elle permettra aux banques et aux institutions de microfinance d’accéder plus facilement aux financements climatiques. L’objectif ? Financer des projets à long terme des PME, comme l’installation d’équipements solaires ou l’adaptation aux effets du changement climatique. La finance climatique : un enjeu et une opportunité Le changement climatique ajoute une dimension supplémentaire aux besoins de financement. Le Bénin doit non seulement poursuivre sa croissance, mais aussi protéger ses infrastructures, son agriculture et ses ressources en eau contre les risques climatiques. Plusieurs actions ont été engagées, notamment une table ronde en juillet 2024 à Cotonou, suivie d’un cadre de coopération associant le gouvernement et plusieurs partenaires internationaux. Parmi les outils envisagés figurent les obligations vertes, la finance mixte et les mécanismes de l’Article 6 de l’Accord de Paris. Le Fonds OPEP a déjà annoncé un engagement de 30 millions d’euros dans ce cadre. Ces financements serviront à développer les énergies renouvelables, renforcer la gestion de l’eau, améliorer la résilience de l’agriculture ou encore soutenir les entreprises dans leur transition énergétique. Un autre axe fort concerne la gestion des risques climatiques dans l’agriculture. Un dispositif national d’assurance agricole a été mis en place après une phase pilote qui a bénéficié à plus de 100 000 producteurs de riz, de coton et d’élevage. Ce système sera progressivement étendu à d’autres productions et à environ 200 000 agriculteurs. Ces mesures montrent que la finance climatique peut soutenir des secteurs variés, bien au-delà des grands projets d’infrastructures. Vers une mobilisation plus large et mieux coordonnée Le Bénin dispose aujourd’hui d’un arsenal d’outils : obligations ODD, financement vert, taxonomie climatique, finance mixte et mécanismes de financement climatique. La prochaine étape ? Les utiliser de manière plus large et mieux coordonnée. Il ne s’agit plus seulement de trouver des fonds, mais de s’assurer que chaque projet dispose du financement adapté, que les risques sont partagés efficacement et que les résultats attendus sont au rendez-vous. Le pays a déjà engagé cette évolution. L’enjeu désormais est d’aller plus loin : faire en sorte que ces outils ne restent pas cantonnés à quelques opérations d’envergure, mais qu’ils contribuent à financer davantage d’entreprises, d’infrastructures, d’emplois et de transitions écologiques. La croissance actuelle crée une dynamique positive. L’efficacité avec laquelle le Bénin mobilisera et orientera ses capitaux dans les années à venir déterminera sa capacité à réduire la pauvreté, créer de la valeur et accélérer un développement durable. Par Oumou Salifou — Journaliste Suivre ce sujetRecevez les derniers articles dans votre lecteur RSSÉconomieTous les articles