Félix Tshisekedi trace les limites du dialogue politique en RDC
- Politique
À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a lancé un vibrant appel à la cohésion nationale. Lors de son allocution à la Nation, prononcée la veille de cette célébration historique, le chef de l’État a fermement insisté sur le respect des institutions républicaines et a catégoriquement rejeté toute forme de violence comme moyen d’expression politique.
Le président Tshisekedi a clairement réaffirmé son ouverture au dialogue politique en RDC, tout en établissant des conditions non négociables. Il a souligné que ce processus ne saurait être dévoyé de son essence ni servir à contourner les piliers institutionnels de la République. « La porte de la République reste ouverte à tous ses enfants qui empruntent le chemin de la paix, du dialogue constructif, du respect des institutions et de la loyauté envers la Nation. Cependant, le dialogue ne saurait être détourné de son objectif fondamental. Il ne peut en aucun cas devenir un outil de pression, un moyen de contourner nos institutions établies, ou de remettre en question la volonté du peuple, exprimée dans le strict respect de la Constitution et des lois de la République », a-t-il déclaré avec force.
Le chef de l’État a également rappelé que la souveraineté réside exclusivement dans le peuple congolais. « Le peuple congolais est l’unique souverain. Nul ne peut prétendre s’exprimer durablement au nom de la Nation en agissant contre elle. Nul ne peut se targuer de défendre la démocratie tout en refusant les principes fondamentaux qui la régissent : le débat libre et ouvert, le respect scrupuleux des institutions, la séparation des pouvoirs, la souveraineté populaire et la responsabilité devant le peuple », a-t-il poursuivi.
Face aux défis sécuritaires et aux conflits qui secouent le pays, dans un contexte de contestations liées à une potentielle modification constitutionnelle, Félix Tshisekedi a condamné avec la plus grande fermeté le recours aux armes et à la violence. Il a martelé que l’utilisation de la force ne peut octroyer aucun droit particulier à la négociation ni placer ceux qui menacent l’intégrité de la République au-dessus de ceux qui observent ses lois.
« Je tiens à insister avec la plus grande fermeté : le recours à la violence, aux armes, à la haine, à la désinformation ou à toute atteinte à notre souveraineté et à notre intégrité territoriale ne constitue en aucun cas un mode légitime d’expression politique. Cela ne peut ouvrir un droit spécifique à la négociation, ni conférer à ceux qui menacent la République une position supérieure à ceux qui respectent ses lois », a-t-il affirmé.
Le président a ensuite exhorté tous les Congolais à préserver l’unité nationale face aux menaces existentielles. « Nous avons la liberté de débattre, de diverger et de nous opposer dans le cadre républicain. Mais nous n’avons pas le droit d’affaiblir la Nation à un moment où elle fait face à des défis cruciaux. L’unité nationale n’est pas une option, c’est une exigence historique et un impératif absolu ! », a-t-il ajouté.
Dans la même veine, Félix Tshisekedi a interpellé l’ensemble des forces vives du pays, y compris les responsables religieux, les acteurs politiques, économiques, médiatiques et de la société civile, à faire preuve de discernement, de retenue et de responsabilité pour garantir la stabilité nationale.
En République démocratique du Congo, les positions concernant un dialogue national restent polarisées. Le pouvoir en place privilégie un dialogue strictement encadré par les institutions, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute impunité. À l’opposé, une frange significative de l’opposition estime qu’un dialogue crédible devrait être supervisé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), lesquelles ont d’ailleurs proposé une feuille de route commune pour un tel processus.
Ces confessions religieuses militent pour un dialogue inclusif, tout en précisant que cette inclusivité ne doit pas rimer avec l’impunité. Elles suggèrent l’établissement de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à une concertation rapide pour empêcher l’enracinement des groupes armés dans les territoires occupés. D’autres acteurs de la société civile partagent cette vision, rappelant qu’un dialogue n’est pas un « blanchiment » des responsabilités.
À ce jour, aucun dialogue national n’a été officiellement convoqué. Parallèlement, les initiatives diplomatiques, telles que les processus de Washington et de Doha, ainsi que la médiation angolaise, se poursuivent discrètement, sans avoir encore produit d’amélioration notable de la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.