2 juin 2026

Eveil des Nations

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État des lieux des droits humains au Niger en 2025 : un bilan alarmant

Depuis le renversement du pouvoir par les militaires en juillet 2023, le respect des libertés fondamentales au Niger n’a cessé de s’étioler. Tout au long de l’année 2025, l’administration militaire a maintenu une pression constante sur les opposants, les syndicats et les professionnels des médias. L’ancien président Mohamed Bazoum, ainsi que son épouse et plusieurs membres de son gouvernement, demeurent en détention arbitraire, aux côtés de nombreux activistes et journalistes.

Sur le plan sécuritaire, le Niger fait face à la menace persistante de groupes armés islamistes tels que l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Les violences se sont particulièrement intensifiées dans la zone de Tillabéri et le long des frontières avec le Mali et le Burkina Faso, exposant les populations civiles à des risques accrus.

En août, les autorités ont instauré l’initiative « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), un programme de recrutement de civils pour épauler les forces régulières. Cette décision suscite de vives inquiétudes quant à l’émergence de milices incontrôlées susceptibles de commettre des exactions.

Le paysage politique a également été profondément modifié en mars, lorsque le général Abdourahamane Tiani a officiellement pris ses fonctions de président de transition pour cinq ans, sans passer par un processus électoral. Ce durcissement du régime s’est accompagné d’un décret interdisant le multipartisme sur l’ensemble du territoire national.

Sur la scène diplomatique, le Niger a officialisé son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier, en coordination avec le Mali et le Burkina Faso. En septembre, ces trois nations ont également exprimé leur volonté de quitter la Cour pénale internationale (CPI), limitant ainsi les recours juridiques pour les victimes de crimes graves.

Violences perpétrées par les organisations armées islamistes

Le conflit amorcé au Mali en 2012 continue de ravager le Niger. En 2025, l’EIS a multiplié les incursions meurtrières dans la région de Tillabéri, procédant à des exécutions de masse et à la destruction systématique de biens civils.

  • Le 21 mars, une attaque contre la mosquée de Fambita a coûté la vie à 46 fidèles, dont des enfants. Le village a été pillé et de nombreuses habitations incendiées.
  • Le 13 mai, le hameau de Dani Fari a été la cible d’une incursion sanglante faisant sept morts et provoquant l’incendie de douze foyers.
  • Le 21 juin, plus de 70 personnes ont été massacrées lors de la prière du matin dans le village de Manda.
  • Le 20 juin, à Abarkaize, le chef du village a été exécuté, suivi de l’enlèvement et du meurtre de cinq autres hommes trois jours plus tard.
  • Le 23 juin, six civils ont perdu la vie dans le hameau d’Ezzak lors d’un pillage.

Ces attaques sont souvent précédées de menaces liées au refus de payer la zakat ou à des accusations de collaboration avec l’armée du Niger. Les rescapés déplorent un manque de réactivité des forces de défense malgré des alertes répétées.

Durcissement contre l’opposition et les voix critiques

La situation de Mohamed Bazoum reste préoccupante. Détenu au palais présidentiel de Niamey, il est privé de contact avec ses conseils juridiques. Malgré une décision des Nations Unies qualifiant sa détention d’arbitraire, la junte a levé son immunité pour engager des poursuites. Parallèlement, des dizaines de personnalités politiques restent emprisonnées sans garantie de procès équitable.

Le cas de Moussa Tiangari, figure majeure de la société civile, est emblématique. Arrêté en décembre 2024, il est poursuivi pour complot contre l’État et risque la peine capitale. Sa détention provisoire se poursuit à Niamey, malgré les multiples recours de ses avocats dénonçant une affaire politique.

Atteintes aux libertés de la presse et d’association

Le journalisme est devenu une profession à haut risque au Niger. Les arrestations et le harcèlement ont poussé de nombreux rédacteurs vers l’autocensure. En début d’année, la chaîne Canal 3 TV a subi une suspension temporaire après des critiques visant l’action gouvernementale.

Dans le domaine humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge a été contraint de cesser ses activités et de quitter le territoire en février 2025. En mai, trois journalistes de la radio Sahara FM à Agadez ont été interpellés pour avoir diffusé des informations sur la coopération militaire internationale.

Enfin, le droit du travail a été frappé par la dissolution de quatre syndicats de la justice en août. Cette mesure, dénoncée comme une atteinte grave à l’indépendance judiciaire, a provoqué une grève générale de deux jours à l’appel du barreau du Niger et des organisations de travailleurs.

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