Diomaye Faye officialise son parti « kiiraay » et tourne la page avec son mentor
Diomaye Faye officialise son parti « kiiraay » et tourne la page avec son mentor
Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a présenté samedi 25 juillet 2026 à Dakar son nouveau parti politique, marquant ainsi une séparation nette avec son ancien mentor et ex-Premier ministre, Ousmane Sonko. Ce dernier, figure du mouvement panafricaniste Pastef, avait contribué à porter Faye au pouvoir en 2024. Peu après son élection, Faye l’avait nommé à la tête du gouvernement, mais leurs tensions ont progressivement gagné en intensité, conduisant à son limogeage en mai 2026.
- politique
Lors d’une conférence organisée dans un hôtel dakarois, Bassirou Diomaye Faye a dévoilé « Kiiraay », un parti dont le nom, inspiré du wolof, évoque la protection ou le bouclier. Des centaines de ses soutiens, rassemblés à l’extérieur sous une chaleur accablante, agitaient des banderoles et arboraient des foulards aux couleurs patriotiques. Le slogan du nouveau mouvement, « Patriotes républicains », s’articule autour des valeurs de république, éthique, transparence, fraternité et travail. Parmi l’assistance, Mamo Khady Sall, 43 ans, venue de Yeumbeul avec un groupe de femmes, a salué un « homme de paix » et exprimé son rejet catégorique d’Ousmane Sonko.
Grâce à un discours résolument panafricaniste, ce dernier avait su séduire une large frange de la jeunesse sénégalaise après un bras de fer avec l’ancien président Macky Sall, au pouvoir entre 2012 et 2024. Ensemble, ils avaient promis un profond renouvellement politique, axé sur la justice sociale, la lutte contre la corruption et une refonte économique. Pourtant, après deux ans à la tête de l’État, Faye a estimé que ces ambitions ne pouvaient plus être poursuivies au sein du parti Pastef : « Les changements réclamés par nos concitoyens n’ont pas pu se concrétiser dans le cadre actuel », a-t-il déclaré.
Affirmant la domination incontestable de son nouveau parti, Faye a mis en avant la présence de maires, de représentants sectoriels et d’acteurs de la société civile lors de l’événement. Plusieurs figures et militants du Pastef ont déjà annoncé leur ralliement à « Kiiraay ». Un congrès est prévu après la saison des pluies pour officialiser cette nouvelle dynamique. Sans l’appui décisif d’Ousmane Sonko, Faye n’aurait probablement jamais accédé à la présidence : ce dernier, initialement pressenti pour se présenter en 2024, avait été écarté en raison d’une condamnation pour diffamation.
Les désaccords entre les deux hommes se sont cristallisés autour de la gestion de la dette publique et d’autres orientations politiques. Le 22 mai, Faye a procédé au renvoi de Sonko de son poste de Premier ministre. Ses partisans l’ont alors élu président de l’Assemblée nationale, où le Pastef détient 130 sièges sur 165. Fin juin, les députés avaient adopté une loi limitant les prérogatives présidentielles, notamment en interdisant au chef de l’État de diriger un parti ou une coalition. Cette mesure a été invalidée par le Conseil constitutionnel quelques jours plus tard.