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Dette publique du Cameroun : 15 607 milliards FCFA, un seuil qui alerte sur la gestion des finances

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Avec un endettement qui frôle les 15 607 milliards de francs CFA au 30 juin 2026, le Cameroun se rapproche dangereusement des limites budgétaires. Ce seuil, équivalent à 44,2 % du PIB, résulte d’une accumulation d’emprunts contractés pour financer des infrastructures stratégiques et couvrir des dépenses publiques urgentes. Une situation qui soulève des interrogations sur la soutenabilité de la dette et la capacité du pays à honorer ses obligations financières.

Une dette en forte progression

En l’espace d’un an seulement, l’encours de la dette publique camerounaise a bondi de 1 198 milliards de francs CFA. Le 30 juin 2025, il s’élevait à 14 409 milliards FCFA, soit 38,5 % du PIB. Cette hausse spectaculaire s’explique par une politique d’emprunts intensifs, visant à combler le déficit budgétaire, régler des arriérés de paiement et lancer des projets phares comme les routes Ebolowa-Akom II-Kribi ou Douala-Bangui.

Au premier semestre 2026, le gouvernement a levé 800,7 milliards de francs CFA sur le marché financier local, selon les dernières données de la Caisse autonome d’amortissement (CAA). Mais ces fonds ne couvrent qu’une partie des besoins : les nouveaux engagements de dette ont atteint 514 milliards de francs CFA en six mois.

Des emprunts variés et des projets coûteux

Le Cameroun a multiplié les sources de financement en 2026, combinant emprunts intérieurs et extérieurs. En janvier, le président Paul Biya a autorisé le ministère des Finances à contracter jusqu’à 1 650 milliards de francs CFA de nouveaux emprunts. Ce plafond se décompose en :

  • 400 milliards FCFA via l’émission de titres du Trésor ;
  • 250 milliards FCFA sous forme de prêts directs auprès d’institutions financières nationales ;
  • 1 000 milliards FCFA sur les marchés financiers internationaux.

Parmi les opérations marquantes, on note un prêt de 130,4 milliards FCFA pour la route Ebolowa-Akom II-Kribi, garanti par UK Export Finance et accordé par Standard Chartered Bank. Un autre prêt commercial de 7,8 milliards FCFA a également été signé pour ce même projet. En octobre 2026, un financement de 228 milliards FCFA (347,5 millions d’euros) de la Banque mondiale a été alloué au corridor économique Douala-Bangui, tandis qu’un accord de 139 milliards FCFA (212,35 millions d’euros) a été approuvé pour la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam.

Le budget global de l’État pour 2026 table sur 3 104 milliards de francs CFA pour les emprunts et besoins de financement, sur un budget total de 8 816 milliards de francs CFA. Cette enveloppe couvre non seulement le déficit et le service de la dette, mais aussi des investissements dans des projets structurants.

Le FMI met en garde : un risque d’endettement élevé

Face à cette dynamique, le Fonds monétaire international (FMI) tire la sonnette d’alarme. Dans son rapport publié le 1er octobre 2026, l’institution estime que le Cameroun présente un risque global élevé de surendettement, malgré une dette viable à moyen terme. Les principaux facteurs de préoccupation incluent :

  • L’augmentation des remboursements de dette, qui ont atteint 1 059 milliards de francs CFA au premier semestre 2026 ;
  • La dépendance accrue aux emprunts commerciaux, souvent plus coûteux que les financements concessionnels ;
  • Les tensions de liquidité, aggravées par une saturation du marché régional de la dette intérieure.

Le FMI recommande une rigueur budgétaire renforcée, une meilleure mobilisation des recettes internes et un recours accru aux financements à taux préférentiels. L’institution souligne aussi la nécessité de privilégier les projets à haute rentabilité sociale et économique pour éviter une accumulation excessive de dette.

Quel avenir pour la dette camerounaise ?

Avec une dette publique dépassant désormais 15 607 milliards de francs CFA, la question n’est plus seulement de savoir combien le Cameroun emprunte, mais comment il le fait. Les prochains mois seront déterminants : le pays devra concilier le financement de grands travaux avec la maîtrise de son endettement, sous peine de voir sa crédibilité financière s’éroder.

Le gouvernement devra notamment veiller à ce que chaque projet financé génère des retombées économiques suffisantes pour couvrir le coût de sa dette. Parallèlement, une transparence accrue sur l’utilisation des fonds et la priorisation des dépenses s’imposent pour rassurer les partenaires internationaux et les citoyens.

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Oumou Salifou
Journaliste
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