Crise au Mali : offensive rebelle et enjeux d’une partition du pays
Crise au Mali : offensive rebelle et enjeux d’une partition du pays
Une coalition inédite de groupes armés frappe le Mali, forçant Bamako à reconsidérer sa stratégie face à une menace qui rappelle 2012. Entre négociations, blocus et contre-offensives, le pays s’enfonce dans une crise aux multiples facettes.
Une offensive d’ampleur : la coalition rebelle et jihadiste frappe fort
Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée d’une intensité rare a été lancée par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de Libération de l’Azawad (FLA) contre les Forces Armées Maliennes (FAMa) et leurs alliés russes de l’Afrika Korps. Cinq villes majeures ont été ciblées : Bamako, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. Cette attaque marque un tournant dans la stratégie des groupes armés, qui ont combiné leurs forces pour une coordination concrète, là où des collaborations ponctuelles avaient été observées depuis 2024.
Les combats, concentrés sur les positions des FAMa et des mercenaires russes, ont permis aux rebelles de s’emparer de plusieurs localités du Nord, dont Kidal et ses environs. Des bases militaires stratégiques, comme celles d’Aguelhok, résistent encore, mais l’étau se resserre autour de Gao et Tombouctou. À Bamako, l’offensive a visé des sites symboliques, comme le quartier général des forces spéciales à Kati et l’aéroport international.
Bilan humain et militaire : une junte sous pression
Les pertes parmi les responsables maliens sont lourdes : le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué, tandis que le général Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de Sécurité d’État, a été blessé. Le président Assimi Goïta, chef de la junte, aurait été évacué temporairement avant de réapparaître aux côtés de responsables russes. Ces événements révèlent une instabilité croissante au sein du pouvoir, où les tensions internes pourraient s’aggraver.
Les deux groupes armés ont adopté une approche différente de celle de 2012 : plutôt que de s’engager dans des combats frontaux, ils privilégient les négociations et le désarmement des soldats maliens, leur permettant de se retirer sans heurt. Cette stratégie vise à présenter les groupes comme des protecteurs des populations et des militaires face à la répression de la junte.
Comparaison avec 2012 : des différences majeures
En 2012, une coalition similaire avait pris le contrôle du Nord du Mali en quelques semaines, déclenchant une intervention militaire française. En 2026, le contexte est radicalement différent. Les groupes armés ont appris des erreurs du passé et ajusté leur stratégie. Le JNIM et le FLA montrent une coordination accrue, avec des responsables du FLA s’affichant publiquement, tandis que ceux du JNIM restent discrets.
Une autre différence notable réside dans les négociations menées avec les mercenaires russes, qui ont quitté plusieurs bases sans combat, notamment à Kidal. Ces discussions, probablement facilitées par l’Algérie, illustrent une volonté de minimiser les pertes humaines et de stabiliser les zones conquises.
Blocus de Bamako et stratégie d’étranglement
Depuis le 28 avril, le JNIM a instauré un blocus total autour de Bamako, coupant les voies d’approvisionnement et brûlant des camions pour afficher sa détermination. La junte, isolée, tente de maintenir des escortes pour ravitailler la capitale, mais la situation reste critique. Cette stratégie d’étranglement rappelle celle utilisée en Syrie, où des groupes armés ont affaibli des régimes en coupant les accès aux grandes villes.
La société civile malienne, ainsi que des figures politiques comme Oumar Mariko, Mamadou Ismaïla Konaté et l’imam Mahmoud Dicko, appellent à des négociations avec les groupes armés. Ces voix critiquent la stratégie militaire exclusive de la junte et plaident pour un dialogue politique, une position soutenue par des initiatives comme l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS).
Perspectives à court terme : vers une partition du Mali ?
À court terme, il est probable que les forces conjointes JNIM/FLA négocient le départ des Russes du Nord avant de conquérir Gao et Tombouctou. Ce scénario ramènerait le Mali à une partition de facto, similaire à celle de 2012. La désertion massive des soldats maliens, déjà amorcée, pourrait accélérer cette conquête.
Le seul obstacle à une prise de contrôle rapide réside dans la menace des drones de combat, notamment les TB2 maliens et burkinabés. Si les drones maliens sont vulnérables aux attaques du JNIM et du FLA, ceux du Burkina Faso et du Niger pourraient freiner l’avancée des groupes armés.
Le contrôle du Nord par les groupes armés positionnerait le JNIM dans une position favorable, mais il devra faire face à deux fronts : l’État Islamique dans la région de Ménaka et les incursions aériennes des forces maliennes et burkinabés. Le Centre du Mali, déjà fragilisé par des années de tensions, pourrait également subir de nouvelles attaques.
Le partenariat avec la Russie : un échec annoncé
Dès 2022, des analyses avaient souligné que le partenariat avec la Russie était une illusion et ne pourrait résoudre la crise sécuritaire au Mali. Les modes opératoires russes, souvent contre-productifs, ont aliéné les populations civiles sans permettre de repousser l’expansion du JNIM. Les tensions entre les FAMa et les mercenaires russes, déjà visibles après la défaite de Tinzawatene en 2024, risquent de s’aggraver.
La chute des principaux promoteurs du partenariat russe au sein de la junte, comme le général Sadio Camara, affaiblit encore davantage la position de Bamako. Si la Russie décide de réduire son soutien, le Mali ne pourra compter que sur une aide limitée du Burkina Faso et du Niger, eux-mêmes confrontés à des défis similaires.
Scénarios futurs : négociation ou intervention ?
Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les mois à venir.
Scénario 1 : une intervention militaire extérieure
La question d’une intervention militaire extérieure se pose, mais les conditions ne sont pas réunies. Aucune armée régionale n’est en mesure d’inverser le rapport de force, et les puissances occidentales, comme les États-Unis et la France, ont tourné la page du Sahel. Une intervention de l’ONU ou de l’Union européenne semble également improbable.
La seule option réaliste serait une intervention limitée, comme l’a été l’opération Barkhane, mais elle nécessiterait un consensus international qui fait aujourd’hui défaut.
Scénario 2 : des négociations politiques de grande ampleur
Le JNIM cherche depuis 2025 à obtenir une reconnaissance politique, à l’image du Haut Conseil pour la réconciliation et la reconstruction (HTC) en Syrie. Pour cela, il pourrait s’appuyer sur des pays comme l’Algérie ou la Mauritanie, qui entretiennent des liens avec les groupes armés et s’opposent à la junte de Bamako.
Une négociation globale impliquerait des discussions avec le FLA et le JNIM, dans la continuité des accords d’Alger et des arrangements locaux déjà en place. Cependant, l’allégeance du JNIM à Al-Qaïda et son refus de dialoguer officiellement avec la communauté internationale compliquent ce scénario.
Pour que des négociations aboutissent, il faudrait une pression forte des partenaires africains ou russes contre la junte, ainsi qu’une mobilisation de la société civile malienne. Sans cela, le blocus de Bamako continuera de s’aggraver, et les villes conquises serviront de bases pour de nouvelles offensives.
Risques à long terme : un proto-État jihadiste au Mali
Si le Nord du Mali tombe sous le contrôle du JNIM et du FLA, un proto-État jihadiste pourrait émerger, similaire à ceux observés en Syrie ou en Afghanistan. Cette situation imposerait une surveillance accrue de la part des pays européens et africains, afin de prévenir toute menace terroriste projetée depuis le Mali.
Les partenaires arabes et africains devront être mobilisés pour contenir cette nouvelle réalité géopolitique. La France et l’Europe devront adapter leur stratégie pour faire face à cette évolution, malgré les normalisations relatives du JNIM.
En conclusion, la crise au Mali s’inscrit dans une dynamique régionale complexe, où les groupes armés gagnent du terrain, tandis que la junte, affaiblie, peine à inverser la tendance. Entre négociations, blocus et offensives, le pays se dirige vers une partition de facto, avec des conséquences majeures pour la stabilité du Sahel.