Casamance : l’armée sénégalaise cible le cannabis, dernier souffle d’un conflit vieilli
En Casamance, au Sénégal, l’armée et les forces de gendarmerie, épaulées par des chiens spécialisés dans la détection de stupéfiants, ont mené début mai une opération d’envergure contre les cultures de cannabis. Cette initiative s’inscrit dans un conflit indépendantiste qui dure depuis 43 ans dans cette région du sud du pays, malgré l’affaiblissement marqué des rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).
Les troupes ont agi près de la frontière gambienne, où se trouvent les bases arrière des séparatistes. L’opération s’est déroulée « sans encombre majeur », selon les déclarations du colonel Cheikh Guèye, commandant militaire de la région de Ziguinchor. Au total, 14 individus ont été interpellés, des armes de guerre saisies et plus de six tonnes de cannabis détruites. Cette région, composée de trois départements dont Ziguinchor, reste le cœur des violences de basse intensité ayant causé des milliers de victimes.
Le MFDC, autrefois redouté, est aujourd’hui « très affaibli ». Ses effectifs se réduisent comme peau de chagrin : plus de recrutement, des combattants vieillissants et une armée sénégalaise mieux équipée et renforcée en effectifs. « Les factions du mouvement sont profondément divisées, tant sur le plan politique que militaire », explique un observateur proche du dossier. La rébellion souffre également d’un « approvisionnement en armes et munitions en chute libre » depuis que la Gambie et la Guinée-Bissau ont renforcé leur coopération avec Dakar pour lutter contre les trafics.
Autre facteur d’affaiblissement : la perte progressive de son soutien populaire. « Les communautés locales se détournent du MFDC », souligne une figure de la société civile casamançaise. « La lutte a engendré désillusion et lassitude. Les populations aspirent désormais à la paix et à la stabilité. » L’arrivée au pouvoir de dirigeants politiques issus de Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également contribué à atténuer les revendications indépendantistes. « Les Casamançais ont le sentiment d’une reconnaissance politique tardive, mais nécessaire », confie-t-elle.
un conflit sans victoire militaire depuis des décennies
Lors d’une visite à Ziguinchor en mars, Ousmane Sonko a rappelé que le MFDC « n’a jamais contrôlé le moindre village depuis plus de 40 ans ». Ces propos font suite à une série d’incidents meurtriers : trois militaires tués et trois autres blessés lors d’une explosion accidentelle pendant des opérations anti-cannabis le 17 mars. Une semaine plus tôt, un soldat avait également perdu la vie et six autres avaient été blessés. En novembre 2025, un militaire enlevé pendant sept mois par des éléments armés avait finalement été libéré.
Pour le Premier ministre, les revendications indépendantistes du MFDC relèvent davantage du principe que d’une réalité tangible. « La culture du cannabis et son trafic sont désormais la principale menace. Nous emploierons tous les moyens nécessaires pour y mettre fin », a-t-il déclaré. Le chanvre illégal représente en effet une source majeure de financement pour les groupes armés. L’opération de début mai visait précisément à « porter un coup fatal à leur économie de guerre », précise le colonel Guèye.
le cannabis, nouvelle économie de guerre des rebelles
La région frontalière avec la Guinée-Bissau connaît une accalmie depuis 2021, année où l’armée a détruit les bases rebelles. Cependant, les tensions se sont déplacées vers le Nord Sindian, près de la Gambie. Ce territoire, marqué par une forêt dense et un enclavement persistant, favorise les activités illicites malgré ses ressources agricoles et forestières exploitées par des populations souvent démunies.
« Les habitants dépendent en partie du trafic de cannabis », révèle un responsable administratif. Certains n’hésitent pas à solliciter l’avis des imams pour savoir si la culture du chanvre est autorisée par l’islam. Face à cette situation, Ousmane Sonko a réaffirmé sa volonté de dialogue avec le MFDC, tout en réitérant sa fermeté : « Aucun centimètre de territoire ne sera cédé. »
La société civile locale a marqué mardi dernier le troisième anniversaire d’un accord de paix conclu entre une faction rebelle et le gouvernement à Ziguinchor. Un autre pacte avait été signé en février 2025 avec une autre faction à Bissau, bien que plusieurs accords précédents soient restés lettre morte. « Dans la majeure partie de la région, les réfugiés et déplacés retournent progressivement dans leurs villages », observe la même source. « La fin des hostilités et le dépôt partiel des armes y contribuent. » Cependant, elle souligne que « la pacification reste incomplète, car certains groupes armés refusent de rendre les armes ».