Can : les coulisses de l’abandon du format quadriennal par la caf Sport Par Oumou Salifou - 30 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Le tournant secret de la CAN : quand la pression financière impose sa loi Derrière les communiqués officiels de la Confédération africaine de football (CAF), une vérité se dégage : la décision de rétablir le format biennal de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) n’est pas un simple revirement stratégique, mais le résultat d’un arbitrage économique impitoyable. Le 29 octobre 2026, le Comité exécutif de la CAF a statué à l’unanimité, mettant fin à moins d’un an de réforme ambitieuse qui promettait de révolutionner le football continental. Une réforme née sous le feu des critiques En décembre 2025, Patrice Motsepe, alors président de la CAF, officialisait un changement majeur : à compter de 2028, la CAN passerait à une périodicité quadriennale. L’argumentaire était implacable : désengorger le calendrier international, réduire les conflits avec les compétitions de clubs, et offrir une meilleure visibilité aux sélections africaines. Pourtant, cette vision se heurtait rapidement à une réalité plus prosaïque : comment remplacer une poule aux œufs d’or sans ébranler les équilibres financiers du football africain ? La Ligue des nations africaine : un pari trop risqué pour la CAF Au cœur du débat, la future Ligue des nations africaine s’imposait comme la solution miracle. Cette compétition, prévue pour s’organiser tous les deux ans à partir de 2028, devait prendre le relais de la CAN en termes de recettes et d’audience. Mais dès les premières esquisses, le projet révélait ses faiblesses. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la CAN génère des revenus colossaux grâce aux droits télévisés, aux partenariats commerciaux et à l’engouement populaire. Une version quadriennale de l’événement aurait signifié une baisse immédiate des recettes, sans compensation immédiate. La Ligue des nations africaine, bien que porteuse d’avenir, ne pouvait prétendre à des retombées comparables dès son lancement. Un modèle économique en péril Le risque était double. D’une part, la CAF risquait de fragiliser les 54 fédérations membres, dépendantes des revenus distribués après chaque édition de la CAN. D’autre part, l’institution s’exposait à une instabilité financière dans un contexte où les marges de manœuvre sont déjà étroites. Le communiqué du 29 octobre 2026 est clair : la transition vers le format quadriennal impliquait une période de vaches maigres avant que la Ligue des nations africaine ne devienne rentable. Face à cette durée incertaine, le Comité exécutif a privilégié la prudence. Mieux vaut un oiseau à la main qu’une promesse de deux dans le buisson, semble-t-il avoir tranché. Le football africain face à ses paradoxes La CAN n’est pas qu’un tournoi : c’est un phénomène culturel et économique. Son rythme biennal a façonné l’identité du football africain, servi de tremplin aux talents locaux, et offert un spectacle ininterrompu aux supporters. Abandonner cette cadence revenait à briser une chaîne qui a fait ses preuves. Les fédérations nationales, souvent sous-financées, comptent sur ces événements pour financer leurs championnats, leurs centres de formation et leurs infrastructures. Une CAN trop espacée aurait pu les condamner à une précarité accrue. Patrice Motsepe a d’ailleurs souligné l’obligation de protéger ces intérêts vitaux, tout en évitant de pénaliser les joueurs évoluant à l’étranger. Le dilemme des internationaux africains Le calendrier international, déjà surchargé, impose des arbitrages complexes. Les clubs européens et asiatiques réclamaient une réduction des pauses pour leurs joueurs africains. Pourtant, en réduisant la fréquence de la CAN, la CAF aurait privé ces mêmes internationaux d’un rendez-vous continental majeur, essentiel pour leur visibilité et leur développement. Le retour à deux ans permet de concilier ces enjeux : maintenir l’attractivité des joueurs pour les clubs, tout en préservant les revenus des fédérations. Un compromis qui révèle l’impossibilité de satisfaire tous les acteurs sans heurter l’un d’eux. Un calendrier réinventé : la CAF trace une ligne rouge La nouvelle feuille de route de la CAF est révélatrice de ses priorités. Les éditions de 2027 et 2028 sont confirmées, suivies de pauses en 2030 (année de la Coupe du monde) et 2032. Ce calendrier stratégique montre une volonté de respecter les impératifs sportifs tout en évitant les conflits calendaires. Cette organisation ne résout pas tous les problèmes, mais elle évite l’écueil d’un saut dans l’inconnu. La CAN reste le pilier du football africain, et la CAF a choisi de s’y cramponner jusqu’à ce qu’une alternative viable émerge. L’irremplaçable CAN : un héritage à préserver En définitive, le retour au format biennal est moins un échec qu’un aveu d’impuissance. La CAF a renoncé à ses ambitions réformatrices par manque de garanties économiques. La Ligue des nations africaine conserve un avenir, mais son développement sera désormais progressif, sans remise en cause brutale des acquis. Pour les supporters, les fédérations et les partenaires, la CAN reste un symbole. Une compétition dont l’aura dépasse largement le cadre sportif. Son maintien tous les deux ans est un gage de stabilité dans un écosystème footballistique africain en pleine mutation. La balle est désormais dans le camp de la CAF : moderniser l’événement, optimiser ses retombées, et préparer sereinement l’après-CAN. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)SportTous les articles