25 juillet 2026

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Cameroun : l’absence de Paul Biya relance les interrogations sur la stabilité politique

À 93 ans, Paul Biya dirige le Cameroun depuis près de quatre décennies, ce qui fait de lui le doyen des chefs d’État dans le monde. Pourtant, depuis maintenant 48 jours, le président camerounais n’a pas foulé le sol de son pays. Parti le 7 juin pour ce qui a été officiellement présenté comme un « séjour privé en Europe », il a quitté Yaoundé en compagnie de son épouse, Chantal Biya.

Un silence médical qui alimente les spéculations

Les séjours réguliers de Paul Biya à Genève, souvent liés à des soins médicaux, ont nourri de nombreuses rumeurs sur son état de santé. Dès le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a pris la parole pour démentir toute hospitalisation du président dans une clinique suisse, réagissant ainsi à des articles de presse internationaux.

L’opposition dénonce un « vide institutionnel »

Pour les forces politiques opposées au régime, cette absence prolongée illustre une « inertie du pouvoir » et un manque criant de transparence. Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a ainsi interpellé l’opinion publique sur Facebook : « Cette situation révèle un vide institutionnel alarmant. »

Mi-juillet, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), a exigé que les autorités établissent « une procédure claire pour constater l’empêchement temporaire ou définitif du chef de l’État ».

Le pouvoir camoufle-t-il la réalité ?

Face à ces critiques, James Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et membre du parti présidentiel, a assuré que Paul Biya « suit de près l’avancée des dossiers » depuis l’étranger, malgré son absence physique. Pourtant, cette justification ne convainc pas les observateurs, d’autant que de tels épisodes se répètent depuis des années.

En décembre 2024, une précédente absence prolongée avait déjà suscité des débats similaires. Aujourd’hui, la lassitude gagne la population : « Les Camerounais en ont assez d’attendre », confie Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l’université de Yaoundé. « Le gouvernement actuel, en place depuis huit ans, cumule les records d’inertie. Et après une élection contestée, beaucoup attendaient un renouvellement. »

Des élections contestées et des promesses non tenues

L’élection présidentielle d’octobre 2025, qui a reconduit Paul Biya pour un huitième mandat, a été marquée par des manifestations violemment réprimées, faisant officiellement « plusieurs dizaines de morts » selon les autorités. Les résultats, vivement contestés par l’opposition, avaient également semé le doute parmi plusieurs chancelleries étrangères.

Dans son discours du 31 décembre, le président camerounais avait promis la formation d’un « nouveau gouvernement dans les prochains jours ». Pourtant, sept mois plus tard, cette équipe n’a toujours pas été dévoilée. Pire encore, les élections municipales et législatives, initialement prévues, ont été reportées à plusieurs reprises, prolongeant ainsi le mandat des élus en place.

L’ombre de l’après-Biya et les luttes de pouvoir

Récemment, le régime a tenté de moderniser ses institutions : en mars, les présidents des deux chambres du Parlement ont été remplacés, et une réforme constitutionnelle adoptée en mai a instauré un poste de vice-président. Pourtant, trois mois après cette modification, aucun titulaire n’a été nommé, alimentant les spéculations.

En juin, un incident a marqué les esprits : un individu s’est présenté à la radio publique de Yaoundé avec un document censé être un décret de nomination du vice-président, signé par Paul Biya. Bien que faux, ce faux décret a circulé, renforçant l’idée d’une « course effrénée vers la succession ».

Viviane Ondoua Biwolé confirme l’existence d’une « crise larvée au sommet de l’État », entre les différents clans gravitant autour du président. Le politologue Stéphane Akoa ajoute : « Les querelles entre factions proches de Paul Biya s’intensifient, et l’influence de la Première dame, Chantal Biya, dans les affaires publiques ne cesse de croître. »

En attendant, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui est constitutionnellement chargé d’assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir. Mais sans vice-président nommé, l’incertitude plane sur l’avenir politique du Cameroun.

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