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Cameroon : le défi de la transition à l’aube de 44 ans de pouvoir

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Le Cameroun face à son miroir après 44 ans de gouvernance

Comment le Cameroun, après 44 ans de gouvernance par le même régime, peut-il concilier stabilité politique et transition générationnelle ? À l’aube d’un nouveau septennat, le pays se trouve à un carrefour historique où la longévité au pouvoir, la gestion économique et les aspirations populaires se confrontent brutalement. Entre crises sécuritaires endémiques et tensions sociales grandissantes, l’équilibre fragile de la nation camerounaise est aujourd’hui mis à l’épreuve.

Paul Biya, figure politique la plus durable du continent, achève son 44e année à la tête de l’État dans un contexte marqué par une dette publique dépassant les 15 000 milliards de francs CFA et des régions en proie à des violences séparatistes. La réélection controversée d’octobre 2025 pour un nouveau mandat a relancé le débat sur l’avenir statutique du Cameroun, oscillant entre continuité institutionnelle et nécessité de refonte républicaine.

Croissance économique et dette : le paradoxe camerounais

Les indicateurs macroéconomiques du Cameroun révèlent une contradiction flagrante. D’un côté, des réalisations infrastructurelles notables comme le port en eau profonde de Kribi ou le développement de capacités énergétiques, de l’autre, une croissance économique insuffisante pour résorber le chômage des jeunes, estimé à plus de 20 % dans les zones urbaines.

Les récents rapports soulignent l’impact dévastateur de la corruption sur l’économie nationale : avec un score de 26/100 à l’indice de Transparency International, le Cameroun se classe parmi les pays les plus corrompus au monde. Cette situation entrave le développement du secteur privé et limite l’efficacité des dépenses publiques ciblant les services sociaux de base.

Les failles d’un système économique à bout de souffle

  • Dette publique galopante : plus de 15 000 milliards de francs CFA d’endettement qui pèsent lourdement sur le budget national
  • Inflation et pouvoir d’achat en chute libre : les prix des denrées essentielles fluctuent sous l’effet de la dépréciation monétaire et des tensions politiques
  • Absence de diversification économique : dépendance persistante aux exportations de pétrole et de produits agricoles

Santé publique : l’urgence d’une révolution sanitaire

Le système de santé camerounais présente des inégalités criantes de répartition géographique. Les hôpitaux de référence se concentrent principalement à Yaoundé et Douala, laissant les populations rurales dans un dénuement total. La crise sanitaire consécutive à la COVID-19 a révélé les lacunes béantes du système, avec des évacuations sanitaires vers l’Europe de plus en plus fréquentes.

Les défis structurels persistent : manque criant de plateaux techniques modernes, absence de couverture santé universelle effective et pénurie récurrente de personnels soignants qualifiés. Le contraste entre la situation sanitaire des grandes villes et l’état des centres de santé dans les zones reculées est devenu un symbole des inégalités sociales au Cameroun.

Crises sécuritaires : un pays sous pression

La stabilité légendaire du Cameroun a été ébranlée par trois crises majeures qui menacent directement la cohésion nationale :

Guerre civile dans les régions anglophones

Le conflit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest a causé des milliers de morts et plus de 700 000 déplacés internes. Cette crise, qualifiée de plus grave insurrection au Cameroun depuis l’indépendance, a poussé les autorités à décréter l’état d’urgence et à déployer massivement les forces de sécurité. Pourtant, la solution politique reste hors de portée, alimentant un cycle de violence sans fin.

La menace persistante de Boko Haram

Dans l’Extrême-Nord, les incursions répétées de la secte terroriste Boko Haram continuent de faire des victimes parmi les populations civiles. Malgré les opérations militaires conjointes avec les pays voisins, l’insécurité persiste, empêchant tout développement économique dans cette zone frontalière.

Instabilité transfrontalière : l’espace Est en danger

La porosité des frontières avec la République centrafricaine favorise les incursions de groupes armés et complique la gestion des flux de réfugiés. Cette situation fragilise davantage la sécurité intérieure et exige une coopération régionale renforcée, tout en maintenant une vigilance constante sur les mouvements de populations.

La question de la succession : un processus politique verrouillé

À 93 ans, l’état de santé de Paul Biya alimente les spéculations sur sa succession. Le régime actuel, dirigé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), affiche une longévité politique exceptionnelle qui contraste avec le dynamisme de la société civile et des nouvelles générations.

Les rivalités internes au sein du parti au pouvoir et l’absence de processus transparent pour la désignation d’un successeur potentiel créent un climat d’incertitude politique. La société camerounaise, de plus en plus consciente des enjeux démocratiques, exige une transition ordonnée qui garantisse la stabilité du pays après des décennies de gouvernance centralisée.

Dans ce contexte, la préparation des prochaines élections législatives et municipales prend une dimension stratégique, révélant les tensions sous-jacentes entre continuité institutionnelle et aspirations à une gouvernance plus transparente et inclusive.

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Ali Mahamane
Journaliste
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