2 juin 2026

Eveil des Nations

Média panafricain dédié à l'éveil politique et culturel des nations africaines.

Burkina Faso: un an après le putsch, la résilience face aux défis sécuritaires

La ceinture sahélienne, déjà ébranlée par des changements de régime au Mali et au Burkina Faso, a récemment vu le Niger, dernier bastion occidental de la région, basculer à son tour. Cette succession d’événements, couplée à la présence grandissante de mercenaires de Wagner et de groupes islamistes radicaux, suscite de vives inquiétudes quant à l’avenir de la stabilité régionale.

Retour sur les événements marquants au Burkina Faso

Le 26 juillet, un groupe de militaires a annoncé à la télévision nationale avoir pris le contrôle du pays, agissant au nom du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP). Un an auparavant, lors du putsch du 30 septembre 2022, le président de transition avait exprimé sa conviction que la résolution de « quelques problèmes logistiques » et une meilleure « considération » au sein de l’armée permettraient de maîtriser la situation sécuritaire.

Depuis cette prise de pouvoir, le régime a mis l’accent sur une réponse sécuritaire musclée face aux offensives des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Des initiatives majeures ont été lancées, notamment une campagne de recrutement massive pour les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une milice civile qui épaule les forces armées burkinabè. L’acquisition de drones et d’hélicoptères a également renforcé les capacités opérationnelles, avec un objectif clair : « neutraliser » les jihadistes. Le Capitaine Traoré lui-même a été vu sur le terrain, galvanisant ses troupes.

Cependant, l’analyse du quotidien privé L’Observateur Paalga dans un éditorial souligne que « le problème qui a justifié l’irruption du Capitaine Traoré sur la scène politique nationale est loin d’être résolu. » À 34 ans, Ibrahim Traoré était devenu le plus jeune chef d’État au monde lors de son investiture comme président de transition, s’engageant à reconquérir les territoires perdus et à soutenir une transition menant à des élections en juillet 2024.

« L’arrivée d’Ibrahim Traoré a suscité un immense espoir au sein de la population confrontée à l’insécurité », explique Lassina Diarra, expert en sécurité au Sahel, à l’AFP. « De nombreux efforts ont été déployés sur le terrain pour reprendre le contrôle de zones, mais la situation s’est considérablement dégradée. »

Un bilan humain alarmant

Les chiffres confirment cette sombre réalité. Plus de 17 000 personnes ont péri dans des attaques depuis 2015, dont plus de 6 000 pour la seule année en cours, selon les données du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project), un observatoire des conflits armés. L’armée et les VDP sont les principales cibles, mais les civils paient également un lourd tribut : plus de 6 000 écoles sont fermées au Burkina Faso, soit près d’une sur quatre, d’après le Conseil Norvégien pour les Réfugiés. Deux millions de personnes ont été déplacées par les violences depuis 2015.

Perceptions contrastées et allégations d’abus

Fin juillet, le gouvernement a affirmé que plus de 190 000 personnes avaient pu regagner leurs foyers après que les forces aient chassé les jihadistes de certaines zones. Les partisans du régime saluent les décisions jugées fermes du Capitaine Traoré. « Il n’y a pas d’échec », déclare Lassane Sawadogo, coordinateur du Front de Défense de la Patrie, un mouvement pro-régime. « Nos soldats étaient sous-équipés pour la lutte contre le terrorisme, mais avec l’arrivée du Capitaine Traoré, nous avons acquis d’énormes moyens. »

Cependant, des voix s’élèvent pour dénoncer de présumées exactions commises par les VDP ou les forces armées. En avril, le Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés a rapporté que 136 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient été tuées dans le village de Karma, au nord du pays, par des individus en uniforme militaire. Une enquête a été ouverte, et le gouvernement a fermement condamné des « actes vils et barbares », mais le Capitaine Traoré a mis en garde contre toute conclusion hâtive accusant l’armée.

Érosion des libertés et réorientation diplomatique

Des préoccupations concernant l’affaiblissement des libertés individuelles ont également été exprimées. L’Unité d’Action Syndicale, regroupant les principaux syndicats, a pointé du doigt des recrutements forcés, des enlèvements et la suspension de médias. Au cours des douze derniers mois, les médias français RFI, France 24 et Jeune Afrique ont été suspendus dans le pays, et des correspondants de Libération et Le Monde ont été expulsés.

Sous la direction du Capitaine Traoré, les relations avec la France se sont détériorées, conduisant au départ des forces françaises qui assistaient l’armée burkinabè en février. La junte a depuis diversifié ses partenaires internationaux, établissant des contacts avec la Russie, l’Iran et le Venezuela. Plus tôt ce mois-ci, le Burkina Faso a également signé un pacte de défense mutuelle avec le Mali et le Niger, des nations dont les dirigeants militaires sont également arrivés au pouvoir par des coups d’État depuis 2020.

« Le Capitaine Traoré nous a libérés du joug de l’impérialisme », affirme Lassane Sawadogo. « Il a beaucoup travaillé ces 12 derniers mois et nous espérons encore plus dans les mois à venir. » Le régime peut toujours compter sur un soutien populaire : mardi soir, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Ouagadougou pour « défendre » Traoré suite à des rumeurs de coup d’État sur les réseaux sociaux. Le gouvernement militaire a annoncé le lendemain avoir déjoué cette tentative de putsch, et quatre officiers ont été arrêtés.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes