Burkina Faso : l’ombre du bourreau, damiba dans le viseur d’une justice instrumentalisée Actualités Politique Par Ali Mahamane - 21 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Burkina Faso : l’ombre du bourreau, damiba dans le viseur d’une justice instrumentalisée Le Burkina Faso vient de franchir un cap historique dans son histoire politique récente. Sous l’égide du capitaine Ibrahim Traoré, une réforme pénale fraîchement adoptée marque un tournant radical : la peine de mort fait son retour dans le Code pénal. Derrière ce choix affiché de fermeté, se cache une manœuvre plus trouble, où la répression devient un outil aux mains d’un pouvoir déterminé à écarter toute velléité d’opposition. Et parmi les cibles prioritaires, le nom de Paul-Henri Sandaogo Damiba résonne comme un avertissement sans équivoque. Quel est le véritable objectif de cette réforme judiciaire, et comment Damiba incarne-t-il le piège d’une vengeance d’État déguisée en justice ? Peine de mort rétablie : un cheval de Troie politique pour museler l’opposition En éliminant tout recours à la clémence, le régime militaire burkinabè envoie un message sans ambiguïté : l’ère du compromis est révolue. Le slogan « le sentimentalisme, c’est fini » sonne comme une profession de foi dans la fermeté la plus brutale. Pourtant, derrière cette façade se dessine une stratégie bien plus pragmatique : neutraliser toute menace, qu’elle vienne des rangs politiques ou des dissidences internes. Le capitaine Ibrahim Traoré a choisi de réintroduire la peine capitale, abolie en 2018 au Burkina Faso, dans un contexte où l’instabilité politique et sécuritaire bat son plein. Officiellement, cette décision est présentée comme un rempart contre les trahisons et les actes pouvant ébranler la sûreté de l’État. Mais les observateurs avertis y voient une manœuvre ciblée, conçue pour verrouiller le pouvoir en place et éliminer toute opposition, prioritairement celle incarnée par l’ancien chef d’État de transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba. Justice ou instrument de pouvoir ? le cas damiba décrypté Deux ans seulement séparent les deux coups d’État qui ont marqué l’histoire récente du Burkina Faso. En janvier 2022, Damiba renversait Roch Marc Christian Kaboré, s’autoproclamant comme un « sauveur patriotique ». Puis, en septembre 2022, Ibrahim Traoré lui appliquait le même traitement, le destituant à son tour au nom d’un « sursaut national ». Aujourd’hui, les rôles s’inversent : ce qui était autrefois célébré comme une libération devient un crime punissable de mort. Cette volte-face n’est pas anodine. Elle reflète la logique implacable d’un régime qui instrumentalise la justice pour régler des comptes politiques. En remettant la peine capitale au cœur du système judiciaire, Ibrahim Traoré ne se contente pas de renforcer son pouvoir : il se dote d’un outil redoutable pour éliminer ses rivaux, Damiba en tête. Poursuivi pour « haute trahison » et conspiration contre l’État, l’ancien homme fort de Ouagadougou est désormais exposé à une condamnation dont il est difficile d’échapper. Le cercle vicieux des coups d’État : quand la vengeance devient un cycle sans fin Cette affaire met en lumière une réalité troublante : au Burkina Faso, les putschistes d’aujourd’hui sont souvent les perdants de demain. En recourant à la peine capitale pour régler des comptes politiques, Ibrahim Traoré risque de s’enfermer dans un engrenage dangereux. Ceux qui brandissent aujourd’hui la justice comme une épée brandiront demain l’épée, lorsqu’un nouveau détenteur du pouvoir choisira la même méthode pour les écarter. Le retour de la peine de mort n’est plus seulement une question de politique intérieure : c’est un signe inquiétant de l’État burkinabè s’engageant dans une logique de répression systématique. Pourtant, l’histoire suggère que cette voie mène rarement à la stabilité. Entre deux putschs, entre deux régimes, la vengeance politique ne fait que perpétuer l’instabilité, condamnant le pays à une spirale sans issue. Et c’est précisément ce scénario que certains craignent de voir se réaliser. Damiba, autrefois considéré comme un héros par une partie de la population, pourrait bien devenir le symbole d’une justice orientée, où la balance penche toujours du côté du pouvoir en place. Une réforme aux conséquences imprévisibles En restaurant la peine de mort, Ibrahim Traoré envoie un message clair : la fermeté prime sur tout autre considération. Mais cette décision pourrait bien se retourner contre lui. En ciblant Damiba, le régime risque de réveiller des mémoires qui pourraient se retourner contre lui demain. Car si la justice est aujourd’hui un outil de pouvoir, rien ne garantit qu’elle ne deviendra pas demain l’arme de ceux qu’elle aura humiliés. Le Burkina Faso se trouve ainsi à un carrefour décisif. Entre la recherche d’une stabilité illusoire et l’acceptation d’un cycle de violence qui ne dit pas son nom, le pays doit faire face à ses démons. Et c’est peut-être là que réside le véritable danger : non pas dans la peine de mort elle-même, mais dans ce qu’elle révèle des mécanismes du pouvoir et de la fragilité de ses institutions. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésPolitiqueTous les articles