Burkina Faso : l’inquiétante dissolution de plus de cent organisations de la société civile
La décision des autorités de dissoudre 118 organisations non gouvernementales et associations au Burkina Faso marque un tournant préoccupant pour les libertés fondamentales. Cette mesure est perçue par les spécialistes comme une violation directe de la Constitution nationale, qui garantit pourtant le droit à la liberté d’association et au syndicalisme.
Une atteinte aux engagements internationaux
Cette vague de dissolutions contredit les obligations internationales souscrites par le Burkina Faso. Le pays est en effet partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu’à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ces textes protègent l’existence et l’action des groupements civils, essentiels à la protection des citoyens et à la promotion de l’État de droit.
Les observateurs sur le terrain, notamment au sein du bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest, craignent que ces mesures ne soient qu’une étape supplémentaire dans une stratégie globale visant à réduire au silence toute forme de voix dissidente par le biais de :
- L’intimidation et le harcèlement des militants ;
- L’usage de législations restrictives et abusives ;
- Des détentions arbitraires et des poursuites judiciaires ciblées contre les défenseurs des droits.
Un espace civique de plus en plus restreint
Le climat politique au Burkina Faso s’est considérablement durci depuis les coups d’État survenus en 2022. Le 15 avril 2026, le ministère de l’Administration territoriale a officialisé la fin d’activité de 118 structures sans fournir de justifications détaillées. Cette action fait suite à la dissolution totale des partis politiques intervenue en janvier 2026, après une suspension de trois ans.
Contrôle financier et prolongation de la transition
En novembre 2025, un décret présidentiel avait déjà imposé aux organisations nationales et internationales de clôturer leurs comptes dans le secteur bancaire privé pour les transférer vers une institution contrôlée par l’État au sein du Trésor public. Ce mécanisme fait peser une menace constante de surveillance financière et de gel arbitraire des fonds sur les acteurs humanitaires.
Actuellement dirigé par un régime militaire, le pays a vu sa période de transition prolongée de cinq années supplémentaires en mai 2024, repoussant ainsi les perspectives de retour à un ordre constitutionnel civil.