Burkina Faso : au cœur de la répression étudiante, quand le pouvoir étouffe l’intelligence critique Actualités Par Ali Mahamane - 3 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture4 min×1 Le régime du Burkina Faso vient de dévoiler, avec une brutalité assumée, les mécanismes de son autoritarisme à l’égard des jeunes générations. Lors d’une cérémonie officielle, le ministre de l’Enseignement supérieur, le professeur Adjima Thiombiano, a sommé des étudiants de la diaspora de quitter le pays s’ils osaient critiquer le système éducatif ou les réalités nationales. Une déclaration qui en dit long sur la gestion de l’intelligence collective sous ce gouvernement. L’hostilité affichée du pouvoir envers les voix dissidentes Plutôt que d’engager un dialogue constructif, les autorités burkinabè préfèrent criminaliser l’expression critique. En qualifiant les jeunes générations de「enfants égarés」et en incitant à les traquer, le ministre installe un climat de peur et d’autocensure. Cette rhétorique alarmiste, qui assimile toute remise en question à une menace nationale, révèle une gouvernance paranoïaque, incapable de tolérer la moindre contradiction. Les universités, autrefois temples du débat et de l’innovation, deviennent des lieux où la délation est encouragée. Les étudiants perçus comme trop critiques sont désignés comme des cibles, tandis que les enseignants sont sommés de jouer le rôle de「remparts」contre toute velléité de révolte. Une logique qui transforme l’enseignement supérieur en un espace de conformité forcée plutôt qu’en un lieu d’émancipation intellectuelle. La diaspora burkinabè : une cible privilégiée de l’autoritarisme L’injonction faite aux étudiants de la diaspora de「rentrer d’où ils viennent」pose une question cruciale : la citoyenneté doit-elle se réduire à une allégeance aveugle au pouvoir en place ? En rejetant ceux qui osent exprimer un avis différent, le gouvernement burkinabè renie l’une de ses promesses affichées : l’appel au retour des compétences formées à l’étranger. Pourtant, ces jeunes, souvent porteurs d’une vision plurielle, enrichissent le débat public et devraient être considérés comme un atout pour la nation. Leur exclusion symbolique n’est pas seulement une attaque contre la liberté d’expression, mais aussi une perte pour le système éducatif lui-même. Leur expérience internationale, leur ouverture aux autres modèles et leur capacité à questionner le statu quo sont des ressources inestimables pour une refondation authentique de l’école burkinabè. Le Pacte NEKRÉ : une refondation éducative sous le signe de la censure Lancé sous le nom de「Pacte NEKRÉ」, ce projet phare de reshaping de l’éducation burkinabè promet une renaissance académique. Pourtant, comment parler de refondation lorsque l’esprit critique devient un délit et que le débat contradictoire est interdit ? Les universités, historiquement lieux de confrontation intellectuelle féconde, sont aujourd’hui sommées de se transformer en casernes idéologiques. En remplaçant l’excellence par le chauvinisme et la soumission, le pouvoir vide ce pacte de toute crédibilité. Un système éducatif qui craint ses propres étudiants n’est plus qu’une coquille vide, un outil de propagande déguisé en institution académique. Derrière les discours enflammés sur la「renaissance de l’école」se cache en réalité une volonté d’étouffer toute velléité de changement. L’intelligence collective sacrifiée sur l’autel du contrôle social En imposant une pensée unique et en traquant les voix dissidentes, le gouvernement burkinabè commet une erreur stratégique. Une nation progresse par l’innovation, la critique constructive et la diversité des points de vue. En éradiquant ces ingrédients essentiels, le régime condamne l’enseignement supérieur à un déclin inexorable. Les universités doivent redevenir des espaces de liberté, où les idées circulent librement et où les étudiants peuvent questionner, analyser et proposer. Sans cette dynamique, le Burkina Faso risque de s’enfermer dans un isolement intellectuel préjudiciable à son avenir. La vraie refondation éducative ne passe pas par la censure, mais par l’ouverture et la confiance en la capacité des jeunes à penser par eux-mêmes. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles