11 mai 2026

Blocus routier au Mali : voyageurs et transporteurs en difficulté

Blocus routier au Mali : voyageurs et transporteurs en difficulté

Depuis plusieurs jours, le Mali fait face à une situation critique sur ses axes routiers principaux, notamment autour de Bamako. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a en effet instauré un blocus après les attaques perpétrées fin avril dans plusieurs localités du pays. Cette mesure drastique impacte directement les transporteurs et les voyageurs, qui se retrouvent bloqués ou confrontés à des trajets considérablement allongés.

Vue aérienne de Bamako, capitale du Mali

Des incendies et des annulations de trajets

Les conséquences du blocus se ressentent déjà sur le terrain. La semaine dernière, plusieurs véhicules de transport de marchandises ont été incendiés par les djihadistes du Jnim, notamment sur les routes menant à Bamako. Si certaines compagnies continuent de desservir les villes du pays malgré les risques, d’autres ont été contraintes de suspendre leurs activités par précaution.

Témoignages de voyageurs bloqués

Dans une compagnie réputée de Bamako, nous avons rencontré Mody, un migrant en provenance de Nouakchott (Mauritanie), qui souhaitait rejoindre la capitale malienne pour célébrer l’Aïd el Kebir, prévue le 27 mai. Son récit illustre les difficultés rencontrées par les voyageurs :

« Nous avons quitté Nouakchott jeudi dernier à 7 heures du matin pour arriver à Gogui, à la frontière, à 23 heures. Les transporteurs nous ont informés que la route était risquée. Résultat : nous avons passé les nuits de jeudi, vendredi et samedi sur place. Dimanche matin, on nous a annoncé qu’un convoi de l’armée malienne devait nous escorter. Après une longue attente, nous avons finalement avancé sans lui pour rejoindre Diéma. C’est là-bas que nous avons appris que les premiers bus qui nous avaient devancés avaient tous fait demi-tour, sur ordre des djihadistes du Jnim. »

Un responsable de la compagnie a confirmé que dix bus étaient actuellement bloqués dans les pays voisins, et que deux d’entre eux avaient été incendiés ce week-end sur des routes nationales.

Des attentes prolongées et des pertes financières

Dans une autre compagnie reliant Bamako à Ségou, dans le centre du pays, certains passagers attendent depuis près d’une semaine pour obtenir un billet de voyage. Seyba, un sexagénaire originaire de Ségou, témoigne :

« Je devais retourner à Ségou pour présenter mes condoléances à la famille d’un proche décédé. On m’a expliqué qu’il n’y avait pas de bus disponibles et que la route était dangereuse. J’ai cherché un ticket dans quatre autres compagnies, mais la situation est la même partout. Si je ne trouve pas de véhicule, je serai contraint de rester chez des proches à Bamako. »

Le gérant de cette compagnie, qui a souhaité rester anonyme, a révélé avoir perdu cinq bus samedi dernier, brûlés par les éléments du Jnim. Face à cette menace persistante, la compagnie a décidé de suspendre temporairement ses liaisons vers et depuis Bamako.

Une crise qui s’aggrave

Le blocus imposé par le Jnim ne se limite pas aux routes. Les djihadistes multiplient les actions pour perturber la circulation, rendant les déplacements de plus en plus incertains. Les autorités maliennes tentent de sécuriser les axes, mais les moyens disponibles restent limités face à l’ampleur de la menace. Les voyageurs et les transporteurs, eux, subissent de plein fouet les conséquences de cette crise, avec des retards considérables, des annulations de trajets et des pertes matérielles importantes.

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