Bénin : le corridor Cotonou-Niamey sous les projecteurs après l’euphorie des annonces
Depuis le lancement des programmes Cotoni et Proport, soutenus par l’Union européenne et la coopération belge, le Bénin attire tous les regards sur son ambitieuse modernisation logistique. Entre investissements massifs, réformes douanières et sécurisation des axes routiers, les professionnels du secteur s’interrogent désormais sur les retombées concrètes de cette transformation pour l’économie régionale. Quels changements pour les transporteurs et les entreprises ? Comment cette dynamique s’inscrit-elle dans la stratégie ouest-africaine ? Autant de questions qui suscitent débats et analyses.
Le corridor Cotonou-Niamey : un chantier phare sous le feu des discussions
Avec un investissement global de 30 millions d’euros et une portée de 729 kilomètres, le programme Cotoni incarne l’engagement du Bénin à devenir la plaque tournante logistique de l’Afrique de l’Ouest. Ce projet, lancé il y a quelques mois, vise avant tout à fluidifier les échanges avec le Niger en modernisant l’artère routière qui relie Cotonou à Niamey. Mais au-delà des infrastructures, c’est toute la chaîne logistique que le pays entend repenser.
Quatre axes majeurs structurent cette initiative :
- Une gouvernance renforcée : Pour pérenniser les financements et assurer la maintenance des routes, un cadre de gestion innovant est mis en place. L’objectif ? Éviter les erreurs du passé où les axes routiers se dégradaient rapidement faute d’entretien.
- La sécurité des transporteurs : La lutte contre les blocages inutiles et les vols en transit est un enjeu clé. Des mesures concrètes sont déployées pour sécuriser le corridor, un point souvent souligné par les professionnels du secteur.
- L’intégration des chaînes de valeur locales : En optimisant les flux, notamment pour les produits agricoles, le Bénin cherche à dynamiser l’économie des zones traversées. Un pari qui pourrait redéfinir les échanges sous-régionaux.
- La modernisation douanière : La simplification des procédures aux frontières et la coordination entre les postes douaniers doivent réduire les retards et les coûts pour les entreprises.
Un hub logistique en devenir : entre opportunités et défis
Le Bénin mise sur sa position géographique stratégique pour s’imposer comme un carrefour incontournable. Situé au cœur du Golfe de Guinée, il offre un accès direct au Niger, pays enclavé dont la stabilité économique dépend largement des importations via les ports voisins. Cette position avantageuse est cependant mise à l’épreuve par la saturation des capacités logistiques du Nigeria, voisin et géant économique de la sous-région. Une concurrence qui pousse le Bénin à accélérer sa modernisation.
Les synergies régionales jouent également un rôle clé. Le projet Cotoni s’aligne avec les ambitions du futur axe autoroutier Abidjan-Lagos, dont l’ouverture progressive est prévue d’ici 2030. Une complémentarité qui pourrait renforcer la compétitivité du corridor béninois. À cela s’ajoute une restructuration en profondeur des douanes, visant à éliminer les dysfonctionnements qui paralysent depuis des années les échanges transfrontaliers.
Les réactions des acteurs économiques
Les premiers retours d’expérience font état d’un optimisme mesuré. Les transporteurs, souvent confrontés à des difficultés d’accès aux financements et à des infrastructures défaillantes, voient d’un bon œil la sécurisation du corridor. « C’est une avancée majeure pour notre métier », confie un responsable d’une entreprise de transport. « Mais il faudra aussi compter sur la formation des agents douaniers et une meilleure coordination entre les États. »
Les agriculteurs, qui dépendent des exportations vers les pays voisins, espèrent également en tirer profit. La réduction des coûts logistiques pourrait rendre leurs produits plus compétitifs sur les marchés régionaux, notamment au Nigeria, où la demande est forte. Cependant, certains craignent que les bénéfices ne se fassent attendre, les projets prenant plusieurs années avant d’être pleinement opérationnels.
Transport Logistique Cotonou 2024 : un événement clé pour l’avenir du secteur
Du 12 au 14 novembre prochains, le salon Transport Logistique Cotonou (TLC) réunira plus de 2 000 acteurs économiques au Palais des Congrès. Cet événement, organisé en partenariat avec le Port autonome de Cotonou et l’ACAM, sera l’occasion de faire le point sur les avancées du corridor Cotonou-Niamey.
Pendant trois jours, des conférences et tables rondes permettront d’échanger sur les défis du fret en Afrique de l’Ouest. Les visiteurs pourront également découvrir les coulisses du port, des quais d’embarquement aux zones de stockage, à travers des visites guidées. Une vitrine idéale pour le Bénin, qui mise sur l’innovation et la transparence pour séduire les investisseurs.
Une chose est certaine : l’avenir du corridor dépendra de la capacité du pays à concilier ambition et pragmatisme. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le Bénin peut effectivement devenir le moteur logistique de la sous-région.
Et après ? Les perspectives à moyen terme
À plus long terme, le Bénin pourrait étendre son influence au-delà du Niger. Une intégration renforcée avec le Mali et le Burkina Faso, via des axes logistiques complémentaires, est envisagée. L’objectif ? Créer un véritable réseau interconnecté, capable de rivaliser avec les grands corridors africains.
Cependant, cette ambition soulève des questions sur la durabilité des investissements et la résistance aux pressions politiques ou économiques extérieures. Les partenaires internationaux, comme l’Union européenne, devront accompagner le Bénin dans cette transition pour éviter que les progrès ne restent lettre morte.
Une chose est sûre : le corridor Cotonou-Niamey est désormais sous les projecteurs, et son succès ou son échec influencera durablement le paysage logistique ouest-africain.