28 mai 2026

Eveil des Nations

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Arrestation controversée de l’imam Kindo au Burkina Faso

Arrestation de l’imam Kindo : une affaire qui secoue Ouagadougou

L’arrestation de Mohamad Ishaq Kindo, figure religieuse sunnite de premier plan au Burkina Faso, a provoqué une onde de choc dans le pays. L’imam, également président des Oulémas sunnites du pays, a été interpellé mardi 26 mai à Ouagadougou par des forces de sécurité encagoulées, alors que la communauté musulmane s’apprêtait à célébrer l’Aïd El-Kébir.

Selon un communiqué de la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso, son interpellation s’est déroulée « dans des circonstances dont les motifs n’ont pas encore été officiellement communiqués ». L’organisation a immédiatement engagé des démarches auprès des autorités pour obtenir des éclaircissements sur cette arrestation.

Une interpellation musclée et des blessés

Un proche de l’imam, présent lors de l’opération, témoigne d’une scène violente : « L’arrestation a eu lieu vers 14h, en pleine journée, et a été menée par des policiers et militaires encagoulés. Les fidèles présents ont tenté de s’opposer, ce qui a provoqué des tensions et des blessés parmi la communauté musulmane. »

Ces déclarations corroborent les craintes d’une répression accrue contre les voix critiques, dans un contexte où le pays est en proie à une insécurité persistante due aux groupes jihadistes.

Des critiques contre une loi controversée

Deux jours avant son arrestation, Mohamad Ishaq Kindo avait vivement critiqué le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté en mars par le gouvernement. Dans un enregistrement diffusé massivement sur les réseaux sociaux, il mettait en garde les autorités : « Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu. »

Ces propos, perçus comme une remise en question de la politique gouvernementale, pourraient expliquer son interpellation. Le texte, officiellement destiné à encadrer l’exercice des libertés religieuses, vise selon les autorités à lutter contre le radicalisme, les discours de haine et les dérives en ligne. Cependant, son adoption a suscité de vives réactions au sein de la communauté musulmane.

Manifestations et tensions communautaires

Quelques heures après l’arrestation, des centaines de personnes se sont rassemblées à Ouagadougou pour exiger la libération de l’imam. La manifestation a été dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes, selon des témoins. La Fédération des associations islamiques du Burkina Faso a appelé les fidèles au calme, tout en réclamant des réponses claires sur le sort réservé à leur guide spirituel.

Dans le même temps, le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a marqué la fête de Tabaski en rendant hommage aux forces de sécurité engagées contre le terrorisme. Il a mis en garde contre toute tentative de déstabilisation, avertissant que « quiconque se met dans cette posture devra assumer l’entière responsabilité et toutes les conséquences qui en découleront ». Aucune réaction officielle n’a cependant été formulée concernant l’imam Kindo.

Une loi sur les libertés religieuses sous le feu des critiques

Le projet de loi, adopté en conseil des ministres le 19 mars, interdit notamment l’érection de lieux de culte dans les services publics, à l’exception des hôpitaux, prisons et casernes. Cette mesure, justifiée par la nécessité de garantir la laïcité de l’État et d’éviter les tensions intercommunautaires, a été perçue par certains comme une restriction excessive des pratiques religieuses.

Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses au Burkina Faso, a précisé que ce texte répondait à une montée des extrémismes et des discours de haine en ligne. « Il s’agit de régulariser les pratiques pour renforcer la cohésion nationale », a-t-elle déclaré, tout en insistant sur le fait que la prière dans l’espace public restait autorisée, sous réserve du respect des autres croyances.

Un régime militaire sous pression

Depuis le coup d’État de 2022, le Burkina Faso est dirigé par un régime militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Les autorités justifient les restrictions imposées aux libertés individuelles, y compris religieuses, par la nécessité de lutter contre le terrorisme qui frappe une grande partie du pays depuis plus d’une décennie. Plusieurs voix critiques ont disparu ou été réduites au silence ces dernières années, alimentant les craintes d’une dérive autoritaire.

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