Aéroport de Lomé : une canalisation explose et inonde le terminal d’eaux usées Actualités by Ali Mahamane - 2 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Une canalisation d’eaux usées a explosé en début d’après-midi dans le hall principal de l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma de Lomé, projetant des effluents sur des centaines de passagers et forçant la fermeture complète de l’infrastructure. Le trafic aérien régional est perturbé, des vols sont déviés vers Cotonou et Accra. Une rupture brutale qui a pris tout le monde de court C’est la conduite maîtresse d’évacuation des eaux usées, un tuyau vétuste sous pression logé dans le faux plafond du hall central, qui a cédé. Sous l’effet combiné de l’accumulation de gaz de décomposition et d’une pression hydraulique saturée, la canalisation a explosé, arrachant une partie des plaques du plafond. Une pluie d’eaux fécales, d’effluents toxiques et de boues nauséabondes s’est alors abattue sur la foule compacte présente en contrebas. La panique a été immédiate. Des voyageurs souillés en pleine zone de transit Le bilan humain est lourd. Des dizaines d’usagers locaux et de nombreux passagers étrangers en transit vers l’Afrique de l’Ouest et l’Europe ont été directement touchés par les projections. Des familles, des voyageurs d’affaires et des touristes ont été couverts de matières fécales des pieds à la tête. « Nous attendions notre correspondance pour Paris quand nous avons entendu une détonation au-dessus de nos têtes, puis le plafond s’est effondré dans un fracas épouvantable. En une fraction de seconde, une masse noire et nauséabonde nous a submergés. J’en avais dans les yeux, sur le visage, partout sur mes vêtements », raconte, en larmes, une passagère européenne encore enveloppée dans une couverture de survie. Au-delà des dégâts matériels — bagages souillés, passeports détruits, appareils électroniques hors d’usage —, l’humiliation subie par ces voyageurs bloqués dans une enceinte internationale a provoqué une vague d’indignation. Plusieurs diplomates et ressortissants étrangers touchés ont dénoncé l’absence de prise en charge immédiate, les secours ayant mis de longues minutes à intervenir en raison de la panique et de l’odeur suffocante qui s’est répandue dans tout le terminal. Un risque épidémique et une paralysie du hub aérien La situation a rapidement pris une tournure d’urgence médicale. Les matières fécales stagnaient dans un espace clos et climatisé, dont le système de ventilation a propagé les miasmes. Des agents de santé dépêchés sur place redoutent la dispersion de bactéries hautement pathogènes, comme Escherichia coli ou les agents responsables du choléra et de la fièvre typhoïde. Les secours ont tenté d’établir un périmètre de décontamination d’urgence, mais l’équipement sous-dimensionné a vite montré ses limites. Sur le tarmac et le parvis, des passagers hagards tentaient de se rincer avec des bouteilles d’eau minérale fournies par des riverains et des commerçants choqués. Les dégâts matériels sont catastrophiques. L’eau usée s’est infiltrée dans les gaines techniques, provoquant des courts-circuits en chaîne et neutralisant les serveurs informatiques, les portiques de sécurité et la gestion des bagages. L’Autorité de l’aviation civile a ordonné la fermeture complète de l’aéroport et la déviation de tous les vols entrants vers Cotonou et Accra, plongeant le réseau aérien régional dans le chaos. Colère et questions sur l’entretien des infrastructures Alors que les équipes de nettoyage en tenue de protection biologique tentent de pomper les milliers de litres d’effluents et de désinfecter les halls, la colère monte au Togo comme à l’international. Comment un hub aéroportuaire censé répondre aux normes internationales de sécurité et d’hygiène a-t-il pu basculer dans un tel sinistre ? Des sources internes, sous couvert d’anonymat, révèlent que des alertes répétées concernant la dégradation des réseaux de tuyauterie et l’incapacité des pompes de relevage avaient été transmises à la direction technique ces derniers mois. Ces avertissements seraient restés sans suite, étouffés par des arbitrages budgétaires et une gestion décriée. Les compagnies aériennes internationales impactées préparent des recours collectifs et exigent des explications officielles. Les ambassades de plusieurs pays dont des ressortissants ont été directement touchés suivent le dossier avec gravité. Pour l’image du pays et son attractivité économique, le coup est dévastateur. Une crise de confiance pour le Togo Cet incident met à nu les failles dans la maintenance des grandes infrastructures publiques togolaises. Au-delà de la gestion immédiate du sinistre et de la décontamination, le gouvernement fait face à une crise de confiance majeure. Les usagers et les victimes étrangères, traumatisés, réclament des indemnisations à la hauteur du préjudice moral et physique subi, ainsi que des sanctions exemplaires contre les responsables. L’aéroport de Lomé, autrefois vitrine de la modernité nationale, est aujourd’hui le symbole d’une incurie technique dont les conséquences se sont déversées au vu et au su du monde entier. Par Ali Mahamane — Journaliste Suivre ce sujetRecevez les derniers articles dans votre lecteur RSSActualitésTous les articles