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Transit portuaire à Cotonou : le Burkina Faso pèse désormais un million de tonnes

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Le port de Cotonou tourne la page du corridor nigérien

La rupture entre Cotonou et Niamey n’a pas paralysé le port béninois. En 2025, près d’un million de tonnes de marchandises, majoritairement des hydrocarbures, ont transité par la plateforme béninoise à destination du Burkina Faso. Au premier semestre 2026, le port a traité 7,79 millions de tonnes, en hausse de 16,6 % sur un an. La recomposition des corridors commerciaux sahéliens est en marche.

Un basculement provoqué par la crise politique nigérienne

Longtemps, le Niger a été le principal client du transit de Cotonou. La proximité géographique et la route reliant le port à Niamey avaient fait du Bénin une porte d’entrée naturelle pour l’économie nigérienne.

La crise politique de juillet 2023 et la dégradation des relations entre Niamey et Cotonou ont changé la donne. Fermeture de la frontière terrestre, tensions autour du pétrole nigérien : le corridor historique s’est fragilisé. Le port n’est pas resté passif. Ses opérateurs ont cherché de nouveaux relais dans l’hinterland, portés par les besoins des économies enclavées.

Le Burkina Faso, nouveau moteur du trafic de transit

Les chiffres présentés par la direction commerciale du Port autonome de Cotonou en 2026 sont sans appel. En 2025, le transit représentait 39,2 % du trafic portuaire. Le Burkina Faso en captait 16 %, soit près d’un million de tonnes acheminées vers le pays sahélien, en grande partie des hydrocarbures.

Ce volume ne sort pas de nulle part. Le Burkina Faso dispose de plusieurs accès à la mer — Abidjan, Lomé, Tema et Cotonou — et arbitre entre eux selon les coûts, la fluidité et le contexte politique. La dégradation de l’axe bénino-nigérien a ouvert une fenêtre pour le trafic burkinabè.

Les hydrocarbures, moteur du basculement

Le poids des produits pétroliers dans les flux vers le Burkina Faso explique en partie cette dynamique. Ces marchandises génèrent des volumes importants et exigent une logistique régulière entre le port, les stockages et le réseau routier régional. Enclavé, le Burkina Faso dépend des ports du Golfe de Guinée pour ses approvisionnements énergétiques. Cotonou s’impose comme plateforme d’entrée avant l’acheminement vers Ouagadougou et le reste du pays.

2026 : Cotonou résiste et diversifie ses flux

Au premier semestre 2026, le port a traité 7,79 millions de tonnes, contre 6,68 millions un an plus tôt, soit une progression de 16,6 %. Cette performance fait suite à une année 2025 exceptionnelle, avec un trafic annuel passé de 9,6 à 14,7 millions de tonnes, en hausse de 52 %.

La composition de la croissance mérite l’attention. Les importations stagnent à 4,12 millions de tonnes contre 4,10 millions, soit +0,6 %. Les exportations bondissent de 33,3 %, de 2,16 à 2,87 millions de tonnes. Le transbordement explose : 516 558 tonnes contre 204 928 tonnes, soit +152,1 %.

Ces données ne mesurent pas directement le trafic routier vers le Burkina Faso, mais elles confirment que Cotonou renforce son rôle de plateforme de redistribution régionale.

Un corridor Cotonou-Ouagadougou en pleine ascension

Pour le Burkina Faso, la diversification des corridors est devenue vitale. Les tensions politiques et sécuritaires régionales interdisent de dépendre d’un seul port. Cotonou garde un atout : la proximité géographique et un corridor routier historiquement utilisé. Le port a modernisé ses infrastructures et numérisé la gestion des mouvements de camions pour fluidifier enlèvements et transit.

La compétition se joue autant sur les infrastructures que sur la stabilité politique et la sécurité des axes.

Le Niger reste présent via les flux pétroliers

Le marché nigérien n’a pas disparu de l’horizon de Cotonou. En 2026, le pétrole brut nigérien continue d’emprunter les infrastructures béninoises : une cargaison d’un million de barils a été expédiée depuis le terminal de Sèmè-Kpodji en août 2026. La relation commerciale reste paradoxale — le contentieux diplomatique perturbe les échanges terrestres, mais les deux économies demeurent liées par des infrastructures stratégiques.

Pour Cotonou, l’enjeu est de ne plus dépendre d’un seul marché d’hinterland. Le Burkina Faso incarne l’une des réponses les plus prometteuses.

Une recomposition durable ?

Avec près d’un million de tonnes en transit vers le Burkina Faso en 2025, le pays s’est installé parmi les principaux débouchés du port béninois. Les chiffres 2026 ne permettent pas encore de dire si ce volume a été maintenu, faute de données semestrielles par destination. Mais un enseignement s’impose : malgré le choc nigérien, Cotonou progresse.

Le Burkina Faso se retrouve au cœur d’une transformation plus large. Pour le port béninois, il ne s’agit plus de compenser la perte d’une partie du trafic nigérien, mais de bâtir un modèle portuaire moins dépendant d’un seul corridor. Si le trafic burkinabè continue de croître, l’axe Cotonou-Ouagadougou pourrait devenir l’un des nouveaux piliers du commerce régional. Longtemps associé au marché nigérien, le port de Cotonou pourrait bien changer de visage.

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