Tchad : derrière les tirs à miski, la guerre cachée des intérêts aurifères du tibesti Actualités Par Ali Mahamane - 15 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Le Tibesti s’embrase une nouvelle fois. À Miski, deux militaires tchadiens et neuf autres membres des forces de sécurité ont perdu la vie ou été blessés dans des affrontements d’une rare violence, révélant les tensions bien plus profondes qui déchirent cette région aurifère du nord du Tchad. Mais derrière l’affrontement du 14 octobre 2026 se cache une guerre invisible, celle des intérêts économiques et du contrôle des gisements d’or, où chaque camp brandit ses propres justifications. Des tirs aux origines troubles dans une zone minière sensible Contrôlée par la Brigade minière et des comités d’autodéfense locaux, la localité d’Awa, près de Miski, est devenue le théâtre d’un affrontement aux circonstances encore floues. Si l’armée parle d’une attaque préméditée par les groupes locaux, impliquant des tirs d’armes lourdes vers 17 heures, ces allégations restent à confirmer. Aucune enquête indépendante n’a été rendue publique pour l’instant, laissant les récits officiels en suspens. Une chose est sûre : la Brigade minière, chargée de sécuriser les sites, se retrouve au cœur d’une polémique sur sa gestion des ressources et ses méthodes de répression. L’armée pointe du doigt les autodéfenseurs : désarmement ou rébellion ? Dans un communiqué transmis par l’état-major général, les autorités militaires n’ont pas tergiversé : elles accusent directement le Comité d’autodéfense de Miski d’avoir déclenché l’assaut. Pour elles, cet acte constitue une violation flagrante des accords de paix signés en avril 2025 et réaffirmés en octobre 2026. Le message est sans équivoque : le désarmement immédiat est exigé, sous peine de voir l’opposition des autodéfenseurs assimilée à une rébellion ouverte. Une position qui insiste sur la priorité de l’État à maintenir l’ordre, au détriment des revendications socio-économiques des populations locales. Les autodéfenseurs dénoncent les exactions de la Brigade minière De leur côté, les groupes locaux rejettent catégoriquement ces accusations. Selon leurs déclarations, les premiers incidents remontent à la veille des combats, lorsque la Brigade minière aurait ouvré le feu avec des armes lourdes sur des civils et des sites miniers. Ces actes seraient autant de provocations destinées à déstabiliser les communautés et à s’accaparer un contrôle total sur l’exploitation de l’or. Une stratégie dénoncée comme une violation systématique du cessez-le-feu, alors que des médiateurs gouvernementaux avaient été sollicités pour désamorcer la crise. Un accord de paix déjà fragilisé par les divergences économiques Le procès-verbal des tensions du Tibesti se lit comme une feuille de route des désaccords. D’un côté, les autodéfenseurs invoquent l’accord d’avril 2025 et les promesses formulées lors de la tournée ministérielle d’octobre 2026, promettant une répartition équitable des revenus miniers et une protection renforcée des populations. De l’autre, l’armée et les autorités agitent le spectre d’une menace terroriste et d’une insurrection, justifiant par là leur mainmise sur les zones stratégiques. Au cœur de ce conflit larvé : le contrôle des mines d’or de Miski, où chaque gramme extrait alimente les tensions. Les autodéfenseurs, souvent composés de jeunes issus des communautés locales, accusent les forces déployées d’utiliser la sécurité comme prétexte pour piller les ressources et étouffer les revendications. Une cohabitation impossible, où l’or devient à la fois une malédiction et une bouée de sauvetage pour une région enclavée et marginalisée. Miski dans la ligne de mire : un bilan humain et politique incertain Si le nombre de victimes civiles reste à ce jour inconnu, les habitants de Miski et des villages alentour vivent dans la crainte d’une escalade militaire. Les déplacements de population, bien que non confirmés officiellement, sont redoutés par les ONG et les observateurs locaux. Les accusations croisées entre les acteurs locaux et les forces de sécurité alimentent un climat de méfiance, où chaque camp prépare sa contre-attaque. Pour l’instant, le dialogue reste au point mort. Une seule certitude : sans une intervention urgente des médiateurs nationaux et internationaux, le Tibesti pourrait basculer dans une nouvelle spirale de violence, où l’or ne sera plus qu’un symbole de sang et de chaos. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles