Sénégal : les coulisses de l’apurement de 1 900 milliards FCFA d’arriérés publics révélées Économie Par Ali Mahamane - 16 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Le gouvernement du Sénégal a officiellement dévoilé les contours d’une opération d’apurement des 1 900 milliards de francs CFA d’arriérés publics, un chantier complexe aux enjeux économiques et politiques majeurs. Alors que l’échéance de fin d’année se profile, les PME locales, premières créancières de l’État, attendent avec impatience leur dû. Mais derrière cette annonce se cachent des défis colossaux : trésorerie exsangue, dette comptabilisée tardivement et pression des bailleurs internationaux. Décryptage d’une opération chargée de symboles. Un déficit de trésorerie devenu insoutenable pour les entreprises sénégalaises Avec 1 900 milliards de francs CFA d’arriérés accumulés, l’État du Sénégal reconnaît indirectement une crise de trésorerie sans précédent. Ce montant, équivalent à près de 10 % du PIB national estimé pour 2024, reflète des années de factures impayées aux fournisseurs, de marchés publics non honorés et de créances fiscales non restituées. Pourtant, aucune ventilation officielle n’a encore été divulguée : répartition entre dette intérieure et extérieure, partage des créances entre PME et grands groupes, ou encore critères d’éligibilité aux premiers versements restent dans l’ombre. Les professionnels du secteur privé ne décolèrent pas. Selon les syndicats patronaux comme le Conseil national du patronat (CNP) et la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), plus de 60 % des entreprises locales dans des secteurs clés comme le BTP, les services informatiques ou la logistique dépendent directement des commandes publiques. Or, depuis 18 mois, les retards de paiement ont provoqué des vagues de faillites, des licenciements massifs et un accès plus difficile au crédit bancaire pour les fournisseurs de l’État. La situation est devenue intenable. Des comptes publics sous le feu croisé des réévaluations et de l’audit international L’arrière-plan de cette crise est jalonné d’alertes comptables. En février 2025, la Cour des comptes du Sénégal a révélé que l’endettement public avait été sous-estimé de plusieurs centaines de milliards de francs CFA, en raison d’engagements non comptabilisés. Cette découverte a immédiatement provoqué une suspension des décaissements par le FMI, exigeant des garanties supplémentaires avant toute reprise des aides. Pour Dakar, l’apurement des arriérés publics devient ainsi une condition sine qua non pour renouer le dialogue avec les institutions financières internationales. Le FMI considère en effet la réduction des domestic arrears comme un indicateur clé de santé économique, au même titre que le contrôle de la masse salariale ou l’équilibre budgétaire. Un calendrier précis, assorti de mécanismes transparents (paiements directs, émissions de bons du Trésor, compensations fiscales), sera déterminant pour obtenir le feu vert pour un nouveau programme d’aide financière. Un dossier qui teste la crédibilité de la nouvelle équipe dirigeante Depuis avril 2024, le tandem présidentiel Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko incarne une volonté affichée de rupture avec les méthodes budgétaires opaques du passé. Pourtant, le défi est de taille : honorer d’ici décembre les engagements envers les créanciers tout en évitant de creuser davantage la dette. Une équation délicate, alors que le Trésor sénégalais a déjà massivement recours au marché régional des titres publics, avec des taux d’emprunt dépassant parfois 8 %. La marge de manœuvre est étroite entre l’augmentation de l’endettement, l’étalement des remboursements et la mise en place de compensations fiscales pour les PME. Ce plan d’apurement n’est pas seulement économique, il est aussi politique. Pour la population comme pour les milieux d’affaires, le respect de l’échéance constituera un test de la capacité de l’exécutif à tenir ses promesses. Après des mois de ralentissement des commandes publiques et de perspectives de croissance revues à la baisse, les acteurs privés réclament des actes concrets pour relancer l’investissement et la confiance. Comparaisons régionales : quand d’autres pays de l’UEMOA ont résolu des problèmes similaires Dakar n’est pas la première capitale ouest-africaine à affronter ce type de défi. En Côte d’Ivoire, entre 2012 et 2015, les autorités avaient épongé environ 800 milliards de francs CFA d’arriérés intérieurs en combinant paiements directs et émissions de titres publics sur le marché régional. Au Bénin, en 2019, un dispositif similaire avait permis de soulager les fournisseurs locaux. Dans les deux cas, ces opérations avaient restauré la confiance des PME et favorisé une reprise de l’investissement privé. Ces exemples montrent que l’apurement des arriérés peut, à condition d’être bien conçu, servir de levier pour relancer l’activité économique. Mais au Sénégal, le succès dépendra aussi de la capacité à trouver les ressources nécessaires sans alourdir davantage une dette déjà sous surveillance. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ÉconomieTous les articles