RDC : la pétition qui force le pouvoir à répondre des crimes de guerre International by Oumou Salifou - 1 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture4 min×1 Six millions de signatures pour briser le silence sur les crimes en RDC En République démocratique du Congo, des générations entières ont grandi sous le signe de la violence et de l’impunité. Face à cette injustice persistante, Amnesty International lance une pétition historique : 6 millions de voix pour la justice au Congo. L’objectif est clair : mobiliser une masse critique de signatures pour exiger des comptes sur les crimes commis depuis plus de trois décennies. Les conflits à répétition dans l’est du pays ont laissé derrière eux des millions de vies brisées, des familles déchirées et des bourreaux toujours en poste. Cette campagne dénonce une réalité intolérable : les responsables de ces atrocités continuent de jouir d’une totale impunité, souvent protégés par des positions de pouvoir. Des témoignages qui illustrent l’échec de la justice congolaise Le cas de Noël Chiza, 37 ans, résidant à Goma dans le quartier de Kasika, est emblématique. Ce père de famille a connu une vie entière de violences, marquée par le déplacement forcé, la perte de proches et l’impuissance face à des criminels restés impunis. Son témoignage frappe par sa simplicité et sa brutalité : « Nous sommes nés en guerre, nous avons grandi en guerre, et nous risquons même d’y mourir. Comment accepter que ceux qui ont massacré des innocents soient aujourd’hui installés dans des postes officiels, sans jamais rendre de comptes ? » Son indignation reflète celle de milliers de Congolais pour qui la justice n’est pas une option, mais une nécessité vitale. Le drame des déplacés : quand la guerre efface l’identité Parmi les victimes, celles qui ont survécu mais perdu leur terre natale portent un fardeau invisible. Josué Wallay en est un exemple frappant. Forcé de quitter l’est de la RDC pour Kinshasa, il décrit dans un récit poignant son déracinement : « Mon déplacement n’est pas un choix, c’est une rupture. J’ai perdu mon cadre de vie, mes activités, tout ce qui donnait un sens à mon quotidien. La guerre m’a tout pris, et la justice ne m’a rien rendu. » Ces récits soulignent l’urgence d’une réponse judiciaire qui ne se contente pas de constater, mais qui répare. L’impunité, un cancer qui ronge la paix en RDC Pour Raphaël Wakenge, militant des droits humains et porte-parole de la campagne, l’impunité en RDC est bien plus qu’une faille juridique : c’est un obstacle majeur à toute réconciliation. Dans son analyse, il pointe deux problèmes structurels : Un système judiciaire sous-financé et sous-équipé, incapable de poursuivre les auteurs de crimes graves ; Un manque criant de volonté politique pour engager des réformes profondes et rendre justice aux victimes. Wakenge insiste : « Tant que les bourreaux continueront de prospérer, les victimes n’auront aucune raison d’espérer. » C’est pourquoi la campagne appelle à des réparations pour les survivants et à une reconnaissance officielle des crimes commis. Une journée nationale pour ne plus oublier Parmi les revendications de la pétition, Amnesty International propose que le 1er octobre devienne en RDC la Journée nationale de réflexion et d’action contre les crimes internationaux. Une initiative symbolique, mais aussi politique, pour ancrer la mémoire des victimes dans la conscience collective. Cette campagne, bien plus qu’un appel à signatures, est un cri de ralliement. Elle montre que la justice n’est pas l’affaire exclusive des tribunaux, mais celle de chaque citoyen. En RDC, l’heure n’est plus à la résignation : six millions de voix s’élèvent pour exiger le changement. Par Oumou Salifou — Journaliste Suivre ce sujetRecevez les derniers articles dans votre lecteur RSSInternationalTous les articles