Présidentielle en Guinée-Bissau : après les saisies d’armes, la junte face aux réactions et à l’après-scrutin Actualités Par Ali Mahamane - 6 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 En Guinée-Bissau, l’onde de choc provoquée par la vaste opération de désarmement menée dans la capitale continue de susciter des réactions et de dessiner les perspectives d’une présidentielle sous haute tension, prévue le 6 décembre. Les autorités militaires ont annoncé la découverte d’armes dans des conteneurs et des habitations, notamment des équipements attribués à des éléments armés proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Alors que l’ancien chef de l’État, exilé au Maroc, réclame son retour pour se porter candidat, la junte lui en refuse l’accès pour des raisons sécuritaires. Retour sur les implications de ces événements et sur les perspectives qui s’ouvrent.Ce que révèlent les saisies d’armes à BissauLes forces de sécurité bissau-guinéennes ont intensifié leurs recherches dans plusieurs quartiers de Bissau pour mettre la main sur des armes et des munitions dissimulées. Conteneurs et habitations sont passés au peigne fin dans le cadre de cette campagne visant à désarmer des groupes jugés capables de déstabiliser la capitale.L’objectif affiché par les autorités militaires est de reprendre le contrôle des armes qui circuleraient en dehors des circuits officiels. Cette opération s’inscrit dans un pays où l’armée a longtemps occupé une place centrale dans les crises politiques, les coups d’État ayant régulièrement interrompu les processus démocratiques.D’après les éléments disponibles, certaines armes recherchées seraient liées à des individus proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une accusation lourde de conséquences politiques, qui devra être étayée par des preuves précises sur l’origine des armes et l’identité de leurs détenteurs.Embaló : un retour bloqué, une candidature en suspensDerrière ces opérations sécuritaires se profile un rendez-vous électoral décisif : la présidentielle du 6 décembre 2026. Depuis le coup d’État de novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló vit en exil au Maroc.L’ancien président a néanmoins fait part de son intention de rentrer en Guinée-Bissau et de briguer un nouveau mandat. Fin septembre, il avait officiellement annoncé sa candidature. Son retour était initialement prévu le 4 octobre, mais la hiérarchie militaire en a décidé autrement, arguant que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies et invoquant la protection de l’ordre public et de la stabilité sociale.De son côté, Embaló maintient sa volonté de participer au scrutin et demande que sa candidature soit examinée par les autorités judiciaires de manière impartiale et indépendante.Une candidature qui perturbe la transitionL’affrontement entre l’ancien président et les nouvelles autorités ne se limite plus à la question de son retour. Il pourrait désormais se déplacer sur le terrain électoral.La junte s’est engagée à organiser des élections pour rétablir un pouvoir civil. Le scrutin présidentiel et les législatives sont officiellement fixés au 6 décembre. Mais le cas Embaló place les militaires face à un dilemme : comment organiser une élection censée clore la transition tout en empêchant l’ancien président renversé de revenir faire campagne ?Pour l’instant, les autorités justifient officiellement son interdiction de retour par des considérations sécuritaires. Parler d’un rejet juridique de sa candidature serait donc prématuré. En revanche, son retour physique dans le pays est bien bloqué par les militaires, ce qui compromet concrètement sa capacité à mener campagne sur le terrain.Les armes : un levier politique autant que sécuritaireC’est dans ce contexte que les opérations de saisie prennent une dimension supplémentaire. En recherchant des armes susceptibles d’être liées à des réseaux proches de l’ancien pouvoir, la junte affirme vouloir prévenir toute menace contre la sécurité publique.Mais ces opérations interviennent au moment précis où la rivalité politique autour de la présidentielle s’intensifie. La question sera donc de savoir si le désarmement constitue uniquement une mesure de sécurité ou s’il aura également des conséquences sur le rapport de forces politique avant le scrutin.Les autorités militaires devront notamment démontrer que les perquisitions et les saisies reposent sur des procédures transparentes et qu’elles ne servent pas à écarter certains adversaires politiques.Quelles perspectives pour la transition ?La junte a déjà fait adopter en août une nouvelle Constitution à l’issue d’un référendum fortement contesté par une partie de l’opposition et de la société civile. Le nouveau texte renforce notamment les pouvoirs présidentiels.Dans ce climat, la présidentielle du 6 décembre représente un rendez-vous crucial pour l’avenir institutionnel du pays. Le retour éventuel d’Embaló, sa candidature et les conditions dans lesquelles les autres prétendants pourront faire campagne seront scrutés avec attention.À Bissau, les militaires continuent donc de fouiller, saisir et désarmer. Mais derrière les conteneurs inspectés et les armes recherchées se profile désormais une bataille plus large : celle du contrôle de la transition et des conditions dans lesquelles la Guinée-Bissau retournera — ou non — au pouvoir civil.À deux mois du scrutin, le bras de fer entre la junte et Umaro Sissoco Embaló ne fait que commencer, et ses répercussions sur la stabilité du pays restent entières. Par Ali Mahamane — Journaliste / Rédacteur Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles