Port de Cotonou : un bond de 52 % qui redessine les flux commerciaux du Bénin Actualités Par eveildesnations - 5 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture8 min×1 Le Port autonome de Cotonou franchit un cap. En 2025, son trafic global a bondi à 14,7 millions de tonnes, contre 9,6 millions en 2024, soit une hausse de 52 %. Une performance qui s’accompagne d’une explosion du transbordement (+312,6 %) et d’une progression des exportations (+74,8 %). La plateforme béninoise ne se contente plus de desservir son hinterland : elle élargit ses débouchés et se positionne comme un hub logistique du Golfe de Guinée. Une diversification des flux qui change la donne Longtemps dépendant des échanges avec les pays voisins, le port de Cotonou modifie en profondeur la structure de ses activités. Les chiffres de 2025 et du premier semestre 2026 confirment cette mutation : la plateforme portuaire cherche à multiplier ses sources de trafic, à diversifier ses opérations et à renforcer son rôle dans les chaînes logistiques régionales. Le nombre de navires accueillis est passé de 725 à 841 en un an, signe d’une attractivité croissante. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional pourtant perturbé, notamment par la fermeture de la frontière entre le Bénin et le Niger. Le transbordement, nouveau moteur de croissance L’essor du transbordement est l’un des indicateurs les plus révélateurs de cette transformation. En 2025, cette activité a grimpé de 312,6 %. Au premier semestre 2026, elle a atteint environ 516 558 tonnes, contre 204 928 tonnes un an plus tôt, soit une progression de 152,1 %. Cette évolution signifie que Cotonou ne veut plus seulement être une porte d’entrée pour les marchandises destinées au Bénin ou à ses voisins. Le port ambitionne de devenir une plateforme de redistribution vers d’autres destinations, un changement stratégique majeur. Un port qui résiste aux turbulences régionales La performance du Port de Cotonou doit être lue à l’aune des tensions commerciales et diplomatiques qui ont secoué les corridors ouest-africains. Malgré les perturbations avec le Niger, le trafic global a continué de progresser. Cette résistance témoigne de l’efficacité des investissements réalisés dans les infrastructures, la modernisation des équipements, la digitalisation et l’amélioration de la chaîne logistique. Le PAC a engagé un vaste programme de transformation : Terminal 5, agrandissement du bassin portuaire, modernisation des quais et amélioration des accès. L’objectif est d’accroître la capacité de traitement et d’accueillir des navires de plus grande taille. La Banque africaine de développement soutient cette mutation avec un financement d’environ 60 milliards de FCFA pour le Terminal 5, l’accès centralisé et le parking Zongo, afin de fluidifier les mouvements et de renforcer la compétitivité de la plateforme. La fin de la dépendance à un seul corridor La stratégie portuaire consiste désormais à multiplier les débouchés pour réduire la vulnérabilité liée à un corridor unique. La position géographique de Cotonou est un atout : le port peut servir le marché béninois, les économies de l’hinterland, mais aussi une partie des échanges avec le Nigeria et d’autres marchés régionaux. Cette diversification est d’autant plus cruciale que les échanges internationaux sont soumis à des perturbations fréquentes : crises sécuritaires, tensions diplomatiques, fermetures de frontières, hausse des coûts logistiques ou réorganisation des chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, un port performant n’est plus seulement celui qui traite beaucoup de marchandises, mais celui qui peut attirer de nouveaux flux, les traiter rapidement, les redistribuer et maintenir son activité malgré les chocs. Un levier pour l’économie béninoise L’importance du Port de Cotonou dépasse largement les quais et les terminaux. Son activité irrigue toute une chaîne économique : transport routier, manutention, transit, entreposage, assurance, banques, douanes, commerce, restauration, maintenance, services numériques et de nombreuses activités connexes. Chaque hausse du trafic portuaire a donc un effet d’entraînement sur plusieurs secteurs de l’économie nationale. Le port est aussi un outil essentiel pour la compétitivité des entreprises béninoises : une infrastructure performante réduit les délais, améliore la prévisibilité des opérations et facilite l’accès aux marchés internationaux. C’est pourquoi la modernisation du PAC doit être considérée comme un investissement dans la capacité productive et commerciale du Bénin. Le programme de modernisation engagé depuis plusieurs années représente plus de 450 millions d’euros d’investissements à moyen terme. La GDIZ et la montée des exportations Autre évolution majeure : la progression des exportations béninoises. Au premier semestre 2026, les exportations traitées par le port ont atteint environ 2,87 millions de tonnes, contre 2,16 millions un an plus tôt, soit une hausse de 33,3 %. Cette dynamique est notamment liée à l’augmentation de la production industrielle et aux exportations de pétrole brut nigérien. Le développement de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, l’accroissement des capacités de production et la recherche de nouveaux marchés donnent au PAC une fonction supplémentaire : soutenir la transformation du Bénin, d’une économie tournée vers le commerce de réexportation vers une économie davantage portée par la production et l’exportation de produits transformés. Un repositionnement stratégique aux portes de l’Afrique de l’Ouest La réussite du Port de Cotonou ne se mesurera pas uniquement au tonnage manutentionné. Elle dépendra de sa capacité à attirer durablement les opérateurs économiques, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement, à gagner des parts de marché dans la sous-région et à devenir une plateforme incontournable pour les échanges ouest-africains. Les premiers résultats sont encourageants. Le Container Port Performance Index de la Banque mondiale et de S&P Global Market Intelligence a classé Cotonou au 303e rang sur 403 ports en 2024, contre le 402e rang sur 405 ports en 2023, soit une progression de près de cent places en un an. Des défis subsistent : améliorer la fluidité des corridors, réduire les coûts logistiques, renforcer la sécurité, poursuivre la digitalisation et reconquérir certains marchés de l’hinterland. Mais une chose est désormais difficile à nier : le Port de Cotonou ne défend plus seulement ses positions historiques, il cherche à en conquérir de nouvelles. La hausse du trafic, l’explosion du transbordement, la progression des exportations et les investissements dans les infrastructures dessinent une nouvelle carte des débouchés régionaux. Pour le Bénin, l’enjeu dépasse la performance d’un port : il s’agit de consolider l’un des principaux leviers de son économie, d’attirer davantage de commerce régional et de faire de Cotonou une plateforme capable de connecter durablement le pays aux grands circuits commerciaux de l’Afrique de l’Ouest. Suivre ce sujetRecevez les derniers articles dans votre lecteur RSSActualitésTous les articles