You are here
Home > Actualités >

Mali : après Wagner, l’africa corps sous le feu des accusations de violations des droits humains

Écouter la lecture6 min

Depuis le remplacement progressif des forces Wagner par l’Africa Corps au Mali, les violations des droits humains persistent, selon une enquête récente. Les autorités maliennes et leurs alliés russes sont pointés du doigt pour des exactions présumées, malgré le changement de structure militaire. Retour sur les réactions et les perspectives d’une situation qui inquiète la communauté internationale.

Un rapport accablant sur les pratiques militaires persistantes

Les Forces armées maliennes (FAMa) et les nouveaux contingents de l’Africa Corps sont au cœur d’accusations graves. Un rapport détaillé révèle des actes allant bien au-delà de simples bavures : exécutions extrajudiciaires, tortures et frappes aveugles contre des civils. Ces pratiques, selon les observateurs, ne diffèrent en rien de celles imputées précédemment à Wagner, malgré le changement de nom et de structure.

Les interventions dans les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou ont particulièrement été scrutées. Les populations locales, déjà éprouvées par des années de conflit, subissent désormais de nouvelles violences, souvent justifiées par la lutte contre les groupes armés. Pourtant, les enquêtes menées par des organisations indépendantes mettent en lumière des méthodes qui laissent peu de place à l’ambiguïté.

Des civils pris pour cible : exécutions et frappes meurtrières

Entre juin 2023 et décembre 2025, au moins 34 civils ont perdu la vie lors d’opérations militaires près de la frontière avec la Mauritanie. Des témoignages recueillis sur place décrivent des scènes horrifiantes : exécutions sommaires de personnes arrêtées, égorgements, et même brûlures de cadavres. Ces agissements, si confirmés, pourraient relever de crimes de guerre, au regard du droit international humanitaire.

Les frappes de drones ont également laissé un lourd bilan. Le 16 mars 2025, une attaque sur le marché d’Ejdeir aurait fait 16 victimes, tandis qu’en novembre de la même année, une frappe contre une habitation à Tangata aurait causé sept morts. Aucune preuve de la présence de combattants ou d’objectifs militaires n’a été trouvée sur ces sites, soulevant des questions sur la rigueur des ciblage utilisés.

Torture et détentions arbitraires : l’impunité comme norme

Les lieux de détention, notamment à Léré et Nampala, sont devenus synonymes de souffrances. Quinze survivants ont témoigné avoir subi des séances de torture d’une rare violence : suspensions prolongées par les bras, simulations de noyade, électrocutions, et violences sexuelles. Au moins cinq personnes seraient mortes des suites de ces traitements ou des conditions déplorables de détention.

Les détenus, privés de toute assistance juridique, restent coupés du monde extérieur pendant des mois. Des soldats maliens et des membres de l’Africa Corps auraient participé à ces exactions, parfois en collaboration directe avec d’anciens éléments de Wagner. L’absence d’enquêtes sérieuses ne fait qu’aggraver une spirale de violence et de silence imposé.

Les communautés marginalisées : premières victimes des exactions

Les populations peules, arabes et touarègues paient un lourd tribut dans ce conflit. Soupçonnées de collusion avec des groupes armés tels que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ces communautés subissent des représailles collectives. Pillage de bétail, destruction de biens, et violences ciblées aggravent leur précarité, déjà marquée par l’insécurité et les déplacements forcés.

Ces pratiques ne font que creuser les divisions et alimenter les cycles de vengeance. La lutte contre les groupes armés ne saurait justifier des attaques contre des civils, ni des violations massives des droits fondamentaux.

Africa Corps : une transition qui ne change rien à la donne

Officiellement déployé en janvier 2025 avant de prendre le relais de Wagner en juin de la même année, l’Africa Corps était censé incarner un nouveau départ. Pourtant, les faits rapportés laissent peu de place à l’optimisme. Des cas de violences collectives à Bombori, en juillet 2026, illustrent la persistance des méthodes controversées. Quatre-vingts hommes auraient été rassemblés, battus et interrogés dans un quartier peul, avant que six d’entre eux ne soient exécutés pour tentative de fuite.

Ces révélations interrogent la nature des accords passés entre le Mali et la Russie. Jusqu’où vont les responsabilités de chaque partie ? Les mécanismes de contrôle et de transparence semblent défaillants, renforçant les craintes d’une impunité généralisée.

L’impunité, un cercle vicieux difficile à briser

Depuis 2023, aucune procédure judiciaire n’aurait été ouverte contre des membres des forces gouvernementales pour des exactions contre des civils. Cette absence de suites judiciaires entretient un climat de peur : les victimes hésitent à témoigner, et les enquêtes indépendantes se heurtent à des blocages logistiques et politiques.

Les organisations de défense des droits humains réclament des enquêtes impartiales et la poursuite des responsables présumés. Elles demandent également une plus grande transparence sur les opérations menées par l’Africa Corps et sur les accords conclus avec les autorités maliennes. Sans ces garanties, la justice reste une utopie pour les familles des victimes.

La lutte contre l’insécurité au Mali ne peut se concevoir au détriment des droits les plus élémentaires. Chaque exaction doit être documentée, chaque responsable identifié, et chaque victime reconnue. L’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais aux actes concrets pour rompre avec ce passé de violences.

Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)
Oumou Salifou
Journaliste
Top