Le pari secret du Mali : décrypter les stratégies ivoiriennes pour juguler l’insécurité grandissante Actualités Par Oumou Salifou - 15 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Alors que le Mali étouffe depuis des années sous le poids des attaques terroristes répétées, Bamako vient de lancer une initiative aussi discrète que stratégique : faire appel à l’expérience sécuritaire de la Côte d’Ivoire. L’arrivée prochaine du patron du renseignement ivoirien à Bamako, sous l’égide du directeur général de l’ANSE malien, n’est pas un simple échange de courtoisies. Cette rencontre, prévue pour octobre 2026, pourrait bien révéler des coulisses ignorées de la lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest. Mais qu’est-ce que Bamako compte vraiment tirer de ce rapprochement ? Une visite officielle qui cache une révolution méthodologique Le voyage annoncé de Vassiriki Traoré, chef du renseignement ivoirien, n’est pas anodin. Initié par Modibo Koné, responsable de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), cette invitation marque un tournant dans la coopération sécuritaire régionale. Pour la première fois, Bamako semble prêt à faire un pas vers un modèle qu’il a longtemps observé de loin : celui d’Abidjan, souvent cité en exemple pour sa résilience face à la menace terroriste. Les dispositifs ivoiriens qui font la différence : décryptage des atouts cachés Derrière la reconnaissance publique des efforts malien se cache une réalité méconnue : la Côte d’Ivoire a bâti une véritable machine de guerre contre le terrorisme. Parmi ses outils phares, l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), basée à Jacqueville, fait figure de référence. Depuis son inauguration en 2021, cette structure forme des militaires, policiers et magistrats aux techniques de prévention, de renseignement et de coordination opérationnelle. Des compétences que Bamako pourrait s’approprier pour renforcer ses propres dispositifs. Les points forts de l’expérience ivoirienne incluent : Une formation spécialisée : modules adaptés aux menaces actuelles, avec un accent sur l’anticipation et la gestion de crise. Un renseignement centralisé : système intégré entre services pour une réactivité accrue face aux menaces émergentes. Une coordination inter-services : fusion des efforts militaires, judiciaires et policiers sous une même bannière stratégique. Pourquoi cette coopération est-elle un casse-tête pour Bamako ? Le Mali se trouve aujourd’hui à un carrefour sécuritaire. D’un côté, la pression des groupes armés exige des réponses immédiates ; de l’autre, la gestion de ce rapprochement avec Abidjan soulève des questions épineuses. Comment concilier indépendance nationale et apprentissage stratégique ? La réponse réside peut-être dans l’adaptation des méthodes ivoiriennes aux réalités maliennes, plutôt que dans une copie pure et simple des dispositifs. Plusieurs défis se posent dès lors : L’intégration des enseignements : comment transposer des modèles conçus pour un territoire différent (la Côte d’Ivoire) à un contexte spatial et humain aussi contrasté que le Mali ? L’équilibre diplomatique : après des années de tensions entre les deux pays, cette collaboration nécessite une confiance restaurée, sans laquelle les échanges resteront superficiels. La pérennisation des résultats : les bonnes intentions ne suffisent pas. Il faudra des actions concrètes, mesurables, pour prouver que cette coopération est plus qu’un simple geste politique. L’ombre des rivalités : Abidjan et Bamako, une réconciliation sous tension Le rapprochement en cours est d’autant plus significatif qu’il intervient après une période de froideur diplomatique entre les deux capitales. Si l’urgence terroriste a semble-t-il effacé les anciennes querelles, la méfiance persiste. Pour que cette collaboration porte ses fruits, Bamako devra montrer sa bonne foi et Abidjan devra offrir un soutien désintéressé, sans arrière-pensées géopolitiques. L’enjeu ? Éviter de reproduire les erreurs du passé, où des partenariats prometteurs s’étaient soldés par des déceptions stratégiques. Une alliance contre le terrorisme : vers une nouvelle doctrine pour le Sahel ? Le Mali a-t-il les moyens de transformer cette visite en un virage sécuritaire ? Tout dépendra de la manière dont il saura exploiter les ressources de la Côte d’Ivoire sans aliéner sa propre souveraineté. L’expérience ivoirienne n’est pas une recette magique, mais un laboratoire d’innovations qu’il serait dommage de négliger. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse le simple cadre bilatéral. Si cette alliance débouche sur des résultats tangibles, elle pourrait inspirer d’autres pays du Sahel en quête de solutions durables. Mais pour cela, il faudra passer des discours aux actes. Et c’est là que réside le vrai défi. Ce que la rencontre ne dit pas (encore) : les non-dits de l’opération Plusieurs zones d’ombre subsistent autour de cette visite. Par exemple, quels engagements concrets sont déjà envisagés ? Comment seraient mises en œuvre les formations inspirées de l’AILCT ? Et surtout, comment éviter que ce rapprochement ne reste qu’un feu de paille médiatique ? Une chose est sûre : le Mali ne peut plus se contenter de mesures symptomatiques. La menace terroriste, elle, n’a pas de frontières. Et ni la Côte d’Ivoire, ni aucun autre pays de la région, ne pourra y faire face seul. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles