Guerre secrète au Sahel : la frontière Mali-Burkina, bastion des rivalités jihadistes Actualités Par Ali Mahamane - 16 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture4 min×1 La frontière entre le Mali et le Burkina Faso s’est transformée en un véritable no man’s land où se jouent les ambitions de deux groupes armés. Les affrontements récurrents entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel (EIS) révèlent une crise bien plus profonde que de simples combats localisés. Derrière l’escalade sécuritaire se cachent les dysfonctionnements d’un modèle de gouvernance qui peine à s’imposer face à la montée en puissance de l’insécurité. Des promesses militaires en échec : le mirage de la reconquête territoriale L’arrivée des juntes militaires au Mali et au Burkina Faso, souvent présentée comme une solution d’urgence face au chaos jihadiste, n’a pas suffi à endiguer la déliquescence sécuritaire. Malgré des discours martiaux et des démonstrations de force, les territoires frontaliers restent des zones de non-droit où les groupes armés dicten leurs règles. Les populations, prises en étau entre les factions rivales et les forces étatiques, subissent les conséquences d’une stratégie militaire dont l’efficacité apparaît de plus en plus illusoire. Le JNIM et l’EIS : deux factions en guerre permanente Le JNIM, héritier des groupes historiques d’Al-Qaïda au Sahel, mise sur une stratégie de gouvernance parallèle en contrôlant des zones rurales et en imposant ses codes sociaux. Sa capacité à recruter et à exploiter les griefs locaux lui confère une résilience remarquable face aux offensives militaires. L’EIS, affilié à l’État islamique, privilégie une approche plus radicale et expansionniste. Ses offensives ciblent aussi bien les forces armées que ses rivaux, cherchant à étendre son influence par la terreur et l’élimination des opposants. Sa présence croissante aux confins du Mali et du Burkina Faso illustre sa volonté de s’imposer comme un acteur incontournable du jihad sahélien. Les coulisses d’une impuissance étatique : entre discours et réalité opérationnelle Les déclarations officielles des régimes militaires, aussi ambitieuses soient-elles, peinent à se concrétiser sur le terrain. Les opérations ponctuelles et les annonces de reconquête territoriale laissent place à un retour systématique des groupes armés, souvent plus organisés et déterminés. Cette incapacité à sécuriser durablement les zones frontalières interroge sur la nature même des stratégies adoptées : s’agit-il d’un manque de moyens, d’une méconnaissance des dynamiques locales ou d’une volonté politique insuffisante ? Les populations, déjà éprouvées par des années de violence, voient leurs conditions de vie se dégrader davantage. Les déplacements forcés, l’effondrement des services publics et l’absence de perspectives économiques alimentent un sentiment d’abandon. Dans ce contexte, la rivalité entre le JNIM et l’EIS se nourrit de l’affaiblissement de l’État et de la méfiance grandissante envers ses représentants. Un échec collectif qui dépasse les frontières La dégradation de la situation à la frontière Mali-Burkina Faso met en lumière l’échec d’une réponse purement militaire à un phénomène complexe. La lutte contre le jihadisme nécessite une approche multidimensionnelle, combinant sécurité, développement et diplomatie. Or, les États sahéliens, malgré leurs ressources et leurs alliances régionales, peinent à articuler ces différents leviers. Pour les juntes militaires, le défi est double : restaurer une crédibilité perdue auprès de leurs citoyens tout en évitant que leur propre autorité ne soit submergée par celle des groupes armés. Les combats entre le JNIM et l’EIS révèlent moins une guerre entre factions qu’un échec systémique à gouverner et à protéger. Pour les populations, la question n’est plus de savoir si une solution émergera un jour, mais quand elles pourront enfin espérer un retour à une vie normale, hors des champs de bataille. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles