22 septembre 2026

Eveil des Nations

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Discours d’Assimi Goïta : au Mali, des réactions contrastées et un avenir en suspens

À l’occasion de la fête de l’indépendance, le général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition, a prononcé un discours à la Nation résolument triomphant. Promesses de croissance économique, montée en puissance affirmée de l’armée, envolées souverainistes : l’exécutif a déroulé sa partition habituelle. Mais au lendemain de cette adresse, les réactions se multiplient et les interrogations sur la suite restent entières, tant le fossé entre les annonces officielles et le quotidien des Maliens paraît profond.

Un satisfecit officiel qui peine à convaincre à Bamako

Dans les salons de Koulouba, le ton se veut rassurant et la communication soignée. Pourtant, dès la diffusion du message, les commentaires ont divergé : là où certains saluent une volonté de reprise en main, d’autres soulignent l’absence de réponses concrètes aux difficultés immédiates. Ce contraste entre l’autosatisfaction affichée et les attentes populaires dessine déjà les contours des débats à venir pour la Transition.

Sécurité : les conséquences d’une « montée en puissance » toujours annoncée

L’adresse présidentielle décrit des Forces armées maliennes (FAMa) « réorganisées, équipées et victorieuses », engagées en synergie avec les partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES). Sur le terrain, la séquence suivante s’annonce nettement plus incertaine.

Le centre et le nord sous pression continue

Le discours reste silencieux sur la dégradation sécuritaire observée dans le centre et le nord du pays. Les offensives d’envergure du JNIM ou des indépendantistes le rappellent de manière brutale :

  • Le revers stratégique subi à Tinzawatène, devenu un point de rupture dans la conduite des opérations.
  • Les assauts répétés contre des garnisons clés, notamment à Dioura et à Sévaré.
  • La difficulté persistante à sécuriser les axes vitaux et à protéger les populations rurales.

Une souveraineté militaire à géométrie variable

Alors que le pouvoir met en avant une « autonomie retrouvée », la dépendance opérationnelle vis-à-vis du contingent paramilitaire russe Africa Corps, ex-Wagner, s’est au contraire renforcée. Cette coopération s’accompagne de concessions financières et minières lourdes, qui interrogent sur la trajectoire d’une véritable armée républicaine et sur la portée réelle des promesses d’émancipation.

Économie : entre croissance affichée et factures du quotidien

Le discours avance un taux de croissance supérieur à 5 % ou 6 %, porté par la mobilisation des ressources internes et par les réformes du code minier. Les retombées de ces chiffres restent, pour l’heure, difficiles à percevoir dans les foyers.

L’inflation, première préoccupation des ménages

À Bamako comme en province, la théorie macroéconomique ne masque plus la flambée des prix des produits de première nécessité, à commencer par :

  • Le riz, l’huile et le sucre, dont les cours pèsent directement sur le budget familial.
  • Le carburant, dont le renchérissement se répercute sur le transport et le petit commerce.

Électricité et mines : des retombées encore attendues

Si l’allocution évoque une « amélioration de la desserte en électricité », les ménages et les PME continuent de subir les coupures récurrentes de la société nationale EDM-SA, qui paralysent l’économie informelle et la production locale. Sur le volet minier, la redistribution des recettes vantée par les autorités contraste avec l’affectation massive des ressources publiques et de licences d’exploitation au règlement des factures du partenaire paramilitaire étranger.

Réconciliation annoncée, espace civique verrouillé : les réactions de la société civile

Le président de la Transition a réitéré son appel à la « réconciliation » et à la « cohésion nationale » dans le cadre de la Charte pour la paix. Un message qui intervient dans un contexte de musellement inédit des voix critiques : acteurs politiques, journalistes, défenseurs des droits humains et figures de la société civile font l’objet de poursuites, de détentions ou d’intimidations systématiques dès qu’ils contestent la gestion de la Transition.

La rupture avec les acteurs du Nord nourrit la même inquiétude. La dénonciation unilatérale des accords de paix antérieurs et l’option du tout-militaire ont enterré les mécanismes de médiation inclusive, substituant au dialogue un enlisement belliqueux dont les conséquences se mesureront dans les mois à venir.

Et après ? Les perspectives d’une transition sous tension

En privilégiant la communication politique sur l’épreuve des faits, le discours officiel peine à masquer les fissures d’un modèle de gouvernance sous pression. Entre l’autosatisfaction affichée à Koulouba et l’insécurité grandissante qui pèse sur les provinces, l’écart continue de se creuser entre les promesses du « Malikura » et le vécu quotidien du peuple malien. Les prochaines semaines diront si les réactions suscitées par cette adresse se traduiront par des inflexions concrètes ou par un nouvel éloignement entre le pouvoir et les citoyens.

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