Derrière l’ultimatum du Niger à la Chine : les dessous d’une tentative de racket pétrolier A la Une Par Oumou Salifou - 15 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Le régime militaire nigérien, dirigé par le général Abdourahamane Tiani, joue aujourd’hui une partie risquée en s’en prenant directement à son principal partenaire économique : le géant pétrolier chinois CNPC. Derrière une crise budgétaire sans précédent et des caisses vides, Niamey brandit un ultimatum de 45 jours pour exiger du groupe chinois le versement de plus de 3 000 milliards de francs CFA (5 milliards de dollars), sous prétexte de retards dans les recettes pétrolières. Mais que cache réellement cette manœuvre aux allures de racket d’État ? Un coup de pression financier pour masquer l’effondrement des finances publiques Affaibli par des années de mauvaise gestion, le budget de l’État nigérien a subi des coupes drastiques, passant de 3 033,33 à 2 749,55 milliards de francs CFA. Pendant ce temps, les dépenses militaires, gonflées par la junte, absorbent une part croissante des ressources, laissant peu de marge de manœuvre pour les autres secteurs. Face à cette asphyxie financière, le régime de Tiani cherche désespérément une bouffée d’oxygène. Pour justifier cette demande exorbitante auprès de la CNPC, les autorités nigériennes évoquent des retards dans le rapatriement des recettes pétrolières, affirmant qu’à peine 105 milliards de francs CFA auraient été rapatriés en deux ans sur le bloc d’Agadem. Pourtant, ce récit occulte un détail crucial : Niamey a déjà bénéficié d’un prêt de 400 millions de dollars accordé par Pékin en 2024, remboursable sur les revenus pétroliers. Une aubaine qui semble avoir été oubliée dans ce calcul cynique. Sept exigences sous le masque de la légalité : un chantage méthodique Derrière l’argumentaire officiel se cache une stratégie d’intimidation méthodiquement orchestrée. Le Niger a dressé une liste de sept revendications visant à affaiblir la position de la CNPC et à renforcer le contrôle local, au mépris des accords en vigueur. Voici les principaux leviers de pression utilisés : Injection de liquidités immédiate : obligation pour la CNPC de rapatrier des montants colossaux en francs CFA selon un calendrier irréaliste, sans tenir compte des contraintes logistiques ou économiques. Quotas d’embauche locaux déconnectés : imposition d’un taux d’embauche local allant jusqu’à 90 %, une mesure inadaptée aux réalités du marché et aux compétences disponibles. Remise en cause de l’oléoduc WAPCO : Niamey exige une renégociation unilatérale des tarifs de transport, alors que l’infrastructure a déjà fait l’objet d’un audit estimé à 2,3 milliards de dollars. Prise de contrôle de la raffinerie SORAZ : la junte cherche à évincer progressivement les cadres chinois pour placer ses propres représentants à la tête de la gouvernance de l’entreprise. Réévaluation forcée des gisements : le Niger impose une remise à jour des réserves d’Agadem pour renégocier à la hausse les parts d’imposition, une pratique qui rappelle les méthodes de prédation des ressources. Investissements forcés : pression pour contraindre la CNPC à injecter 1 milliard de dollars supplémentaires dans des projets comme Dinga Deep et Abolo-Yogou, sans garantie de retour sur investissement. Infiltration des filiales : placement de fonctionnaires nommés par la junte au sein des organes décisionnels de la CNPC, une manœuvre visant à noyauter l’entreprise de l’intérieur. Diplomatie du racket : une stratégie déjà éprouvée Cette offensive contre la CNPC n’est pas une première. Depuis plusieurs mois, le régime nigérien multiplie les signes d’agressivité à l’égard de Pékin : expulsion express de dirigeants chinois en mars 2025, créations de commissions de pression et menaces répétées. Mais cette fois, l’échelle des exigences et la brutalité de la méthode trahissent une stratégie délibérée. En s’en prenant ainsi à son principal investisseur étranger, Niamey prend un risque majeur. Si cet ultimatum aboutit à une rupture des partenariats pétroliers, le Niger pourrait se retrouver encore plus isolé sur la scène internationale, privé de capitaux et d’alliances stratégiques. Une erreur de calcul aux conséquences potentiellement désastreuses. Le pari dangereux d’un régime aux abois Ce coup de poker financier est révélateur de l’état de décomposition dans lequel se trouve le pouvoir nigérien. Incapable de redresser l’économie par des réformes structurelles, la junte mise sur des méthodes expéditives pour combler ses déficits. Pourtant, en s’attaquant à un géant comme la CNPC, elle joue avec le feu. Les observateurs s’interrogent : cette tentative de racket pétrolier est-elle le symptôme d’une stratégie désespérée ou le signe avant-coureur d’une politique économique encore plus erratique ? Une chose est sûre : le compte à rebours de 45 jours pourrait bien sceller le destin économique du Niger pour les années à venir. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)A la UneTous les articles