Cameroun : la réforme douanière sur les téléphones importés sous le feu des critiques
A young man uses a cellphone as he waits for an appointment at an MSF (Medecins Sans Frontieres/Doctors Without Borders)-run centre for minor migrants without a family in Pantin outside Paris on July 3, 2018. / AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT
Cameroun : la réforme douanière sur les téléphones importés sous le feu des critiques
Avec un nouveau système de collecte en vigueur depuis le 1er avril 2026, les douanes camerounaises ont engrangé 1,8 milliard FCFA en seulement cinq mois. Une performance saluée par l’État, mais qui suscite des réactions contrastées chez les importateurs et les consommateurs. Retour sur les retombées immédiates et les perspectives d’évolution de cette mesure controversée.
Une collecte record qui divise
Entre avril et septembre 2026, la direction générale des douanes camerounaises a perçu 1,8 milliard de francs CFA sur les téléphones, tablettes et terminaux numériques importés. Une progression spectaculaire par rapport aux recettes mensuelles de seulement 100 millions FCFA avant la réforme. Pourtant, cette manne financière ne fait pas l’unanimité. Certains acteurs du secteur dénoncent une mesure qui pénalise leur activité.
À Yaoundé, avenue Kennedy, principal point de vente des téléphones importés, l’ambiance est à l’inquiétude. Seydou, importateur de téléphones d’occasion, témoigne : « On importe des appareils entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Le problème, c’est que les douanes ne enregistrent plus le numéro de série. Résultat : nos clients reçoivent des alertes de blocage de leur appareil. Quant aux prix, ils ont presque doublé depuis avril, passant de 45 000 à 85 000 francs CFA pour certains modèles. »
Des importateurs sous pression
Gérard Fontem, un autre commerçant de la capitale, confirme les difficultés : « Les clients refusent désormais d’acheter des téléphones non dédouanés. Mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des appareils légaux. Cette situation nous cause des pertes considérables. »
Les douanes justifient la réforme
Pour Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes et responsable de la réforme au sein de la direction générale, les critiques sont infondées : « Ceux qui disent que les prix ont augmenté sont ceux qui ne payaient pas leurs taxes auparavant. Pour ceux qui respectaient la réglementation, les coûts ont même diminué grâce à une valeur transactionnelle divisée par quatre, voire par sept. Le nouveau système crée de la transparence. »
Selon les chiffres officiels, la réforme repose sur huit catégories de collecte allant de 5 000 à 400 000 francs CFA. Le taux global est passé de 67 % à 33,33 %, ce qui, selon les autorités, facilite le contrôle et réduit les fraudes. « Environ cinq millions de téléphones échappaient jusqu’ici au système. Ils seront désormais identifiés », assure-t-il.
Quelles perspectives pour le marché ?
Les perspectives à court terme s’annoncent tendues. Les importateurs qui contestaient déjà la réforme pourraient durcir leur opposition. Quant aux consommateurs, ils devront désormais composer avec des prix plus élevés ou se tourner vers des alternatives moins chères, mais potentiellement risquées.
- Pour l’État : une augmentation des recettes fiscales qui pourrait financer des projets sociaux ou des infrastructures numériques.
- Pour les importateurs : un défi d’adaptation aux nouvelles règles, avec un risque de perte de parts de marché face à la concurrence.
- Pour les consommateurs : des prix plus élevés, mais une meilleure légalité et une sécurité accrue contre les appareils volés ou frauduleux.
Vers une normalisation du marché ?
La réforme douanière a été présentée comme un moyen de moderniser le secteur et de lutter contre la fraude. Si les recettes sont au rendez-vous, son succès dépendra de sa capacité à équilibrer les intérêts économiques des acteurs tout en garantissant la protection des consommateurs. La balle est maintenant dans le camp des autorités, qui devront trouver des solutions pour apaiser les tensions et assurer la pérennité du système.